le Samedi 14 février 2026
le Samedi 14 février 2026 8:09 Culture

Fermeture du Capitol : un écran noir pour Yellowknife

Dans une salle qu’il dirige depuis près de deux décennies, Chris Wood revient sur les raisons qui ont mené à la fermeture du Capitol Theatre. — Photo Cristiano Pereira
Dans une salle qu’il dirige depuis près de deux décennies, Chris Wood revient sur les raisons qui ont mené à la fermeture du Capitol Theatre.
Photo Cristiano Pereira

Le Capitol Theatre, seul cinéma de la capitale ténoise, fermera définitivement ses portes le 31 mars, après plus de 75 ans d’activité. En cause : des pertes financières accumulées depuis la pandémie et la non-reconduction du bail par le propriétaire de l’immeuble.

Fermeture du Capitol : un écran noir pour Yellowknife
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Après 18 ans à la tête du Capitol Theatre, Chris Wood s’apprête à éteindre les projecteurs du dernier cinéma de Yellowknife.

Photo Cristiano Pereira

La nouvelle est tombée par voie de communiqué : le Capitol Theatre, seul cinéma de Yellowknife, fermera définitivement ses portes le mardi 31 mars prochain. Un message, diffusé le 3 février par la direction de la salle, indique que le bail de l’établissement n’a pas été renouvelé et que « les effets résiduels de la pandémie, combinés à l’évacuation liée aux feux de forêt », rendent la poursuite des activités « intenable ». Après plus de 75 ans de projections, de films grand public, de festivals et de productions locales, la capitale des Territoires du Nord-ouest s’apprête ainsi à perdre son unique salle de cinéma, sans qu’aucune solution de remplacement ne soit encore annoncée.

Des difficultés accumulées

Depuis six ans, le Capitol Theatre de la ville de Yellowknife fonctionne à perte, d’après son directeur général, Chris Wood. La fermeture annoncée du seul cinéma de la première ville des TNO, prévue à la fin du mois de mars, n’est pas le résultat d’un évènement isolé, mais l’aboutissement d’une série de difficultés structurelles et de chocs successifs qui ont fragilisé l’établissement sur le long terme. « Nous perdons de l’argent de façon constante depuis maintenant six ans », a-t-il expliqué à Médias Ténois.

La pandémie a marqué un point de rupture dont le cinéma ne s’est jamais réellement remis, selon le gérant. Contraint de fermer pendant de longues périodes en 2020, le Capitol a ensuite fait face à un changement durable des habitudes du public. Le recours accru aux plateformes de diffusion en continu et la multiplication des sorties directement en ligne ont réduit la fréquentation des salles. La grève des scénaristes à Hollywood a ensuite ralenti l’arrivée de nouveaux films, avant que l’évacuation de Yellowknife lors des feux de forêt de 2023 ne vienne interrompre une timide reprise.

Pour Chris Wood, ces difficultés ne relèvent pas d’un simple passage à vide : « Le modèle d’affaires a fondamentalement changé depuis la COVID. »

Des projets freinés par les pertes

Malgré tout, les propriétaires du cinéma ont poursuivi l’exploitation en espérant un redressement. Des plans de rénovation avaient été élaborés, incluant le remplacement des sièges et une remise à niveau des espaces intérieurs, pour un cout estimé à environ 250 000 $. Ces projets ont toutefois été abandonnés lorsque les pertes accumulées durant la pandémie ont épuisé les fonds prévus à cet effet. Sans retour sur investissement possible et sans partenaire prêt à partager les couts, l’avenir du cinéma s’est progressivement assombri.

Il n’y a rien qui peut être fait. La décision a déjà été prise.

— Chris Wood, directeur général du Capitol Theatre

Une décision sans retour

Parallèlement, le bail du Capitol Theatre, situé dans l’immeuble Precambrian, arrivait à échéance. Chris Wood indique que, malgré plusieurs démarches au cours de la dernière année, aucune entente n’a pu être trouvée avec le propriétaire pour assurer la poursuite des activités. La décision finale, dit-il, a été rapide et sans appel. « Il n’y a rien qui peut être fait. La décision a déjà été prise », résume-t-il.

Selon lui, il est peu probable que l’espace soit repris par un autre exploitant de cinéma traditionnel, en raison des couts importants de rénovation et des contraintes liées à une salle conçue spécifiquement pour la projection de films, située au deuxième étage d’un immeuble commercial.

Au-delà des considérations économiques, la fermeture du Capitol Theatre a également une dimension personnelle pour Chris Wood, qui œuvre dans l’industrie du cinéma depuis près de 50 ans. Arrivé à Yellowknife il y a 18 ans pour prendre la direction du Capitol, il n’envisageait pas de quitter ce milieu aussi abruptement. « Je n’avais pas prévu de prendre ma retraite à cet âge, et je ne suis pas prêt à la prendre », confie-t-il. Il reconnaît devoir maintenant composer avec une situation imprévue, sans plan établi pour la suite. Cette transition forcée, explique-t-il, nécessite du temps pour être digérée.

Une perte collective

L’impact de la fermeture dépasse toutefois sa situation personnelle. Le Capitol Theatre est depuis longtemps un employeur important pour les jeunes de Yellowknife, en particulier les élèves du secondaire. Nombreux d’entre eux reviennent y travailler pendant les vacances scolaires ou après leurs études. « J’emploie jusqu’à 20 adolescent.e.s à n’importe quelle période », souligne-t-il.

Chris Wood s’inquiète également des conséquences pour les familles et pour l’attractivité de la ville. Si Yellowknife dispose d’installations sportives modernes et d’une scène artistique dynamique, l’absence d’un cinéma risque, selon lui, de peser sur la qualité de vie quotidienne et sur la capacité des employeurs à recruter et retenir du personnel.

Avec le temps, il estime que la portée de cette perte deviendra plus évidente pour la population. « Les gens vont ressentir une perte. Ce sera comme s’ils avaient perdu un ami », conclut-il.

Le Capitol Theatre, sous différentes formes, projetait des films à Yellowknife depuis la fin des années 1940. Pour Chris Wood, c’est seulement une fois les lumières éteintes que plusieurs réaliseront pleinement ce que ce lieu représentait pour la communauté.