le Samedi 30 mai 2026
le Vendredi 5 mai 2006 0:00 Environnement

L’ours blanc sur la liste rouge

L’ours blanc sur la liste rouge
00:00 00:00

L’ours polaire compte parmi les 500 espèces ajoutées cette année à la Liste rouge des espèces menacées.

La liste, dont la plus récente mouture a été publiée cette semaine, est préparée par l’Union mondiale pour la nature et fait office de référence internationale en la matière. En 2006, ce sont plus de 16 000 espèces végétales et animales menacées qui y sont répertoriées.

Bien que l’ours blanc soit, depuis quelques années déjà, une icône des groupes de conservation de la faune, c’est la première fois qu’il se retrouve sur la Liste rouge. Dans l’édition précédente de la liste, publiée en 2002, nanuq, comme l’appellent les Inuit, était déclaré « espèce dépendante des mesures de conservation »; cette année, on lui décerne le titre de « vulnérable », le premier échelon de la nomenclature des espèces menacées, tout juste devant « en danger ».

Pour l’instant, les recensements d’ours polaires n’ont cependant encore rien d’alarmant. On estime la population mondiale d’ours blancs à environ 23 000 individus, dont environ la moitié vivent au Canada, et plus particulièrement au Nunavut et aux Territoires du Nord-Ouest.

Mais cela pourrait bientôt basculer, craint l’Union mondiale pour la nature. « les ours blancs devraient subir un déclin de plus de 30 % de leur population dans les 45 prochaines années », écrivent les auteurs de la Liste rouge.

Au premier chef, ce sont les changements climatiques qui précipitent le déclin de cet emblème vivant du Nord. « L’ours blanc est voué à devenir une des plus célèbres victimes du réchauffement climatique mondial », prédit l’organisation basée à Genève, dans son document.

Considéré comme un mammifère marin par les biologistes, l’ours polaire pêche la majeure partie de son alimentation dans les eaux glacées de l’océan Arctique, où il passe d’ailleurs le plus clair de son temps. La banquise est son territoire. Or, le réchauffement rapide observé au pôle Nord effrite chaque année davantage son terrain de chasse et la faim est devenue une des premières causes de sa mortalité.

En 2004, une vaste étude menée auprès de quelque 1200 ours de la baie d’Hudson – c’est-à-dire la région la plus australe de leur aire de distribution – a démontré que les ours de cet endroit sont en moyenne 15 % plus maigres qu’il y a vingt ans. Une diminution sensible des natalités et de des taux de survie des oursons a aussi été observée.

Voilà qui fait dire à Tim Flannery, un biologiste australien de renommée internationale qui a récemment donné une série de conférences au Canada et aux États-Unis, que « d’ici 15 ans, il n’y aura plus d’ours polaires au Canada ».

Auteur d’un ouvrage alarmiste sur les changements climatiques, les propos de Flannery ne reflètent pas un consensus au sein de la communauté scientifique. Néanmoins, la grande majorité des spécialistes des ours polaires s’accordent pour dire qu’une éventuelle fonte complète du couvert glacier d’été de l’océan Arctique décimerait les ours, voire garantirait leur extinction. Dans l’Arctic Climate Impact Assessment, le document le plus exhaustif sur l’impact des changements climatiques dans l’Arctique publié à ce jour, on est assez clair là-dessus. « Il est peu probable que les ours polaires survivent en tant qu’espèce si une grande partie du couvert de glace estival de l’océan Arctique devait disparaître », peut-on y lire.

Selon les différents modèles climatologiques développés pour prédire la fonte des glaces, le retrait total de la banquise d’été pourrait survenir d’ici 35 à 100 ans. Notons qu’à cet égard, de nouvelles estimations sont publiées fréquemment avec, à chaque fois, des résultats différents. Seule constante observable : plus les modèles se précisent, plus les résultats tendent à être pessimistes.

La désignation de l’ours polaire comme espèce menacée n’a pas d’impact sur l’obligation des gouvernements de le protéger. Ainsi, au Canada, l’ours polaire est considéré comme un animal au statut « préoccupant », une désignation qui ne permet pas aux autorités d’en interdire la chasse, par exemple.

L’an dernier, le gouvernement du Nunavut a d’ailleurs augmenté ses quotas de chasse à l’ours polaire. Plus de 100 nouvelles vignettes ont pu être acquises.

Le Canada est le seul pays au monde où l’on pratique la chasse sportive à l’ours polaire, qui est une activité économique importante pour les communautés inuit.