J’écoutais cette semaine une émission radiophonique sur Radio-Canada où on discutait de l’importance de lire. Il y avait même une discussion dans laquelle on débattait de la question suivante : lire à tout prix, quitte à lire n’importe quoi ou lire de la grande littérature, des essais, etc. Je serais plutôt de l’avis du premier énoncé. En effet, je crois que peu importe ce qu’on lit, pourvu qu’on lise, le plaisir de lire s’installe et on risque de continuer de privilégier ce plaisir solitaire (eh!) que constitue la lecture.
On se rend compte, avec étonnement, qu’il existe encore beaucoup de gens qui ne savent pas lire. Tout ce qu’ils perdent, vous le savez, je le sais et ils le savent bien, eux aussi. En effet, l’analphabétisme touche une grande partie de notre population, nous grand pays du G-8 où on se vante de nos prouesses et de ne pas avoir de monde qui crève de faim. Est-ce normal, dans un monde hyper-développé, où les connaissances sont de plus en plus précieuses pour gagner sa vie, où l’informatique et les hautes technologies s’imposent de plus en plus, est-ce normal qu’il existe tant de gens qui ne savent ni lire, ni écrire? On s’attend à ce que ce genre de choses se produise dans les pays en voie de développement, pauvres, mais dans un pays riche comme le Canada! Je me souviens d’un voyage à Cuba, il y a quelques années, où je me promenais dans les autobus locaux et où j’avais eu une impression bizarre, lors d’un déplacement dans un autobus bondé de gens qui revenaient de travailler. Je me demandais bien ce qu’il avait de particulier dans cet autobus lorsque l’évidence m’a sauté aux yeux : tout le monde sans exception lisait! Quelle vision superbe. Dans un pays pas très riche, victime des représailles américaines, l’analphabétisme est quasi-inexistant. Vous trouvez peut-être ma réaction exagérée, mais je ne crois pas. J’ai voyagé beaucoup et souvent, ce qui frappe, c’est plutôt le contraire. Partout, dans le monde, on développe des moyens de contourner l’incontournable, c’est-à-dire de trouver des moyens pour aider les analphabètes. Ainsi, dans le métro de la ville de Mexico, on a des signes qui représentent les différentes stations. Bien sûr, il y a un nom, mais avec un signe spécifique qui y correspond. Cela permet aux gens qui ne savent pas lire de pouvoir s’y retrouver.
Pour en revenir à mes moutons, la première condition pour pouvoir apprécier la lecture, c’est de savoir lire, il va sans dire. Et là où je ne suis pas d’accord avec certains intellectuels à la c…, c’est lorsqu’ils prétendent qu’il faut lire de la grande littérature ou de grands ouvrages pour que l’acte de lire vaille la peine. Je m’inscris en faux. Je ne suis absolument pas d’accord. Je crois, tout comme Marie-Christine Blais, que peu importe ce qu’on lit, le plaisir est le même. Ainsi, la personne qui lit son journal au retour du travail trouve le même plaisir que la personne qui se prélasse dans À la recherche du temps perdu de Proust. À savoir si la qualité de l’évasion et du plaisir est la même, là n’est pas mon propos. Mon propos est d’inciter les gens à lire en disant : Peu importe ce que vous lisez, lisez! En effet, comme un plaisir en entraîne un autre, le plaisir trouvé dans une certaine lecture peut avoir un effet bénéfique et susciter chez une personne une envie de lire qui ne se perdra jamais. Bien sûr, si en plus vous savez joindre l’utile à l’agréable, et meubler votre esprit tout en vous évadant dans de grandes réflexions, bravo! Je ne crois cependant pas que cela soit nécessaire pour bien profiter du geste de lire.
Pour ma part, le plaisir ne s’est à peu près jamais démenti, sauf pendant une courte période après mon arrivée ici, à Yellowknife. Même si je lis en anglais, le manque de librairies de livres français et la pénurie de livres en français à la bibliothèque a comme terni, pendant une courte période, mon plaisir de lire. Fort heureusement, cela s’est rétabli assez rapidement. Le plaisir de lire s’est réinstallé et pour toujours, je l’espère. Quel plaisir que d’ouvrir un livre neuf, dont la senteur défie tous les parfums les plus suaves. Et quel mélange d’émotions mêlées n’éprouve-t-on pas lorsqu’on referme un livre? Un sentiment de plaisir d’avoir atteint la fin, mais également le sentiment d’angoisse de savoir que ce plaisir est terminé… jusqu’au prochain bon livre! La lecture à tout prix? Je crois que oui. Je crois que les gens qui lisent se préparent une retraite heureuse, car de milliers de livres restent à lire et nos vies trépidantes ne nous permettent pas d’assouvir cette soif inextinguible.
Je vous souhaite à tous de découvrir ce plaisir qui ne se dément jamais et je vous laisse, pour aller m’adonner à cette grande passion qu’est pour moi la lecture. Et d’après ce que je peux constater, vous aussi, vous aimez lire! Ne venez-vous pas de lire mon article?