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le Jeudi 30 mars 2023 14:22 Environnement

Rejets toxiques en Alberta : vers un « meilleur système »

Rejets toxiques en Alberta : vers un « meilleur système »
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Ottawa s’emploie à créer un « meilleur système » à la suite des lacunes observées depuis les rejets toxiques à la mine de sables bitumineux Kearl de la Pétrolière Impériale, en Alberta, a annoncé le ministre fédéral Steven Guilbeault.

Le ministre fédéral de l’Environnement, Steven Guilbeault, a réitéré la semaine dernière le besoin d’améliorer la surveillance environnementale et la communication d’incidents liées à l’industrie des sables bitumineux, à la suite de deux rejets toxiques sur le site minier Kearl de la Pétrolière Impériale, au nord de Fort McMurray. La colère, dans les communautés en aval, ne faiblit pas.

Le ministre propose la création d’un groupe de travail mixte, fédéral, provincial et autochtone, auquel participeraient les compagnies pétrolières. « Ce groupe de travail se réunirait régulièrement pour fournir des informations de manière transparente à toutes les parties concernées et discuterait des plans d’assainissement et des mesures de confinement ainsi que de l’amélioration de la notification des incidents de déversement ou d’infiltration », a-t-il dit lors d’une conférence de presse, le 20 mars. Le mandat et la composition exacts de ce groupe sont encore en discussion.

Selon le gouvernement des Territoires du Nord-Ouest, fortement irrité de ne pas avoir été avisé par l’Alberta des incidents en vertu de l’Entente bilatérale sur la gestion des eaux, ce groupe doit s’étendre au territoire. « Pour être efficace, le groupe de travail proposé doit inclure à la fois le gouvernement des Territoires du Nord-Ouest, les gouvernements autochtones en aval et les organisations autochtones des Territoires du Nord-Ouest », a déclaré par courriel le Secrétariat du GTNO à Médias ténois.

Rappelons qu’il y a eu deux incidents au site minier Kearl. D’abord, le suintement de bassins de résidus, qui s’infiltre dans les eaux souterraines, remonte à la surface depuis mai dans les environs du bassin hydrographique de la rivière Athabasca. Impériale en a alors informé le Régulateur de l’énergie de l’Alberta (AER), mais aucun drapeau rouge n’a été levé. Cette fuite n’a été réellement rendue publique que début février après un déversement de 5,3 millions de litres d’eaux usées. Ce n’est ainsi que neuf mois plus tard qu’Ottawa et des communautés en aval ont pris connaissance du suintement, confirmé comme étant nocif pour la faune, mi-mars, par des inspecteurs fédéraux.

La commissaire à l’information de l’Alberta a ouvert une enquête pour se pencher sur la manière dont l’organisme de règlementation de la province a informé le public et sur ses obligations. Le Régulateur de l’énergie a annoncé, le 28 mars, rechercher un « organisme tiers qualifié et impartial » pour réaliser un exercice similaire à l’interne. Tant Impériale que le Régulateur devront aussi témoigner devant une commission parlementaire, à la suite de l’adoption d’une motion.

 

Méfiance et colère

« Notre principale préoccupation est que les quatre bassins de résidus fuient toujours, et ce depuis au moins mai 2022 », écrit le chef Allan Adam de la Première Nation des Chipewyans d’Athabasca, dans un échange de courriels avec Médias ténois. La compagnie « ne sait pas depuis combien de temps ni quelle quantité de résidus toxiques s’est infiltrée, continue-t-il. Nous n’avons donc aucune confiance dans leurs affirmations selon lesquelles aucun résidu n’a atteint l’environnement. Le fait qu’ils nous aient caché la situation pendant neuf mois ne fait qu’aggraver les choses. »

Des membres de sa communauté sont allés, le 10 mars, sur le site minier Kearl à la suite du déversement de 5,3 millions de litres. « Nous avons constaté leur attitude laxiste en matière de confinement, témoigne le chef Adam. Pas de clôture, pas de mesures de sécurité, juste une zone ouverte, accessible aux humains et à la faune. »

Lors de la première réunion communautaire organisée par la Pétrolière Impériale, le 22 mars, « la colère, la méfiance et la peur étaient évidentes », témoignait une journaliste de Windspeaker.

Des membres de la Première Nation des Chipewyans d’Athabasca, de la Première Nation crie Mikisew ou des Métis de Fort Chipewyan y ont bombardé de questions le vice-président de l’Impériale pour l’exploitation des sables bitumineux, Jamie Long. Ce dernier a affirmé qu’il « y a beaucoup de choses que nous aurions pu faire mieux », tout en rappelant que son entreprise avait signalé la fuite le 19 mai au Régulateur de l’énergie de l’Alberta et aussi via un courriel à la Première Nation des Chipewyans d’Athabasca.

Une copie du courriel, court, a été acheminée à Médias ténois : une conseillère socioéconomique d’Impériale y écrit qu’il y a « présence d’eau et de végétation décolorées » et que « l’Impériale a mis sur pied une équipe spécialisée pour comprendre la source de l’eau et tout impact potentiel sur l’environnement. »

Selon Jay Telegdi, directeur principal des affaires intergouvernementales de la Première Nation des Chipewyans d’Athabasca, « la question n’a plus jamais été soulevée ».

Quatre réunions entre Impériale et la Première Nation ont suivi, dont trois sur la gestion de l’environnement. « À aucun moment, continue Jay Telegdi, ils n’ont mentionné que des résidus fuyaient ou que leur système d’interception était défaillant. (…) Nous avons été amenés à croire que tout allait bien. »

Le suintement et le déversement de rejets toxiques se sont d’ailleurs imposés comme sujet lors du tout premier Sommet sur l’eau organisé la semaine dernière par la nation dénée, à Inuvik. « C’était sur toutes les lèvres », témoigne Jay Telegdi.

 

Eau embouteillée, soutien et surveillance

Le gouvernement fédéral a acheminé de l’eau en bouteille à des communautés en aval des rejets et en couvre les couts. La ministre fédérale des Services aux Autochtones, Patty Hajdu, a dit « conserver tous les reçus » lors de la conférence de presse, laissant entendre que la facture pourrait être refilée à Impériale.

Les chefs Allan Adam et Billy-Joe Tuccaro de la Première Nation crie Mikisew « sont dévastés », a continué Patty Hajdu. Comme la chasse, la pêche, le piégeage ou la cueillette de subsistance sont pratiqués dans le secteur, ils « sont inquiets de la viabilité à long terme de leur mode de vie » et de « l’impact sur la santé ».

Ottawa fournit des ressources en matière de santé mentale, à la demande des communautés.

Le ministre Steven Guilbeault plaide pour un « meilleur système de surveillance environnementale » et il faut aussi, selon lui, s’attaquer aux bassins de résidus. « Continuer d’accumuler de l’eau toxique dans ces immenses lacs artificiels n’est pas une solution à long terme. »

Si la fuite toxique n’a pas été communiquée pendant plus de neuf mois, a rappelé le ministre, c’est « parce que, sous le gouvernement précédent de Harper, le Canada a démantelé l’évaluation d’impact. » Il croit que le projet de Loi C-69, sur l’évaluation d’impact, viendra changer la donne.

Les résidus des sables bitumineux couvrent un total de 300 kilomètres carrés en Alberta.