Bien que les suites orchestrales Water Music (Musique sur l’eau), Music for the Royal Fireworks (Musique pour les feux d’artifice) et l’oratorio Le Messie comptent parmi les œuvres les plus complexes et spectaculaires de l’histoire de la musique classique occidentale, elles représentent aussi la cristallisation de la maîtrise de Georg Friedrich Haendel des méthodes issues du paradigme du contrepoint. On y retrouve les procédés créatifs propres à l’opéra, que Haendel maitrisait depuis son séjour d’apprentissage à Rome, qu’il applique ici à ses compositions symphoniques et oratoires. Il y démontre une parfaite maîtrise des gammes, des rythmes, des nuances et des timbres instrumentaux, afin de susciter chez l’auditoire des émotions en résonance avec celles exprimées par l’orchestre, dans un contexte à la fois politique et religieux. Par leur structure complexe et leur consonance parfaitement équilibrée, ces œuvres se distinguent par leur caractère spectaculaire.
Water Music (Musique sur l’eau) fut composée sur commande du roi George Iᵉʳ de Grande-Bretagne et présentée le 17 juillet 1717 lors d’un défilé fluvial cérémoniel sur la Tamise, au sud de Westminster, entre Whitehall et Chelsea (aller-retour). Cet évènement grandiose mit en scène un orchestre symphonique d’environ cinquante musiciens – notamment des cuivres très présents – interprétant l’œuvre à bord d’une barge naviguant aux côtés de l’embarcation royale, entourée d’une myriade de petits bateaux.
L’oratorio Le Messie n’est pas seulement un chef-d’œuvre de contrepoint rigoureux auquel Haendel aurait donné un nom grandiose : il nait d’une période existentielle marquée par la réflexion du compositeur sur la transformation du langage opératique en un moyen d’expression des émotions spirituelles et théologiques chrétiennes. Ce travail intérieur l’amène à réinventer l’expression des sentiments dans la musique sacrée. Dans ce contexte, Haendel établit une relation intellectuelle profonde avec Charles Jennens, écrivain et analyste des textes bibliques.
Dès 1738, Haendel et Jennens collaborent à la création de cinq des quarante-deux oratorios du compositeur, Jennens rédigeant les livrets. Celui du Messie s’inspire de passages de l’Ancien et du Nouveau Testament pour retracer l’incarnation de Jésus, en suivant les prophéties d’Isaïe et d’autres prophètes, l’Annonciation aux bergers, la Passion du Christ, sa Résurrection et sa glorification céleste.
L’oratorio est présenté pour la première fois au Neale’s Music Hall de Dublin. L’exécution réunit seize chanteurs adultes et seize enfants issus des chorales des cathédrales Saint Patrick et Christ Church. Les deux cantatrices principales étaient Christina Maria Abolgio et Susannah Cibber.
