Le YK ARCC, le sanctuaire des artistes de Yellowknife depuis les derniers six mois, perdra corps, mais gardera son âme.
Après avoir cherché de multiples alternatives à la démolition de l’ancienne église Pentecôtiste de Yellowknife qui abritait le premier centre culturel artistiquement administré de la capitale, les artistes ténois ont décidé de prendre à deux mains cette épée de Damoclès qui leur plombait l’avenir. Leur volonté créatrice les a poussés à profiter de la fête de l’Halloween pour transformer une ultime fois ces lieux de production, de célébration et de diffusion artistique. Avant d’être évacué, dès le mois de novembre, l’immense espace du YK ARCC a été offert à l’intervention collective afin de créer une sensation halloweenesque dans les nombreuses salles de cet ancien lieu de culte.
Joël Maillet, qui a été la première personne responsable de ce centre évoque qu’« il y a une vingtaine d’artistes de tout horizon qui participent à cette double opportunité : la dernière chance d’utiliser ce lieu et l’opportunité créatrice de l’Halloween. Tout le monde travaille individuellement sur une partie qui ensemble va créer un grand carnaval. » Pour la suite du YK ARCC, Joel Maillet estime que le plus important est d’avoir une porte ouverte à la communauté artistique. « C’est une porte physique que l’on a besoin, ce ne peut pas être sur l’Internet. Avec la vieille église, on a eu la chance magnifique de savoir ce que c’était d’utiliser le plus grand espace imaginable. Maintenant on peut poser les étapes pour en arriver là dans le futur. »
D’après les principaux protagonistes, le besoin d’offrir un espace aux artistes locaux semble être démontré. Gilles Amyot, un francophone qui se rappelle des démarches entreprises par la francophonie yellowknifienne pour mettre en place un tel lieu, explique que cet espace du centre-ville voué à être vendu a tout de même réussi à se créer peu à peu une identification, une image d’un lieu artistique reconnu.
Zone d’intervention
Gilles Amyot se réjouit de l’énergie créatrice qui entoure l’évacuation de l’édifice. « Les différentes salles mettent sur pied des aménagements dont les idées principales ont été lancées et discutées, mais les choses se mettent en place de façon très organique voir anarchique. Ça fait partie du processus de création : on adapte, on modifie, ça part d’une idée et ça va à une autre… ça promet. »
Il décrit les chambres telles qu’elles le seront avec leur dernière robe de bal. Une longue chambre est vouée à la célébration de l’Halloween telle qu’elle pouvait l’être à l’ère du culte païen, une autre utilise la simplicité d’un miroir transparent pour créer des situations complexes où des individus accepteront de se prêter aux défis achetés par des témoins anonymes. La fête s’étendra dans une salle d’opération, dans la sombre forêt d’un ogre, dans un couloir où une cible vivante immaculée sera la proie de ballons sanguinolents, dans un chapiteau de méchants clowns ou encore dans un ring de lutte où quatre robots se sont déjà donné la mission de se démantibuler les uns les autres. Dans une salle aux murs blancs, une artiste nouvellement installée dans le Nord, investit les cloisons d’une inspiration qu’elle désigne comme automnale. « C’est toujours un peu narratif sans avoir de conte derrière tout ça. Mais j’ai l’impression de voir une histoire très ancienne quand on regarde les dessins. Pour cela, je me sers de peu d’éléments du quotidien, mais des choses back to the basic comme la nature, la nudité. Ensuite je m’amuse avec les motifs et les contrastes » invite Marie-Andrée Bédard qui s’est tout simplement impliquée dans le projet en demandant si elle pouvait, elle aussi, transformer ce lieu qu’elle ne connaît que depuis un mois.
Gilles Amyot ajoute que chaque espace détient son lot de surprises et d’imagination. Selon lui, la chapelle qui restera le cœur battant de cette dernière soirée, verra parader les déguisements festifs du public alors qu’une succession de musiciens feront danser les quelques 200 personnes attendues ce samedi 29 octobre. « J’ai été le concierge ici, mais vu le lieu où l’on est on pourrait m’appeler bedeau! », s’amuse-t-il pensant à se glisser, pour l’Halloween, dans le personnage du bossu de Notre Dame afin d’incarner la métamorphose effrayante du rôle qu’il a tenu au sein de cet espace encore remplit d’une douzaine de bancs d’église.
