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le Vendredi 20 août 2004 0:00 Environnement

Une rencontre d’experts, en somme La vie dans le froid

Une rencontre d’experts, en somme La vie dans le froid
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C’est cette particularité de nos amies les bêtes qui réunissait, fin juillet, une centaine de scientifiques sur le bateau de croisière Passage, entre Vancouver et Sewage, en Alaska. Ils participaient au 12e Symposium international de l’hibernation et de la torpeur qui avait pour titre « La vie dans le froid ».
La gamme de chercheurs qui s’intéressent au sommeil profond de l’hiver est vaste. « Il y a, parmi nos invités, tant des biochimistes qui s’intéressent aux mécanismes moléculaires des cellules d’animaux pouvant tolérer des températures très basses, que des écologistes qui étudient les mouvements migratoires des animaux de l’Arctique », explique le chef du département de zoologie de l’Université de Colombie-Britannique, William Milsom, un des organisateurs de la conférence.
Les sujets abordés cette année avaient de quoi rebuter les non-initiés. Voici une sélection des plus truculents : « Thermorégulation et thermogénèse », « Sur-hivernage chez les vertébrés exothermiques » sans oublier « Hibernation et torpeur, les approches génomique et protéomique ».
Mais pour ce club très sélect, l’hibernation est une véritable passion. Il faut entendre le professeur Milsom, lui même spécialiste des systèmes cardiovasculaires et respiratoires en conditions extrêmes, parler de la survie des arthropodes durant la froide saison. « Les insectes gèlent complètement durant l’hiver et reviennent à la vie au printemps. Nous avons également observés ce phénomène chez des vertébrés. Certains amphibiens et même des reptiles ont cette capacité de geler et revivre ensuite. C’est tout à fait fascinant », dit-il, un soleil dans la voix.
Oui, mais à quoi ça sert ? « Il y a plusieurs applications, répond le zoologiste, notamment au point de vue bio-médical. Bien entendu, il y a toujours eu ce rêve de permettre à des humains d’hiberner, entre autres, pour les voyages spatiaux. » Qui, en effet, n’as pas en mémoire cette scène de 2001, L’Odyssée de l’espace, de Stanley Kubrick, où les voyageurs interstellaires s’enferment dans leur caisson cryogénique pour n’en ressortir que plusieurs millions d’années lumières plus loin ? Mais, évidemment, cette technologie est loin d’être à notre portée. Plus concrètement, on peut espérer que ces recherches pourront permettre de développer des techniques de conservation d’organes pour les transplantations.
Les changements climatiques étaient également au centre des discussions de ce symposium. « Deux des plénières les plus importantes portaient sur les effets du réchauffement planétaire », raconte le professeur Milsom. « C’est évident, poursuit-il, qu’avec le réchauffement climatique, les espèces qui hibernent se déplacent toujours plus au nord et, par le fait même, se font de plus en plus rares. » L’étude des mouvements migratoires de ces animaux, ajoute-t-il, est une façon d’évaluer et de cartographier l’impact des changements climatiques.
Le prochain Symposium international sur l’hibernation et la torpeur devrait normalement avoir lieu dans quatre ans… en Afrique du Sud ! Quel est l’intérêt d’organiser une conférence sur l’hibernation dans un pays où il n’y a pas d’hiver, dites-vous ? C’est qu’il y a des animaux dans les zones chaudes de la planète qui utilisent des tactiques similaires à ceux du nord pour survivre à une autre situation extrême : la sécheresse. « Durant la saison sèche, quand il n’y a, ni pluie, ni nourriture, certains animaux ralentissent eux aussi leur métabolisme jusqu’à ce que les conditions de vie redeviennent plus favorables », explique le chercheur de l’Université de Colombie-Britannique.
Avis aux intéressés, les exposés de cette conférence internationale ont été réunis dans un livre sobrement intitulé Life in the Cold, Evolution, Mechanism, Adaptation and Applications (Biology Papers of the University of Alaska) – en anglais seulement. À lire pour s’endormir lors des longues soirées d’hiver.