En France, la philosophie du romantisme, comme on la conçoit dans le domaine des arts et des lettres, provient des réflexions des philosophes des Lumières parmi lesquels René Descartes avait pavé la voie à Diderot, à D’Alembert, à Voltaire, à Montesquieu et à Rousseau en mettant de l’avant la nécessité de guider l’entendement du réel par un raisonnement analytique et synthétique. Par ce leitmotiv, le penseur libère les idées de la tutelle dominatrice des dogmes. À ce postulat, s’ajoute l’importance de l’individu et de sa liberté. Ces concepts inspirent la Révolution française et fondent l’émergence des nationalismes en Europe, durant et après les guerres napoléoniennes. Dans le romantisme, le faisceau rationnel des philosophes des Lumières se décompose dans le prisme des sentiments et des émotions humaines, tant au niveau individuel que dans l’expressivité et les identités nationales. De cette voie cognitive et créatrice, Madame de Staël, Victor Hugo et Hector Berlioz comptent parmi les principaux représentants en France.
En Allemagne ? qui, à cette époque, est plutôt la Confédération germanique, sous la gouverne de la Prusse et de l’Autriche ? l’axe structurel de la philosophie romantique se développe parallèlement aux structures philosophiques de la France. Parmi ses philosophes, Leibniz présente les fondations et Kant développe ses réflexions sur l’importance de la raison et propulse son postulat que l’Aufklärung (l’entendement éclairé) qui permet à l’homme de devenir mature et indépendant de tutelle. Son élève, Johan Gottfried Von Herder, et aussi Goethe, poussent ces idées rationalistes vers l’importance des sentiments et des émotions, distillant le mouvement Sturm und Drang (tempête et passion) qui, au romantisme, s’amalgame avec des mouvances nationalistes activées par les idées de Von Herder. C’est dans ce contexte intellectuel qu’émerge Robert Schuman qui matérialise ces idées dans ses écrits littéraires et musicaux.
Robert Schuman nait dans la ville de Zwickau, en Saxe, alors sous la gouverne de la Prusse. Il est le cinquième enfant d’Auguste Schuman et de Christiane Schnabel avec qui il passe son enfance et ses études en lettres au lycée de Zwickau. Son père, écrivain et libraire, est l’auteur d’un Lexique de Saxe et traduit des poèmes de Lord Byron. Il introduit Robert Schuman au monde littéraire et à la philosophie romantique, pendant que Johan Gottfried Kuntzch lui enseigne le piano et l’orgue à la cathédrale de Zwickau. Le jeune Robert a sept ans.
