le Samedi 30 mai 2026
le Vendredi 2 février 2007 0:00 Culture

Les francos du Nord présentent leurs besoins Devant le comité parlementaire sur les langues officielles

Les francos du Nord présentent leurs besoins Devant le comité parlementaire sur les langues officielles
00:00 00:00

Le Grand Nord canadien envoyait une délégation à Ottawa, le mardi 30 janvier, pour comparaître devant le Comité permanent de la Chambre des communes sur les langues officielles. Lors de cette rencontre de quelques heures, les francophones des territoires ont fait état de leurs besoins, plus particulièrement en matière de santé et d’éducation.

Santé

Le premier représentant du groupe à prendre la parole dans le cadre de cet exercice de consultation du comité parlementaire sur la vitalité des communautés de langues officielles a été un représentant de l’Association des francophones du Nunavut et le directeur du réseau Santé en français du Nunavut, Daniel Hubert. Ce dernier a présenté un portrait inquiétant de la situation actuelle du Nunavut.

« Dans une superficie de deux millions de kilomètres carrés vivent un peu plus de 30 000 personnes, dont 24 000 Inuits, 5 000 anglophones et 1 000 francophones. Un territoire riche, comme tout le Nord: pétrole, diamants, or, fer, uranium. Mais en fonction des indicateurs de développement humain, le Canada se situe au 5e rang mondial, le Nunavut, au 77e. Ce n’est pas une surprise. Quand le taux de tuberculose est dix fois plus élevé au Nunavut qu’au Canada et que le taux de diplômés de 12e année est de 35 % seulement, on ne s’attend pas à remporter le premier prix au classement des nations. Il y a donc un fort rattrapage à faire aux niveaux social et économique au Nunavut, un très fort rattrapage », a commenté M. Hubert.

M. Hubert a ajouté que l’année 2007 en serait une déterminante pour les francophones du Nunavut, dont les priorités sont notamment d’offrir une éducation complète en français (le tout s’arrêtant présentement après la 9e année) et d’établir des services de santé en français.

Toujours sur la question de la santé, la coordonnatrice du Partenariat communauté en santé du Yukon, Sandra St-Laurent, a élaboré sur la pénurie de professionnels de la santé que connaît actuellement le Yukon.

« En termes de situation et de défis chez nous, il y a peu ou pas de services offerts en santé sur nos territoires. L’offre active est absente souvent, sinon c’est le fruit du hasard. Les postes désignés bilingues dans le système sont peu nombreux, sinon inexistants », précisait Mme St-Laurent.

« On connaît le cas de la pénurie des professionnels de la santé à travers le Canada, mais je dirais que c’est deux fois plus important chez nous parce qu’on a des difficultés : l’isolement géographique, un roulement de personnel assez important. Pour vous donner une idée, au Yukon, 50 % de la population est renouvelée à tous les cinq ans, ce qui est très lourd pour le système et très lourd aussi pour les réseaux qui doivent travailler à identifier des partenaires », ajoutait la principale intéressée.

Éducation

Enfin, le directeur général de la Fédération franco-ténoise, Léo-Paul Provencher, après avoir présenté des données démographiques et sociales et dénoncé le manque d’intervention du gouvernement fédéral, a lancé un appel à l’unité des trois territoires.

« On veut mener une recherche sur le terrain pour identifier la manière appropriée de revitaliser nos communautés francophones nordiques en partenariat avec les communautés du Yukon et du Nunavut et avec la collaboration de l’Institut canadien de recherche sur les minorités linguistiques. Nous sommes en recherche de financement intensif pour la conduite de cet important projet », a-t-il identifié, tout comme la nécessité des francophones de pouvoir compléter leur secondaire en français.

Il croit aussi que la construction d’un collège francophone est essentielle au sein des territoires. M. Provencher a de plus attribué la présence d’écoles francophones au Programme de contestation judiciaire qu’a aboli le gouvernement Harper en septembre.

Réactions des parlementaires

Après avoir attentivement écouté les témoignages de la délégation du Nord, les membres du Comité sur les langues officielles ont tour à tour émis leurs commentaires, admettant que la situation qui leur a été présentée ne semble pas rose et que des actions concrètes s’imposent.

« On est au Canada, un pays soi-disant bilingue, avec sa Loi sur les langues officielles. Il y a 25 ans que la Charte canadienne des droits et libertés existe et on n’a toujours pas la gestion scolaire complète au Nunavut et aux Territoires du Nord-Ouest », a dénoncé le député bloquiste de Gatineau, Richard Nadeau.

« C’est regrettable de voir où nous en sommes. Il y a une bataille inéquitable entre la francophonie et les anglophones, dans le sens que les deux langues sont officiellement reconnues par la Constitution, mais pas sur le terrain. Je trouve que vous ne jappez pas assez fort aujourd’hui » indiquait quant à lui le député néo-démocrate d’Acadie-Bathurst, Yvon Godin, en invitant les gens des territoires à s’indigner davantage face à l’abolition du Programme de contestation judiciaire.

Pour ce qui est des députés conservateurs, ils se sont contentés de poser certaines questions aux témoins, sans pour autant préciser la façon dont ils entendent traiter de ces préoccupations.