De passage pour quelques jours dans les Territoires, l’auteur, géographe, poète et essayiste, Jean Morisset a pris le temps de faire une brève pause à l’Aquilon pour raconter des souvenirs et événements marquants vécus aux TNO.
Né à Saint-Michel-de-Bellechasse, Jean Morisset a toujours refusé la condition réservée aux Autochtones, soit la dépossession culturelle et territoriale. Le professeur associé au département de géographie de l’Université du Québec à Montréal insère ses nombreuses connaissances dans ses réponses. Avant de commencer l’entretient, M. Morisset a confié avoir toujours aimé le nom Aquilon. L’auteur rapporte que ce nom lui remémore les Fables de La Fontaine.
L’auteur a toujours été interpellé par le Nord et ce qui l’a fait revenir, mentionne-t-il, est que le sud du Québec est nordique. Il dit : « Il ne faut pas oublier que le coin où le Nord descend le plus au Sud, c’est sur la Côte-Nord du Québec ». Le climat n’étant pas bien différent, ça n’a jamais été un vrai voyage que d’aller dans le Nord pour M. Morisset. « Le Nord était déjà en nous, sans qu’on le sache. Nous sommes issus d’un peuple voyageur avec nos origines canadiennes prébritanniques. Au 18e siècle, nous avons toujours échappé aux Français. On s’est rendu au Mississippi avant eux, tellement qu’on a créé deux ou trois langues, c’est beaucoup et malheureusement, on ne les a jamais enseignés ». M. Morisset mentionne que le mot nord-ouest provient des États-Unis et a été traduit de la langue française.
Questionné sur la raison de son retour, il répond : « Je suis venu ici pour revenir! » Il a beaucoup travaillé au Nunavut depuis une dizaine d’années, mais n’était pas revenu aux Territoires depuis le début des années 1980. À l’époque, il avait écrit deux livres, un portant sur un homme assez connu qui s’appelle Ted Trindell et qui demeurait à Fort Simpson. Ce volume n’a jamais été publié en français puisque le langage de M. Trindell était tellement imagé et riche que l’auteur aurait préféré personnellement procéder à sa traduction. Il fut assez surpris de revenir ici puisqu’il a connu la formation du pays déné. Selon lui, ce pays très fort présentait une résistance énorme et constituait même une menace. L’intelligentsia anglophone disait à l’époque qu’il y avait deux grandes menaces à l’unité canadienne, soit les Dénés et les Québécois. L’homme aux multiples talents ajoute que ces paroles ont été écrites.
Il mentionne de plus que son parcours et sa bonne connaissance historique teintent ses récits, ses essais, sa poésie et son discours. Il raconte aimer regarder une vieille carte en se disant que ce n’est pas une carte, mais plutôt un poème et que notre vision dépend de la façon dont on le regarde et dont on le lit, etc. Par la suite, il souligne que : « C’est devenu tellement important dans certains milieux anglophones d’aller chercher l’histoire orale. Comme nous provenons d’une vieille oralité que nous avons essayé de neutraliser depuis environ une trentaine d’années et que l’on a perdu ça, moi je ne crois pas que l’histoire autochtone en Amérique du Nord puisse se faire sans passer par le français. » Ces milliers de pages qui ont été écrites et ne sont pas lues contiennent une incroyable richesse. Jean Morisset dit qu’« une fois que l’on a celles-ci, on a devant nous le défi de les lire ainsi que de lire à travers les lignes et surtout de réinterpréter tout cela ». Et ça se traduit par un problème de langue pour le monde anglophone. Pour les francophones, le fait que nous ne lisons pas ce qui est écrit en français correspond « peut-être à un problème d’identité ». La réalité géographique est une richesse énorme qui a été laissée de côté, toujours selon lui. La manière dont la mémoire et l’histoire ont été enseignées est l’une des causes du problème. Les gens ont eu honte de leur richesse. « Nous ne serions pas là, s’il n’y avait pas eu cette ouverture géographique malgré nous. Nous n’avons jamais réussi à angliciser les autres compléments du fleuve. C’est une richesse qui a mal été apprivoisée », dit-il. « Alors, venir pour moi, c’est venir au-devant de nous-mêmes », ajoute-t-il.
