le Dimanche 1 février 2026
le Samedi 31 janvier 2026 8:05 Arctique

Refuge Arctique : les Gwich’in et leurs allié.e.s poursuivent le gouvernement Trump

Le Service américain des pêches et de la faune sauvage (U.S. Fish and Wildlife Service) a récemment découvert que l’installation de plateformes pétrolières sur la plaine côtière serait mortelle pour les oursons polaires.  — iStock/David Gomez
Le Service américain des pêches et de la faune sauvage (U.S. Fish and Wildlife Service) a récemment découvert que l’installation de plateformes pétrolières sur la plaine côtière serait mortelle pour les oursons polaires.
iStock/David Gomez

Le 13 janvier dernier, le Gwich’in Steering Committee (GSC) et douze organismes de protection de l’environnement ont déposé une plainte contre l’administration Trump. Ils accusent le gouvernement américain d’avoir enfreint plusieurs lois fédérales en autorisant des concessions pétrolières et gazières dans la réserve faunique nationale de l’Arctique, menaçant la biodiversité ou encore les droits autochtones.

Refuge Arctique : les Gwich’in et leurs allié.e.s poursuivent le gouvernement Trump
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Petit retour dans le passé pour mieux comprendre le présent.

Médias ténois

Cette plainte est complémentaire d’une procédure intentée en 2020 contre l’administration Trump qui est accusée d’avoir enfreint plusieurs lois de protection de l’environnement

Cette action en justice accuse le secrétaire de l’intérieur, le ministère de l’Intérieur, le Bureau américain de gestion des terres et le service américain des pêches et de la faune sauvage d’avoir enfreint plusieurs lois, notamment la loi sur la conservation des terres d’intérêt national en Alaska, la loi sur l’administration du système national de refuges fauniques, la loi sur la politique environnementale nationale, la loi sur les zones sauvages et la loi sur les espèces menacées d’extinction. 

« Ce programme de concession privilégie la concession et l’extraction de pétrole et de gaz au détriment de la santé des terres, de la faune et des modes de vie arctiques, défiant et violant les objectifs mêmes de ce lieu tels qu’ils ont été établis par la loi », a déclaré Bridget Psarianos, avocate principale chez Trustees for Alaska, qui représente le Gwich’in Steering Committee et ses alliés. 

Protéger la biodiversité 

La réserve faunique nationale de l’Arctique a été créée en 1960 sous le nom d’Arctic National Wildlife Range afin de préserver « la faune, la nature sauvage et les valeurs récréatives uniques » de la région, indique le Service américain des pêches et de la faune sauvage. Puis en 1980, une nouvelle loi appelée Alaska National Interest Lands Conservation Act a permis la mise en place de mesures de conservation de la faune, de la flore, de la qualité de l’eau tout en garantissant les activités de chasse et de pêche des peuples autochtones de la région. 

Or, depuis 2020 l’administration Trump a enfreint les règles qui assuraient une protection de la biodiversité dans cette région qui englobe cinq régions écologiques différentes : la zone marine côtière, la toundra de la plaine côtière, la toundra alpine, la zone de transition forêt-toundra et la forêt boréale. 

L’un des arguments présentés par Mme Psarianos dans cette plainte est le non-respect de la loi par les instances gouvernementales mises en cause. En soutenant que ces agences ont enfreint la loi sur les espèces menacées d’extinction en ne veillant pas à mettre en place des mesures d’atténuation, la plainte montre que de nombreuses violations juridiques ont eu lieu depuis les six dernières années.

Lors du dernier recensement de la harde de caribous Porcupine en 2025, le nombre d’individus a été évalué à 143 000, soit 75 000 de moins que lors du recensement de 2017.

iStock/Ian Hromada

Un allié au Canada 

Comme la harde de caribous Porcupine migre chaque année entre le Canada et les États-Unis, la société CPAWS (Canadian Parks and Wilderness Society) au Yukon est l’une des douze organisations aux côtés de GSC. Depuis 1987, l’accord sur la harde de caribous Porcupine conclu entre le Canada et les États-Unis a permis de mettre en place un comité dont le rôle est, entre autres, de recommander des mesures pour préserver les habitats fragiles. Or, lors du dernier recensement établi en 2025, le nombre d’individus a été évalué à 143 000, soit 75 000 de moins que lors du recensement de 2017.

Même si le nombre d’individus de la harde varie d’une année à l’autre et que ce phénomène a été observé depuis le début du recensement en 1979, cet épisode de déclin est plus marqué que celui observé dans les années 1990.

Laurence Fox, qui s’occupe de la coordination des campagnes à CPAWS au bureau de Whitehorse, entrevoit un avenir sombre, mais la seule façon de gagner cette action en justice est de rester uni selon iel. 

« Les caribous sont bien sûr au centre de l’attention. Mais les concessions pétrolières et gazières et l’exploitation, en plus des essais dans la réserve arctique, ont des répercussions bien au-delà des caribous », détaille Laurence Fox. 

Une faune à risque

D’après le groupe Defenders of Wildlife, qui est partie prenante de l’action en justice, les populations d’ours blancs de la région sud du Beaufort et de la mer de Chukchi sont en déclin significatif. Dans la région du sud de la mer Beaufort, un déclin brutal d’environ 40 % au cours des années 2000 a été constaté, principalement en raison des faibles taux de survie des oursons et des adultes entre 2004 et 2006. Alors que la population s’est stabilisée en 2010 avec 900 individus, une nouvelle baisse a été observée en 2025 avec 819 ours. 

Un scénario moins sévère s’est joué dans la région de la mer Chukchi (côte nord-ouest de l’Alaska) ou la population est estimée à 2937 ours. Cependant ce chiffre n’est pas fiable selon l’organisme Defenders of Wildlife. Faisant déjà face à la fonte prématurée de la banquise, les ours blancs sont maintenant contraints de se déplacer davantage vers la plaine côtière, au cœur de cette bataille juridique.

« Le Service américain des pêches et de la faune sauvage (U.S. Fish and Wildlife Service) a récemment découvert que l’installation de plateformes pétrolières sur la plaine côtière serait mortelle pour les oursons polaires et que le programme pétrolier et gazier réduirait les chances de survie de centaines d’oursons pendant toute sa durée. Nous ne resterons pas les bras croisés et ne laisserons pas cette initiative cruelle et illégale visant à ouvrir un habitat essentiel au développement passer sans réagir », a déclaré Nicole Whittington-Evans, directrice principale des programmes Alaska et Nord-Ouest au sein de l’Organisme Defenders of Wildlife.

Des décennies de combat 

Les plaignants dénoncent une violation flagrante des droits autochtones et une menace directe pour la survie du troupeau de caribous de la harde Porcupine, rappelle Kristen Moreland, directrice générale du GSC. 

« Ce projet industriel privilégie les profits privés au détriment de la biodiversité arctique et du mode de vie traditionnel des populations locales. En s’appuyant sur diverses lois fédérales, le collectif cherche à préserver définitivement l’intégrité de ces terres sacrées contre l’industrialisation. »

Aucune date d’audience n’a pour l’heure été décidée.

Articles de l’Arctique est une collaboration des cinq médias francophones des trois territoires canadiens : les journaux L’Aquilon, L’Aurore boréale et Le Nunavoix, ainsi que les radios CFRT et Radio Taïga.