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le Vendredi 27 septembre 2002 0:00 Éducation

Les élèves « éduqués avec leurs pairs » Vers des analphabètes diplômés ?

Les élèves « éduqués avec leurs pairs » Vers des analphabètes diplômés ?
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Depuis le milieu des années 1990, sauf en quelques rares occasions, les élèves qui éprouvent des difficultés d’apprentissage ne répètent pas leur année. Donne-t-on des diplômes à des gens qui ne savent pas lire ?

C’est en 1996 que la Loi sur l’Éducation des T.N.-O. a été révisée et adoptée. Cette loi venait garantir aux élèves des Territoires du Nord-Ouest le droit d’être éduqués dans des classes régulières, avec leurs pairs. C’est-à-dire, avec des jeunes de leur âge, quel que soit le degré d’apprentissage. Pour certains professeurs, la situation peut se transformer en casse-tête.

Une telle situation peut effectivement susciter des problèmes de comportement chez l’élève, qui aura tendance à ne pas faire d’efforts. « Quelques fois, les problèmes de comportement se manifestent parce que l’élève a des difficultés académiques et donc, il s’agit d’une situation compliquée pour l’enseignant », de signaler Barbara Hall, responsable des services aux étudiants à la direction des services scolaires et de la petite enfance au ministère de l’Éducation, de la Culture et de la Formation.

Louis-Pascal Rousseau a travaillé dans les écoles des Territoires du Nord-Ouest à titre de moniteur de français, d’assistant-professeur et de suppléant. Ce dernier a été témoin de quelques situations où le talent de l’enseignant était mis au défi. « Il y a des élèves qui sont conscients du rapport de force que leur donne le fait qu’il ne pourront jamais couler une année. Donc, il peut arriver que l’on voit un élève refuser carrément de répondre à un examen », raconte-t-il.

Mais les avantages sont aussi présents dans cette façon de faire qui est appuyée sur diverses études, de souligner Mme Hall. Entre autres, l’élève éprouvant des difficultés se sentirait sécurisé et aurait moins tendance à songer au décrochage. « Un jeune qui a 14 ans et qui se retrouve avec des élèves de 13 ans mange un dur coup au niveau de l’estime de soi. Son cercle d’amis n’est plus avec lui et il se retrouve complètement dans une zone d’inconfort », de faire valoir Josée Trudeau, enseignante à l’école secondaire Saint-Patrick.

De plus, ce ne sont pas tous les étudiants qui profitent du système, selon Lucille Leclerc, directrice de l’École Allain St-Cyr. « Pour certains enfants, l’avantage est de les encourager à mieux travailler l’année suivante. Par contre, pour d’autres, c’est une façon de stagner. Mais pour la majorité des enfants, lorsqu’on les fait passer d’une année à l’autre, ils font vraiment des efforts parce qu’ils veulent réussir », dit-elle.

Et l’enfant qui éprouve du retard ne sera pas laissé à lui-même, selon Barbara Hall. « Il faut essayer de comprendre les raisons pour lesquelles l’élève n’apprend pas aussi rapidement que ce qu’il aimerait et s’occuper de ça. Il peut y avoir une adaptation de la façon avec laquelle la leçon est donnée, comme le temps que l’élève a à sa disposition pour compléter un travail, de l’aide supplémentaire, l’enseignement mutuel, etc. Il y a tout une liste de choses qui peuvent être faites pour aider l’étudiant à surmonter ses difficultés et à rattraper les autres ».

Selon Mme Hall, il faut aussi tenir compte du rythme d’apprentissage. « Les élèves se développent à des niveaux différents et à des périodes différentes. C’est comme leur physique, un enfant peut avoir grandi de deux pouces en un été et c’est la même chose avec la manière dont ils apprennent. L’idée d’éduquer les jeunes avec leurs pairs reconnaît le fait qu’il n’y a pas de condition pré-établie pour le degré de développement d’un élève qui a, par exemple, huit ou neuf ans », dit-elle.

En de rares occasions, avec le consentement des parents, il est toujours possible de faire doubler un enfant. « Souvent, le parent sera content que l’on fasse doubler l’enfant, parce qu’on lui fait comprendre les bienfaits pour l’enfant. Ça dépend aussi de la maturité de l’enfant au moment où tu lui fais reprendre une année. Il y a des enfants qui ont moins de maturité et qui cadrent mieux avec un groupe d’élèves moins âgés », de faire valoir Lucille Leclerc.

« Les recherches montrent que pour un minime pourcentage de cas, ça peut être efficace de faire reprendre une année. Mais il est très difficile de déterminer à quel élève une telle mesure pourrait bénéficier. Il demeure possible qu’après un processus de rencontres entre l’école et le parent, il soit établi qu’une telle mesure soit dans le meilleur intérêt de l’enfant », d’expliquer Mme Hall qui favorise cependant le recours à d’autres moyens.

Avec les programmes présentement offerts dans le système d’éducation des T.N.-O., Barbara Hall ne croit pas que des analphabètes puissent obtenir un diplôme. « Lorsque les élèves arrivent en 10e année, l’idée d’avancer avec ses pairs s’arrête », explique-t-elle, tout en ajoutant cependant que l’on adopte alors un système de crédits et de cours de différents degrés de difficultés, selon les projets futurs de l’élève.

Le député Steven Nitah, qui a soulevé la question à l’Assemblée législative le printemps dernier, n’est pas d’accord. Selon le député de Tu Nedhe, plusieurs élèves reçoivent un diplôme même s’ils n’ont pas les acquis d’une douzième année.