le Samedi 30 août 2025
le Vendredi 11 février 2005 0:00 Environnement

Désolant exemple états-unien

Désolant exemple états-unien
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Plan épaule. Un Inupiat de la région du North Slope, dans l’extrême nord de l’Alaska, se confie à la caméra : « Nous avons toujours vécu du fruit de la terre ». Plan mi-cuisse. Il pointe l’immensité arctique, ses enfants jouent auprès d’une rivière. Plan large. Une raffinerie de pétrole se dresse dans la toundra. L’Inupiat poursuit son histoire :« Maintenant les caribous ne viennent plus ici. »

La scène est tirée du documentaire Oil on Ice qui sera projeté ce soir au Northern United Place de Yellowknife. Le co-réalisateur du film, Baudoin « Bo » Boudard, qui sera présent pour la projection, ne s’en cache pas : c’est un film politique.

L’intention est claire. Le réalisateur souhaite mobiliser la population contre le forage de l’Arctic National Wildlife Refuge (ANWR), un grand parc naturel qui abrite l’aire de mise bas d’un des plus importants troupeaux de caribous au monde et qui est également un lieu sacré pour la nation Gwich’In.

C’est pour répondre aux supporters du projet et à leurs allégations à l’effet qu’il n’y a rien à protéger dans l’ANWR que le Belge naturalisé Américain a fait ce film. « Je voulais démontrer que l’ANWR était d’abord un milieu de vie et que son forage aurait un impact important sur la faune et la flore, mais aussi sur les Autochtones qui en vivent. »

Ayant vécu en Alaska une dizaine d’années, Bo Boudard connaît bien le Refuge. Dans les années 1990, il y a séjourné et tourné un documentaire sur la migration des espèces arctiques. Ses archives personnelles regorgent d’images luxuriantes de caribous, de bœufs musqués, d’oies de renards et de grizzlys toutes capturées dans l’ANWR. À dessein, il les juxtapose à celles de sénateurs et de congressistes qui affirment, en pointant un carton blanc, que c’est à ça que ressemble la toundra. « Nous voulons montrer à tout ces gens qui n’ont jamais entendu parlé de cet endroit ou qui ignorent ce qui s’y trouve qu’il y a de la vie là-bas et qu’elle mérite d’être protégée. […] Les politiciens désinforment le public pour lui donner l’impression que l’ANWR est un désert et pour les convaincre qu’il n’y a pas de mal à le forer. Mon but est de répondre à ces mensonges. »

En plus de ces images de la vie grouillante de l’ANWR, Oil on Ice montre les conséquences du développement pétrolier déjà effectué ailleurs dans le nord de l’Alaska. De visu, on constate les plaies laissées par l’industrie sur le territoire des Inupiats, des méandres de l’oléoduc qui scinde l’arctique américain aux images désolantes du naufrage de l’Exxon-Valdez.

Avertissement

C’est la cinéaste franco-ténoise, France Benoît, membre du groupe Écology North qui a invité Boudard à présenter son film aux TNO. Mme Benoît, qui travaille présentement sur un documentaire sur le Projet gazier du Mackenzie et la controverse qu’il suscite, estime que les gens du Nord devraient prendre Oil on Ice comme un avertissement. « Quand j’ai vu ça, je me suis dit “c’est exactement ça, c’est ça qui va arriver ici” », commente-t-elle.

Le réalisateur est bien conscient qu’en présentant son film ici il donne un coup de main aux critiques du Projet gazier. Il espère que la projection influencera l’opinion des Ténois et plus particulièrement des Autochtones. Il explique que dans la région du North Slope, les Inupiats se sont organisés en corporations pour pouvoir bénéficier du développement gazier. Ce qui s’est effectivement produit Cependant, ajoute-t-il, « En dépit des profits réalisés par les corporations, cet argent n’a pas profité à l’ensemble de la communauté, mais simplement aux quelques-uns d’entre eux qui étaient les leaders des corporations. »

« La culture de ces personnes a aussi été affectée, poursuit le cinéaste. Cela se manifeste par une augmentation des abus de drogue et d’alcool et de la criminalité. Il y a aussi une perte d’intérêt de la part des Inupiats de s’adonner à leurs activités traditionelles que sont la chasse, la pêche et la cueillette. »

Oil on Ice est présenté, en anglais, ce soir, le 11 février, à 19 h 30, au Northern United Place de Yellowknife. Le coût d’entrée est de huit dollars.

Si vous ne pouvez pas y être, vous pouvez commander le film en visitant le site Web www.oilonice.org. Le DVD vendu dans un boîtier entièrement recyclable et la pochette est imprimée à l’encre végétale sur du papier recyclé.

Autrement, avec un peu de volonté il se pourrait que le film soit projeté dans certaines communautés de la vallée du Mackenzie. « J’aimerais bien pouvoir présenter le film dans ces communautés, confie le réalisateur. Je pourrais inviter des Inupiats pour qu’ils parlent de leur expérience avec les Autochtones de votre coin de pays. » L’idée est lancée.