La station de recherche sur le pergélisol Scotty Creek devrait rouvrir en aout, comme prévu.
La reconstruction de la station de recherche sur le pergélisol Scotty Creek, dévastée par un feu de forêt en octobre, avance rapidement. C’est la Première Nation Li´i´dli?i? Ku´e´ qui en assure le leadeurship, depuis une dizaine de mois, et l’optimisme règne quant à sa réouverture en aout, ce qui permettra de continuer d’y observer les impacts des changements climatiques. Et tant les chercheurs que les membres de la Première Nation qui s’y déplaceront pourront désormais s’y rassembler dans un tipi.
« Le nouveau camp de la station sera très différent et, d’une certaine manière, méconnaissable tant le feu a modifié l’environnement », dit William « Bill » Quinton, directeur de la station Scotty Creek et professeur au département de géographie et d’études environnementales de l’Université Wilfrid-Laurier. Il a fondé la station, à quelque 50 km de Fort Simspon, dans les années 1990. Aucune route ne s’y rend, ce qui complique la coordination. Il vient d’y passer près de trois semaines, en juin.
Pendant ce séjour, jusqu’à une dizaine de personnes ont été sur le site, au plus fort des activités. Menuisiers, électriciens, employés de la Première Nation ou étudiants universitaires ont tous retroussé leurs manches. Outre le nettoyage de débris – les dégâts de l’incendie s’élèvent à environ 2 millions –, les efforts ont été alloués à la reconstruction.
« On en a profité pour bâtir les plateformes où les gens dorment dans des petites tentes à des endroits où il y aura moins de circulation, on a aménagé de nouveaux sentiers et un nouvel accès au quai », énumère Bill Quinton lors d’un entretien virtuel. Une grande tente servant de dortoir pourrait aussi être ajoutée au camp, où davantage de programmes culturels dénés se tiendront, pour y accueillir des ainés.
Le tipi, lui, symbolise en partie le désir de mettre la culture dénée de l’avant à la station. « On essaie d’y intégrer davantage notre culture et Bill m’a invité à construire un tipi, dit le gardien William Alger de la Première Nation. C’était une excellente idée ! » Le gardien a abattu quelques arbres pour ensuite les attacher ensemble, monter la structure et la couvrir d’une bâche temporaire. Au centre, il a réalisé un cercle avec des pierres afin de délimiter une zone pour un feu, en prenant soin de choisir celles qui ont déjà servi dans des fondations de l’ancien camp. « C’est symbolique de les réutiliser », dit-il.
« C’est vraiment édifiant de tout reconstruire après une telle tragédie, poursuit William Alger. Tout le monde est optimiste et on a la chance d’y marier encore mieux les connaissances traditionnelles et scientifiques. »
Si le travail de nettoyage et de charpenterie a bien avancé, celui au niveau de l’électricité a connu quelques écueils. « Nous n’avons pas réussi à faire fonctionner le système de panneaux solaires », affirme Bill Quinton. Une génératrice au propane fournit le camp en électricité en attendant. L’équipe tentera de réparer le système en juillet ou en aout.
La tour de covariance fonctionnelle
Mais d’autres panneaux solaires, ceux-là alimentant un important projet d’une équipe de chercheurs, fonctionnent bien. En mars, le professeur agrégé du département de géographie de l’Université de Montréal, Oliver Sonnentag, s’était rendu à Scotty Creek avec d’autres scientifiques pour réinstaller une tour de covariance des turbulences endommagée par l’incendie.
Du haut de ses quinze mètres, les instruments de cette tour enregistraient ce qui se tramait dans l’environnement depuis 2014. De les remettre en état de marche rapidement offrait une unique occasion d’observer les conséquences d’un feu de forêt sur le pergélisol. Mais il leur a fallu remplacer tous les instruments et tous les panneaux solaires dans le grand froid.
« En plus du froid, on était pressé dans le temps, raconte Oliver Sonnentag. Chaque instrument requiert de brancher plein de petits fils et on n’a pas eu le temps de tout tester ». Des vibrations causées par le vent auraient pu en faire lâcher et tout compromettre.
Leur chance semble avoir été au rendez-vous : l’équipe y est retournée en juin et des données ont été enregistrées depuis mars. « On doit les analyser, mais elles semblent valides, dit Olivier Sonnentag, au bout du fil. Il y a encore de la calibration à faire, mais on est satisfait. » Ils y retourneront en aout.
Le feu, toujours un danger
La menace d’autres feux de forêt inquiète Bill Quinton : un incendie brule à environ 20 km de la station et celle-ci pourrait aussi se retrouver sur la trajectoire du gigantesque feu près de Sambaa K’e, craint-il, si celui-ci devait monter vers le nord.
La reconstruction avance à la
station de recherche sur le pergélisol Scotty Creek, dévastée par un feu de forêt en octobre dernier.
(Photo : William Quinton)
« Pendant que je nivelais le sol pour les nouvelles plateformes et que je pouvais voir le panache de fumée, raconte-t-il, je me demandais si tous nos efforts seraient bientôt vains. »
Le feu de forêt a ravagé le camp à la mi-octobre, un moment de l’année très inhabituel où les températures glaciales ont nui aux efforts des Services de lutte contre les feux de forêt des TNO. Tout était très sec, se souvient Bill Quinton, et le feu est passé à travers les zones humides comme si de rien n’était pour poursuivre sa dévastation.
« Dans les dernières années, on se disait que la station était protégée, car l’endroit est couvert de zones humides, poursuit-il. Mais si, historiquement, les zones humides dans la forêt boréale servaient de coupe-feu, ce n’est plus le cas. Tout est tellement rendu sec ! »
Le paysage n’est plus « qu’un lit continu de combustibles prêt à s’enflammer », se désole-t-il.
Ils n’auront pas le choix d’investir, dit-il, dans des systèmes d’arrosage pour protéger la station contre de futurs feux de forêt.