le Mercredi 3 juin 2026

L’Édito de la rédaction

Chaque semaine, l’actualité ténoise s’illustre sous la plume et la voix de Cécile Antoine-Meyzonnade.

“T’as senti la fumée?” Dimanche dernier, aux premières lueurs du jour, un léger voile blanc enveloppait l’air. Les plus optimistes ont choisi d’y voir une brume sympathique de matin de mai, d’autres, plus pragmatiques pourrait-on dire, y ont décelé un léger fumet boisé venu tout droit du sud des TNO.
Il y a des semaines comme celle-ci, où tout semble parfaitement faire sens. Les histoires, les moments, les sujets s’assemblent et résonnent entre eux. Un fil rouge est tracé. Aux TNO et dans l’Arctique, un souffle nouveau traverse les rues, les institutions et le ciel.
Remuer le sol, sentir sa richesse, voir ses paumes noircies, ses ongles terreux… Cette semaine avait lieu le premier rendez-vous jardinage de l’année devant l’École Weledeh à Yellowknife, le tout encadré par la Fédération franco-ténoise (FFT).
Il y a dans l’air ténois, comme un je-ne-sais-quoi de résistance. Comme si, nous, francophones, devions garder et sécuriser notre petit lopin de terre durement acquis face à un ennemi grignotant du terrain chaque jour. Ou, dans notre cas précis, chaque rentrée scolaire.
C’est une vaste question ! Le 28 avril 2026, plusieurs centaines de personnes ont défilé dans les rues de Whitehorse, capitale du Yukon, pour protester. Que ce soit par des paroles, des affiches portées haut ou au son des tambours, la foule a clairement manifesté son indignation suite à une décision de justice jugée injuste.
C’est reparti pour une nouvelle semaine tournée vers Inuvik. Malheureusement, pour la deuxième semaine consécutive, les oiseaux nordiques de mauvais augure ont encore frappé le système éducatif de la communauté.
Une nouvelle glaçante a plongé la francophonie dans une situation préoccupante cette semaine : c’est la fin du programme d’immersion française à l’école primaire East Three à Inuvik. Cette fermeture marque un recul alarmant du tissu culturel et linguistique sur notre territoire.
Logement, santé en français… deux sujets essentiels, souvent évoqués, et jamais épuisés, dans les Territoires du Nord-Ouest et dans nos colonnes. Les annonces, les études, les analyses s’empilent comme des blocs de construction dans le but de bâtir un équilibre, promettre une croissance.
Il y a deux mois de cela, le 3 février, nous apprenions avec tristesse et indignation la future fermeture de l’unique cinéma de la capitale des Territoires du Nord-Ouest. Un point final à plus de 75 ans d’exploitation animée.
Se construire en tant qu’individu, c’est le laborieux travail de toute une vie. Et construire l’identité d’une francophonie nordique en situation minoritaire, le complexe labeur d’un nombre incalculable d’âmes…
Jeudi 12 mars, à Yellowknife, le Nord a changé d’échelle, devenant le centre d’attention du Canada. Il aura simplement fallu la visite du premier homme du pays.
Hissé au plus haut de mon mât, moi, le drapeau franco-ténois, je me fonds dans le ciel perçant de la mi-journée et retrouve le souffle glacé du Grand lac des Esclaves qui m’avait tant manqué.
L’Aquilone n’est pas un prétexte et les femmes ne sont pas mises en sourdine le reste de l’année. Nous bâtissons notre information avec réflexion, en choisissant de n’exclure personne et en décidant consciemment de respecter un équilibre entre les genres.
D’ici ou d’ailleurs, un changement de village, de ville, de province, de territoire, de pays ou de continent…Personne n’est étranger aux migrations et à tout ce qui les accompagne et le déracinement comporte toujours son lot de tristesse, de séparation.
À l’instar d’une bonne prélogie de saga à succès – oui, ça existe –, février aura décidément bien préparé le terrain au mois de la francophonie.