Le film est disponible sur Crave.
Avec L’Étranger, François Ozon s’attaque à un monument de la littérature française : le roman d’Albert Camus, publié en 1942. Après avoir exploré le désir, les rapports humains et les zones troubles de l’intime, le cinéaste s’empare ici d’un texte réputé difficilement transposable à l’écran. Et pourtant, Ozon en livre une adaptation d’une maitrise remarquable, fidèle à l’esprit de Camus tout en affirmant pleinement son propre style cinématographique.
À Alger, en 1938, Meursault mène une existence ordinaire, détachée de tout. À la mort de sa mère, il ne manifeste pas le chagrin attendu. Il reprend rapidement sa vie, retrouve Marie et se rapproche de son voisin Raymond. Une succession de circonstances le conduit sur une plage où il commet l’irréparable. Vient alors le procès, qui semble juger autant son crime que son incapacité à se conformer aux conventions sociales du deuil.
Ce qui frappe d’abord dans L’Étranger, c’est sa beauté à couper le souffle. Le choix du noir et blanc apporte une pureté exceptionnelle. Lumineux, solaire, presque éblouissant, il donne au film une identité visuelle unique et qui semble évidente. Il est alors difficile d’imaginer cette histoire en couleur sans lui faire perdre une part de sa saveur et de son splendide. Le directeur de la photographie (Manu Dacosse) compose chaque plan avec une précision millimétrée. Tout parait pensé, placé, sculpté : L’Étranger est une œuvre extrêmement aboutie sur le plan artistique.
Ozon réussit l’exploit d’adapter en deux heures un roman lent, intimiste, traversé par des questionnements sur l’existence de l’homme, sans jamais laisser l’ennui s’installer. L’absurdité de la condition humaine, au cœur de l’œuvre de Camus, prend corps dans Meursault, personnage taciturne et déroutant. Benjamin Voisin l’incarne avec une justesse remarquable, tandis que Denis Lavant, dans le rôle de Salamano, livre encore une interprétation particulièrement marquante.
L’Étranger est donc une adaptation aussi ambitieuse que maitrisée. Ozon ne cherche pas à simplifier Camus, mais à le faire vivre par une image remarquablement travaillé, les jeux de lumière du noir et blanc et la performance des acteurs. Une œuvre d’une grande beauté, qui parvient à rendre accessible sans jamais trahir la complexité du texte original.
