Le rapport final de la société d’étude West Kitikmeot Slave (WKSS) dévoile ce que plusieurs environnementalistes savent déjà : les caribous du troupeau de Bathurst des T.N.-O., plus particulièrement de la région du West Kitikmeot Slave, n’ont plus leur santé d’antan. L’état général du Rangifer tarandus se détériore et ce phénomène va en s’accélérant depuis la dernière décennie. Le groupe d’étude, qui a remis son rapport au terme de son mandat de cinq ans, ne peut toutefois pas identifier le responsable. « Plusieurs personnes pointent du doigt les compagnies minières en disant : c’est votre faute si les troupeaux de caribous sont mal en point, a indiqué Ted Blondin, président de WKSS. Mais nous n’avons pas de preuves concluantes pour affirmer cela ».
Un autre mandat serait nécessaire à WKSS pour qu’elle emprunte la bonne piste de recherche. Un projet sur les effets cumulatifs et un programme de surveillance sont sur la glace, attendant le feu vert des autorités et de l’industrie, principales sources de financement. Le cas de l’Alaska, qui a découvert au bout de vingt années de recherche que le développement pétrolier est la cause directe de l’état de santé des caribous, sert de référence. « Si ça leur a pris 20 ans pour conclure avec certitude que les caribous sont touchés par l’industrie pétrolière et gazière, explique John McCullum, directeur de la recherche, ça pourrait nous prendre 20 ans aussi. »
Ce constat souligne la lenteur des autorités à investir dans les projets de recherche en environnement. « Cette étude aurait du être faite cinq années plus tôt, fait remarquer Ted Blondin. Nous constatons l’urgence de la situation maintenant. » La société d’étude WKSS a directement demandé au ministre des Affaires indiennes et du Nord, Robert Nault, de les appuyer et de leur donner un nouveau mandat avec plus de mordant. « Le ministre a dit qu’il était au courant de la situation et qu’il allait y réfléchir prochainement », a mentionné le président.
En cinq années de recherche, qui ont coûté près de dix millions de dollars dont le tiers provenant de l’industrie, le groupe a mis à jour un document de recherche documentaire de plus de 500 pages sur la région de West Kititmeot Slave et réalisé plus d’une vingtaine de projets de recherche. Destinés principalement aux industries et aux gouvernements, ces projets ont fait appel au savoir traditionnel des aînés. L’approche empirique, cumulée avec la recherche théorique, a révélé ce que les aînés constatent tous les jours. « Quelqu’un me racontait que la semaine dernière, il avait tué six caribous mais n’avait pu en ramener que trois (parce qu’ils n’étaient pas en bonne santé), raconte Ted Blondin. C’est une préoccupation pour les aînés car ce qui affecte six caribous affecte également 300 000 caribous. »
La société a mis à jour plusieurs lacunes dans les recherches touchant la région de West Kitikmeot Slave, qui va de la rive nord du Grand Lac des Esclaves au Golfe Coronation, au Nunavut. L’absence de savoir traditionnel, le manque de données sur les aspects socio-économiques et sur les écosystèmes ont guidé les chercheurs. « Nous sommes toujours en train d’en apprendre sur ces écosystèmes », révèle John McCullum. Le groupe a également identifié les changements climatiques et la présence des polluants organiques rémanents (POR) au Nord, tel le mercure, comme facteurs de dégradation de l’environnement.
La région de West Kitikmeot Slave s’étend sur près de 300 000 km2. Près de 350 000 caribous Bathurst vivent sur ce territoire. Riche en minéraux, cette zone renferme plusieurs projets diamantifères en plus de la mine de diamants en activités de BHP Billiton, tous dans la région du Lac de Gras. Deux mines d’or y sont en activité.