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le Vendredi 31 janvier 2003 0:00 Éducation

Enseignement à distace par vidéoconférence Un visage sur une voix

Enseignement à distace par vidéoconférence Un visage sur une voix
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La grève de Northwestel, qui s’est échelonnée sur plusieurs semaines l’an dernier, aurait pu compromettre sérieusement la formation de l’infirmière Céline Pelletier, qui poursuit à distance une maîtrise en soins infirmiers. Durant cette période, son cours se donnait via vidéoconférence, une technologie qui permet de lier, en temps réel, un étudiant et une classe de cours. L’Université d’Ottawa avait conclu une entente pour que l’infirmière des T.N.-O. puisse utiliser le matériel de la compagnie téléphonique. Lorsque la grève a été déclenchée, Céline Pelletier a dû se rabattre sur le téléphone pour poursuivre sa formation. « J’ai terminé le cours par téléconférence et ça, c’est plate ! Tu ne sais pas quand tu peux intervenir, les gens parlent et tu ne sais pas qui ils sont, tu t’imagines toutes sortes de choses à propos d’eux…Avec la vidéoconférence, il y a des diapositives et les cours sont souvent préparés sur PowerPoint. »

Quelques semaines plus tard, l’université a contacté l’étudiante pour lui annoncer que l’école francophone de Yellowknife avait reçu tout l’équipement nécessaire à la vidéoconférence. Sa chaise et son pupitre ont été déménagés à Allain St-Cyr et le cours, devant un écran de télévision, a repris de plus belle. Gérée par la Commission scolaire francophone de division (CSFD), cette méthode d’enseignement permet une plus grande interaction entre les individus. « On peut se voir face à face, puis poser des questions. C’est plus spontané », explique l’étudiante à temps partiel qui travaille à l’hôpital territorial Stanton.

Pour le responsable du secteur vidéoconférence et audioconférence pour le centre d’apprentissage et d’enseignement médiatisés de l’Université d’Ottawa, Marc Villeneuve, l’avantage de la vidéoconférence sur la téléconférence ou l’Internet est davantage technologique. Lors de la préparation d’un cours, les graphiques, les données et les présentations sont envoyés par Internet, alors que la vidéo est transmise par une ligne ISDN (Integrated Services Digital Network). Si Internet ne fonctionne pas, le matériel graphique peut être envoyé par la ligne ISDN, qui est en fait une ligne de téléphone digitale. Ce type de ligne peut transmettre autant des images que des sons. Une technologie qui ne sert pas que l’enseignement, mais également la médecine avec la télésanté.

Il semble bien loin le temps du premier cours à distance de l’université, proposé aux communautés en périphérie d’Ottawa au début des années 1980 via un appel téléphonique. « Ça a évolué à la vidéoconférence en temps réel avec des outils sophistiqués », raconte avec fébrilité Marc Villeneuve, qui explique que le programme de formation à distance est apparu un peu par la force des choses. « Au tout début, les professeurs partaient de l’université à chaque semaine pour se rendre dans les communautés plus éloignées. Puis, les profs se sont mis à moins y aller. C’est ce qui a donné naissance au système d’enseignement à distance. » Aujourd’hui, une trentaine de cours sont offerts par trimestre, la plupart en anglais, mais quelques-uns sont en français, dont tous ceux qui sont donnés par le Réseau national de formation en santé en français, un centre de langue française créé en 1999 et géré par l’Université d’Ottawa.

Si la formation à distance est de plus en plus accessible où que l’on se trouve au pays, la méthode d’enseignement par vidéoconférence n’est pas offerte par toutes les universités. Depuis la création, en 1999, du Réseau national d’enseignement universitaire en français (RNEUF), réseau coordonné par l’Université d’Ottawa, l’implantation de cette technologie dans les communautés francophones minoritaires a progressé, grâce aussi à l’appui financier du gouvernement fédéral. Aujourd’hui, chaque communauté minoritaire possède son propre équipement, qui permet de la relier avec l’une des universités membres, comme l’Université de Moncton, au Nouveau-Brunswick ou le Collège universitaire de St-Boniface, au Manitoba. La communauté francophone de la Saskatchewan est, selon Marc Villeneuve, l’une des plus avancées avec l’offre de trois à quatre cours à distance par jour.

Bien que l’interaction donne l’impression à l’étudiant d’être réellement assis dans une salle de classe, ces échanges l’obligent quand même à se prendre en main. « Il faut s’habituer, avertit Céline Pelletier. Ce n’est pas comme s’asseoir dans une classe et avoir des consoeurs et des confrères de classe avec soi. Ça demande un ajustement. Il faut aussi être capable de travailler indépendamment des autres. »

L’équipement fourni pour les communautés minoritaires peut être utilisé à d’autres fins. La CSFD envisage de développer un réseau de connexion par vidéoconférence dans les communautés francophones des T.N.-O. pour permettre aux étudiants qui ne résident pas à Yellowknife de poursuivre leur formation en français. Le directeur de la CSFD, Gérard Lavigne, a indiqué que les priorités sont scolaires et communautaires, mais que l’équipement pourrait éventuellement être utilisé par les organismes francophones pour la tenue de réunions.