Ce lundi 19 janvier, devant les membres du conseil municipal de Yellowknife, l’exposé de Caroline Wawzonek sur les grands projets d’infrastructures du territoire s’est avéré bien plus qu’une simple mise à jour. Il a plutôt révélé des frictions tangibles entre l’urgence politique, les exigences règlementaires et les limites financières du Nord.
La vice-première ministre a reconnu qu’aucune entente formelle de partage des couts avec Ottawa n’existe encore pour la route de la vallée du Mackenzie. Elle a aussi insisté sur le fait que l’expansion hydroélectrique de Taltson n’est pas seulement un projet énergétique, mais aussi une question de sécurité et de résilience dans un contexte où le déclin des mines de diamants rend ces choix plus pressants que jamais.
Un pari à trois volets
Mme Wawzonek a décrit ce trio de projets (la route de la vallée du Mackenzie, le corridor économique et de sécurité arctique et l’expansion hydroélectrique de Taltson) comme indissociable de l’avenir économique des Territoires du Nord-Ouest, à un moment où la dépendance du territoire aux mines de diamants devient de plus en plus risquée. Avec la fermeture prévue de Diavik en fin mars et l’horizon de déclin de la mine Gahcho Kué plus tard dans la décennie, elle a soutenu que les infrastructures constituent le levier nécessaire pour diversifier l’économie. « Ce n’est pas une question qui m’appartient seule, a-t-elle déclaré aux conseillers. Ce ne sera certainement pas une solution qui viendra uniquement du GTNO. »
Sa présentation, intitulée « Building the North: Unlocking Canada’s Future through the NWT’s Major Projects », mettait de l’avant trois axes stratégiques comme fondements du développement économique : des corridors de transport, des infrastructures énergétiques et des partenariats avec les gouvernements autochtones, municipaux et fédéral.
Ce ne sera certainement pas une solution qui viendra uniquement du GTNO.
Couts et partenariats
Les conseillers ont questionné Mme Wawzonek sur les couts, les échéanciers et l’investissement privé. Elle a reconnu qu’aucune entente formelle de partage des couts entre le fédéral et le territoire n’est encore en place pour la route, mais a laissé entendre que des fonds liés à la défense pourraient modifier le ratio habituel 75-25. Sur l’investissement privé, elle a mentionné un fort intérêt de grandes entreprises de construction.
Les échanges les plus animés ont porté sur Taltson. Andrew Stewart, également des Infrastructures stratégiques du GTNO, a décrit un projet d’interconnexion de 320 kilomètres reliant les réseaux hydroélectriques du nord et du sud du Grand lac des Esclaves, connectant 11 communautés à un système unifié appuyé par une nouvelle centrale de 60 MW. Il a précisé que les travaux portent actuellement sur les études environnementales de référence, le tracé et les arrangements commerciaux avec sept partenaires autochtones.
Urgence et mobilisation politique
Mme Wawzonek a directement lié le projet aux objectifs de sécurité et de lutte contre les changements climatiques, soutenant qu’un réseau hydroélectrique unifié réduirait la dépendance au diésel et offrirait une redondance essentielle. Interrogée sur la possibilité d’accélérer les trois projets, Wawzonek a répondu sans détour : « Oui », tout en reconnaissant la tension entre l’urgence politique et les obligations règlementaires dans le cadre du système de cogestion du territoire. « Nous devons vraiment avancer avec une certaine urgence », a-t-elle insisté.
La ministre a aussi demandé au conseil municipal de manifester clairement son appui lors des processus règlementaires et d’aider à « traduire » les réalités du Nord auprès des interlocuteurs fédéraux, notamment l’ampleur et l’impact d’investissements qui peuvent sembler modestes depuis Ottawa. « Là où 5 milliards de dollars ne changeraient pas grand-chose pour un train à grande vitesse dans le corridor ontarien, ce serait transformateur pour les Territoires du Nord-Ouest », a-t-elle déclaré.
