le Samedi 30 août 2025
le Vendredi 8 octobre 2004 0:00 Environnement

Le GTNO est vertement critiqué

Changements climatiques

Le GTNO est vertement critiqué

Changements climatiques

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La semaine dernière, comme il le fait chaque année depuis 12 ans, le Sierra Club du Canada a déposé son « Rapport Rio ». Il s’agit d’une évaluation du travail effectué au Canada pour respecter les engagements pris lors du sommet de Rio de Janeiro sur le développement durable, en 1992. La particularité de ce rapport est que les gouvernements reçoivent une note alphabétique, comme à la petite école.

Cette année, au critère « changements climatiques » le GTNO a reçu la note “F”, la plus basse de toutes. Selon le groupe de pression environnementaliste, cette piètre performance est le résultat de la « décevante, pour ne pas dire cynique, Stratégie énergétique » des TNO présentée en juillet 2003. Selon le Rapport Rio, le GTNO tient un double langage en s’affichant, d’une part, en faveur d’un développement énergétique durable et, d’autre part, pour une intensification du développement des énergies fossiles.

« Si cette Stratégie est mise de l’avant, peut-on lire dans le rapport, cela provoquera une augmentation stupéfiante des émissions de gaz à effet de serre [GES] aux TNO, et ce en dépit des quelques opérations de cosmétique verte incluses dans le texte, dont l’objectif est de travestir le support du GTNO au développement de l’industrie de l’énergie fossile dans la vallée et le delta du Mackenzie. »

Le Sierra Club insiste sur les conséquences néfastes qu’aurait sur l’atmosphère la construction du Projet gazier du Mackenzie « que le GTNO supporte avec tant de vigueur ». Pour le groupe de pression, il est inéluctable qu’une partie importante « sinon la totalité » du gaz naturel extrait dans le delta du Mackenzie servira au développement de l’industrie des sables bitumineux de l’Alberta. « La crémation de ce bitume, ajoute-t-on, fera augmenter l’ensemble des émissions canadienne de GES de 70 millions de tonnes […] et pourrait rendre impossible pour le Canada de respecter les engagements qu’il a pris en ratifiant le protocole de Kyoto. »

Toujours selon le rapport, cette mauvaise performance en matière de changements climatiques est d’autant plus déplorable que l’Arctique est une des zones les plus gravement affectée par le réchauffement planétaire. On note que de nombreux signes tels que la fonte du pergélisol, l’amincissement des glaces arctiques et l’augmentation des feux de forêts dans la forêt boréale l’atteste. « Le développement de l’industrie pétrolière et gazière des TNO ne peut qu’empirer l’impact des changements climatiques dans le Nord, ainsi que de diminuer la sympathie du reste du Canada et du monde advenant que les changements climatiques deviennent une catastrophe pour le Nord », tonne le Sierra Club.

Réponse du ministre

Interrogé par L’Aquilon, le ministre ténois des Ressources, de la Faune et du Développement économique, Brendan Bell, a commenté le rapport du Sierra Club.

« Il est malheureux qu’aucun membre du Sierra Club n’ait parlé avec notre gouvernement avant d’écrire ce rapport, déclare le ministre. Car s’ils l’avaient fait, je pense qu’ils auraient révisé certaines erreurs de communication et certaines assertions qu’ils ont faites qui, à notre avis, sont inexactes. »

« Nous ne croyons pas que les TNO méritent la note “F”, poursuit-il. La question des changements climatiques est très importante pour les gens du Nord et pour les autochtones qui dépendent de l’économie traditionnelle. »

Selon M. Bell, le Sierra Club fait fausse route en supposant que le gaz naturel du Mackenzie sera d’abord utilisé par l’industrie des sables bitumineux albertains. « Le Sierra Club estime que nous ne devrions pas développer notre gaz naturel – qui est, soit-dit en passant, une énergie bien plus propre que le pétrole ou le charbon – car, disent-t-ils, tout ce gaz sera utilisé par la sable bitumineux de l’Athabasca. Ce n’est pas le cas, rectifie le ministre. Ce que nous faisons, c’est acheminer notre gaz dans le système de gazoduc déjà existant. Alors il y a de nombreux consommateurs. Ils peuvent aussi bien se trouver en Californie, sur la côte est américaine, en Ontario, n’importe où. Mais de suggérer, simplement, que tout notre gaz ira à l’industrie des sables bitumineux est erroné, je crois. »

Il en profite également pour souligner que son ministère, dans le cadre de la Stratégie énergétique décriée par le Sierra club, fait la promotion d’une consommation plus responsable de l’énergie. « Nous travaillons avec les communautés et avec d’autres ministères pour les aider à faire des investissements qui aideront à réduire la consommation d’énergie. Nous subventionnons notamment l’Arctic Energie Alliance [un organisme de Yellowknife qui propose des stratégies pour réduire la consommation énergétique]. »

Dans tous les cas, le ministre est catégorique : le développement du secteur gazier des TNO ne se fait pas aux dépens de l’environnement. « Nous pensons que nous faisons un bon travail, tranche-t-il, et nous ne nous excuserons pas d’être très pro développement en ce qui a trait à nos ressources gazières. »

Biodiversité

D’autre part, le Sierra Club est plus élogieux quant au travail du GTNO en matière de biodiversité. Sur ce point, le gouvernement obtient la note “B+”.

C’est d’abord la Stratégie des aires protégées (SAP) des TNO qui lui vaut cette bonne note. La SAP est un programme mis en place pour créer de nouvelles aires protégées dans la vallée du Mackenzie. Il s’agit d’une initiative du GTNO et du ministère des Affaires indiennes et du Nord Canada exécutée en partenariat avec les Premières Nations et certaines organisations environnementales, dont l’Organisation mondiale de protection de la nature. « C’est réellement un projet participatif, note le ministre Bell. Ce sont les communautés qui identifient les zones qu’ils considèrent comme spéciales sur le plan naturel ou culturel pour qu’elles soient protégées. »

Le Sierra Club félicite le gouvernement ténois pour ces progrès, mais non sans émettre de réserves. Selon l’organisme sis à Ottawa, « l’industrie minière du diamant et le développement du secteur pétrolier et gazier, sans oublier le projet de pipeline de Mackenzie, menacent tous de grandes étendues sauvages. »

Le ministre des Ressources n’en demeure pas moins ravi. « La protection de la biodiversité est très importante pour nous, déclare Brendan Bell. Nous mettons beaucoup de temps et d’efforts sur ce plan-là et je pense que ça se reflète dans la bonne note que nous avons eue. »

Enfin, M. Bell souligne le rôle que joue la publication de tels rapports dans le maintien de la santé démocratique de l’État. « Je pense que [publier un tel rapport] est, sans contredit, une excellente idée, dit-il. C’est ce genre d’initiative qui permet aux gouvernements de rester responsables vis-à-vis de leurs citoyens. Même si nous contestons la note que nous avons obtenue pour les changements climatiques, nous sommes très heureux que le Sierra Club prenne le temps, l’effort et, selon toute vraisemblance, l’argent nécessaires à cet exercice. Je pense que tous les gouvernements devraient avoir la responsabilité de répondre de leur bilan. »