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le Vendredi 12 novembre 2004 0:00 Environnement

300 scientifiques sont d’accords L’Arctique se réchauffe… et vite

300 scientifiques sont d’accords L’Arctique se réchauffe… et vite
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Fruit d’une recherche longue de quatre ans à laquelle quelque 300 scientifiques ont contribué, l’Arctic Climat Impact Assessment (ACIA) fait froid dans le dos.

« L’Arctique, peut-on y lire, est extrêmement vulnérable aux changements climatiques, observés aujourd’hui ou envisagés pour le futur, et à leurs impacts. L’évolution climatique actuelle dans cette région est parmi la plus rapide et la plus grave de la planète, et l’on estime que dans les cent prochaines années, ces changements iront en s’accélérant, en contribuant à des modifications physiques, écologiques, sociologiques et économiques majeures, dont certaines ont déjà débuté. Ces changements climatiques arctiques affecteront aussi le reste du monde à travers un réchauffement généralisé et une élévation des niveaux marins. »

Toujours selon ce rapport, depuis les derniers 50 ans, la température hivernale moyenne aurait augmenté de trois à quatre degrés centigrades en Alaska et dans le nord-ouest canadien, et on pense qu’elle augmentera encore de quatre à sept degrés d’ici la fin du siècle. On prévoit également « qu’au moins » la moitié des glaces de l’océan Arctique auront fondu en 2100.

Causes et conséquences

L’ACIA met en évidence le lien entre ce réchauffement et les émissions de gaz à effet de serre (GES) dans l’atmosphère. L’étude des bulles présentes dans la calotte glacière tend à démontrer que l’évolution du climat a été de tous temps en rapport direct avec la concentration de ces gaz. Présentement à son niveau le plus élevé depuis 160 000 ans, la concentration de GES pourrait encore doubler d’ici la fin du siècle en raison de la demande croissante pour les énergies fossiles dont la combustion est en grande partie responsable des émissions de GES.

« Environ 80 % de l’énergie mondiale est issue des combustibles fossiles », note le rapport qui ajoute que « malgré qu’un pourcentage relativement petit des émissions de GES provient de l’Arctique, c’est là que les changements climatiques causés par l’activité humaine sont les plus importants. »

« Le changement climatique, note l’ACIA, aura des impacts majeurs au sein de l’Arctique même, certain se manifestant déjà. Le caractère positif ou négatif de ces effets dépend des intérêts de chacun. La réduction de la glace de mer, par exemple, aura très probablement un effet dévastateur sur les ours polaires, les phoques, et les populations humaines qui dépendent de ces animaux pour se nourrir. Inversement, la diminution des surfaces marines englacées facilitera vraisemblablement l’accès aux ressources de ces régions en les ouvrant à la navigation et en permettant l’exploitation en mer des réserves pétrolières. »

Afin d’illustrer ses dires, le rapport raconte notamment l’histoire de la communauté de Tuktoyaktuk, située à l’embouchure du fleuve Mackenzie. À cause de la fonte du pergélisol et de la hausse du niveau de la mer, ce petit village portuaire des TNO fait face à un grave problème d’érosion. « L’érosion est déjà un problème sérieux à Tuktoyaktuk menaçant des sites culturels et archéologiques et forçant l’abandon d’une école primaire, de logements et d’autres édifices. […] Les efforts pour contrôler l’érosion à Tuktoyaktuk deviendront toujours plus coûteux au fur et à mesure que la côte continuera à se retirer plus loin dans les terres. Le site entier pourrait éventuellement devenir inhabitable. » C’est dans les environs de Tuk que sont situés les gisements gaziers que souhaitent exploiter les promoteurs du Projet gazier du Mackenzie.

Sur la scène internationale, l’ACIA n’est guère plus rassurante. «Ces modifications de l’environnement arctique auront un impact à l’échelle de la planète entière, indique le rapport. La fonte des glaciers est l’un des facteurs qui contribue à l’élévation du niveau de la mer partout autour du globe. » Le rapport prévoit, en outre, que la seule fonte de la banquise du Groenland pourrait élever le niveau moyen de la mer de sept mètres.

« La poursuite du réchauffement est inévitable », conclut le rapport. La concentration de GES dans l’air demeurera à des niveaux plus élevés que la normale pendant des siècles.

Cependant, note-t-on, « la vitesse et l’ampleur du réchauffement peuvent être réduits si les futures émissions sont suffisamment limitées pour stabiliser les concentrations de gaz à effet de serre. »

Bien qu’on ne donne aucune mesure tangible, cela signifierait qu’une « réduction substantielle » des émissions de GES contribuerait probablement à ralentir la tendance. « Cela n’éliminerait pas tous les effets, mais cela permettrait aux écosystèmes et aux sociétés humaines de s’adapter plus facilement »