Alors qu’il y a quatre ans, le secteur cinématographique a généré 4,9 milliards de dollars en Colombie-Britannique, battant ainsi son record annuel, ici, aux TNO, ce n’est pas la même réalité. Entre les couts de production élevés et le manque de main-d’œuvre locale, l’industrie cinématographique du Nord doit s’adapter.
Et cela passe par la diversification. Alexandre Beaudin, président de l’Association des producteurs audiovisuels des Territoires du Nord-Ouest, explique que, comme « il n’y a pas une industrie [aussi] développée ici, en cinéma ou en télévision, les gens n’ont pas nécessairement la même expérience dans le Nord que dans le Sud. Quelqu’un qui évolue dans le cinéma à Vancouver va pouvoir se spécialiser, par exemple, comme producteur ou comme réalisateur, mais ici, étant donné que ces postes-là sont moins sollicités, les gens ont tendance à diversifier leurs compétences : une même personne peut être productrice, réalisatrice, caméraman, ou faire du montage vidéo… Ce besoin de se diversifier est essentiel pour être capable de maintenir un niveau d’occupation, puis de rémunération, suffisant pour bien vivre. »
Peu de main-d’œuvre aux TNO
Dans le Nord, toujours selon Alexandre Beaudin, « la main-d’œuvre qualifiée est très limitée, entre autres, à cause du volume et de la grosseur de la production qui se déroule ici ». Par exemple, « il est difficile d’avoir des techniciens qualifiés employés à temps plein », selon lui. « Même s’il y a des personnes qualifiées pour travailler sur les films, souvent, comme elles ne peuvent pas être employées à temps plein et avoir assez de contrats, elles se retrouvent à devoir travailler dans des entreprises, au gouvernement ou à d’autres emplois à temps plein [en dehors de l’industrie cinématographique]. Donc, pour les productions qui veulent tourner ici, aux Territoires du Nord-Ouest, elles doivent souvent faire venir leur équipe du Sud », poursuit-il.
Concernant les personnes qualifiées des TNO, elles peuvent « se retrouver dans des rôles des fois secondaires parce que les producteurs apportent leurs propres équipes techniques. Donc, les réalisateurs, les caméramans, toutes les positions clés, les “best boys” [tous ces métiers-là sont occupés par des personnes qui viennent du Sud] », ajoute-t-il.
Plus difficile de produire certains films dans le Nord
En raison de ce manque de main-d’œuvre, produire des films dans les Territoires du Nord-Ouest s’avère plus complexe. « Si les besoins de tournage nécessitent une équipe élaborée, ça va être difficile de produire ça ici. Donc, dans certaines situations, les scènes extérieures vont être tournées ici, par exemple, parce que visuellement nous avons besoin de ça, mais dans d’autres circonstances, les scènes intérieures vont être tournées dans le Sud parce qu’il y a besoin de studios alors qu’il n’y en a pas ici », affirme le président de l’association NTMPA. Et puis, cela « va être beaucoup plus efficace au niveau des couts plutôt que de créer des studios ici. Même s’il y a des tournages qui peuvent se faire dans des maisons, c’est comme plus pratique d’être dans le Sud. Cela va revenir moins cher que de tourner tout ici, dans le Nord là ». En effet, en ajoutant les couts liés au logement, le prix des billets d’avion pour faire venir de grosses équipes avec des maquilleurs.euses, des technicien-nes, etc., le montant de la facture ne cesse de s’élever.
C’est pourquoi les équipes du Nord privilégient certains formats comme les documentaires. Plus accessible aux réalités du Nord, ce type de production cinématographique nécessite de petites équipes sans avoir besoin de se délocaliser pour le montage. En revanche, les projets de téléséries, de fiction ou scriptés, sont moins présents dans les TNO.
Des mesures mises en place par le gouvernement
En réaction, des mesures du gouvernement soulagent les producteur.rice.s des TNO. « Il y a des crédits d’impôt qui peuvent être obtenus à travers le gouvernement des Territoires du Nord-Ouest ; cela va soutenir les productions locales. Il y a aussi le programme d’encouragement pour les producteurs, avec des financements alloués pour le développement des idées, présenter des idées de concept, faire des pitchs au Toronto International Film Festival [par exemple], rencontrer des producteurs, des distributeurs… », énumère Alexandre Beaudin. « Mais il reste quand même beaucoup de limitations pour des projets d’envergure », déplore-t-il.
C’est la raison pour laquelle l’Association des producteurs audiovisuels des Territoires du Nord-Ouest « sensibilise le gouvernement aux besoins de l’industrie cinématographique ». « Nous travaillons avec le gouvernement des TNO. à offrir des programmes de formation pour les producteurs [et leur donner] accès à de nouvelles compétences comme la gestion d’équipe et de budget, les demandes de financement. »
Des ateliers organisés au Festival international du film de Yellowknife
Les prochaines formations seront prévues durant le Festival international du film de Yellowknife, « qui comprendra un programme dédié aux professionnels du secteur ».
« Il y aura donc plusieurs ateliers animés par des professionnels du secteur, certains venant de l’extérieur de la ville, mais aussi des producteurs ou des membres d’équipes de tournage locaux », annonce Camilla MacEachern, responsable des affaires cinématographiques des Territoires du Nord-Ouest, au sein du ministère de l’Industrie, du Tourisme et de l’Investissement.
Des actions qui portent leurs fruits, puisqu’« avant, un producteur qui développait un concept ne pouvait pas utiliser cet argent-là pour se payer lui-même. Il devait l’utiliser pour payer d’autres personnes. Nous avons réussi à faire changer un peu les règles au niveau du financement, parce que ce n’était pas viable », précise le président de l’association.
Allouer plus de financements à l’industrie cinématographique des TNO. pourrait avoir de nombreux avantages, comme « le développement économique, avec des retombées financières pour le territoire, mais aussi de l’importance de la préservation culturelle et de la souveraineté du Nord en donnant à nos producteurs les moyens de raconter leurs propres histoires et de les partager avec le monde entier », rappelle Camilla MacEachern, responsable des affaires cinématographiques des Territoires du Nord-ouest, au sein du ministère de l’Industrie, du Tourisme et de l’Investissement.
« Le tourisme est également un autre avantage dérivé majeur de ce secteur, avec des émissions comme “Ice Pilots” ou, plus récemment, la série d’aventure “Alone”, qui touche des millions de téléspectateurs à travers le monde », complète-t-elle
De ce fait, le gouvernement avait mis en place une stratégie sur cinq ans qui touche à sa fin cette année. L’exécutif va d’ailleurs proposer un nouveau plan, mardi 27 octobre à 12 h, lors d’une présentation virtuelle. Parmi les nouvelles mesures : la bonification du programme d’encouragement pour les producteurs. Plus d’informations ici.
