Darnell Marks-Naidoo travaille habituellement comme barman à Victoria, sur l’île de Vancouver. Mais depuis quelques années, il consacre quelques semaines par année à la plantation d’arbres. Pour gagner un peu plus d’argent, bien sûr. Mais pas seulement.
Sur les terres brûlées près de Behchokǫ̀, deux sacs remplis de jeunes plants attachés à la taille et une pelle dans la main droite, il avance pas à pas, véritable danseur. Il zigzague entre les troncs calcinés, les arbres tombés, les roches et les irrégularités du sol. Chaque seconde, le corps se plie, le bras se lève, et la pelle frappe sèchement la terre. Un plant est mis en terre. Un autre. Et un autre encore.
Le terrain, dit-il, est loin d’être le pire qu’il ait connu. Mais il faut contourner les arbres brûlés, respecter les espacements, garder la bonne densité et supporter les moustiques. « Les moustiques, c’est fou », lance-t-il en riant.
Ses vêtements sont tachés de terre et de bois brûlé, déchirés par les manœuvres répétées au milieu du chaos de branches. Malgré la chaleur, il faut pourtant couvrir le plus possible la peau : ici, la moindre ouverture devient une invitation pour les moustiques, qui attaquent sans répit.
Le terrain, selon Darnell Marks-Naidoo, est loin d’être le pire qu’il ait connu.
200 000 arbres plantés
Darnell estime avoir planté environ 200 000 arbres depuis qu’il travaille dans le domaine. Il voit dans ce métier une manière de gagner sa vie, mais aussi de redonner quelque chose à l’environnement. Quand il parle avec ses amis de la planète et du monde qui change, il aime pouvoir se dire qu’il a peut-être, à sa façon, « fait sa part ».
Le travail est physique, mais Darnell insiste surtout sur le mental. Planter, c’est répéter le même geste des centaines, parfois des milliers de fois. C’est aussi passer de longues heures seul dans un secteur, avec seulement quelques passages du contremaitre.
Cette solitude, pour certains, peut devenir difficile. Lui y trouve plutôt un espace. Un moment pour penser, ou pour ne plus penser du tout. Le geste devient simple : pelle, arbre, trou refermé. Encore et encore. Une forme d’hypnose, presque.
« Certaines personnes peuvent trouver ça ennuyant, mais moi, j’aime ça », dit-il. Il aime pouvoir éteindre un peu son cerveau, se concentrer seulement sur le prochain arbre.
À la fin de la journée, la fatigue est collective. Au camp, chacun revient avec ses douleurs, ses histoires de boue, d’insectes ou de mauvaise journée. Et cette difficulté partagée crée aussi une forme de communauté. C’est ce qui rend ce métier si particulier. Dur, répétitif, solitaire, parfois décourageant. Mais aussi profondément satisfaisant.
Darnell le résume en une formule simple : « C’est le meilleur pire travail au monde. »
« Certaines personnes peuvent trouver ça ennuyeux, mais moi, j’aime ça », sourit Darnell.
