le Samedi 30 août 2025
le Mardi 4 janvier 2005 0:00 Environnement

Les ventes d’hameçons

Les ventes d’hameçons
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Pêcheurs des TNO, faites vos provisions de leurres et d’hameçons dès aujourd’hui. À compter du 1er mai les ventes de « leurres de pêche comportant des crochets » seront formellement interdites dans l’ensemble du territoire.

Cette mesure est le résultat d’une modification de la Loi sur les pêches voté à la hâte lors de la dernière session de l’Assemblée législative. La modification qui inclut toute une série de nouvelles normes en matière de pêche sportive vise à réduire le nombre de prises global effectuées dans les lacs des TNO. « Nos relevés démontrent que le nombre de poisson est en chute libre dans la majorité des lacs et pour toutes les espèces. Nous devions modifier la loi rapidement avant la scission du ministère en deux nouvelles entités», insiste le l’ex-ministre des Ressources naturelles, de la Faune et du Développement économique, Brendan Bell.

« Nous avons décidé d’interdire les ventes d’hameçons, car c’est le moyen le plus efficace de réduire globalement le nombre de prises. Nous n’interdisons pas l’utilisation des hameçons ; seulement les ventes. Nous savons bien que les pêcheurs les plus fervents se procureront des hameçons autrement, alors cela n’empêchera personne de pêcher. Ça rend tout simplement l’exercice plus complexe », ajoute celui qui précise que la mesure ne s’applique pas aux pourvoyeurs qui obligent la remise à l’eau des prises. .

Parmi les autres mesures que prend le GTNO pour réduire les prises, notons l’interdiction de conserver les brochets. « Les brochets sont de moins en moins nombreux, explique M. Bell. C’est vraiment une espèce en déclin. On n’en retrouve presque plus alors qu’ils étaient si abondants il y a tout juste cinq ans. » Tous les brochets pris aux TNO devront être remis à l’eau. Les fautifs devront payer une amende de près de 1000 $ par poisson. Notons que la zone de pêche de Paulatuk est la seule à ne pas être visée par cette mesure.

D’importantes diminutions de quotas sont également prévues pour le doré, l’omble chevalier, l’inconnu et toutes les truites de lac.

Réactions

L’Association des pêcheurs du Nahanni et ses environs (APNE) s’est dit « scandalisée » par ces nouvelles règles. Le président de l’APNE, Bruce Grayling, n’en revient carrément pas. « Nous ne sommes pas des braconniers, mais le gouvernement nous incite à le devenir », a-t-il dit.

« Nous ne nous laisserons pas faire, a-t-il poursuivi. Ces mesures signent l’arrêt de mort de la pêche aux TNO. Pouvez-vous imaginer le Nord sans la pêche. Non ! Nous, les pêcheurs, sommes comme les poissons que nous récoltons : rusés. J’invite tous les pêcheurs des TNO ainsi que les commerçants faisant la vente d’articles de pêche à boycotter les nouvelles normes. Les pêcheurs sont également invités à envoyer un brochet par la poste au ministre Bell pour lui signifier notre mécontentement et lui montrer qu’il en reste encore beaucoup. »

Ce dernier commentaire est partagé par d’autres association de pêcheurs des TNO ainsi que par le Conseil intérimaire de la nation Tlicho. En effet, ces groupes ont récemment co-signé une lettre ouverte dans laquelle ils affirment que les stocks de brochets sont toujours abondants. « Nous sommes des pêcheurs, nous allons sur le territoire et nous en vivons. Ce n’est pas dans notre intérêt de mentir quant aux quantités de poissons que nous récoltons. Or nous pouvons jurer que les stocks de brochets n’ont pas diminué. C’est même le poisson le plus commun », peut-on lire dans la lettre publiée dans un hebdomadaire de la région de Yellowknife.

Interrogé sur la possibilité que le ministère des Ressources naturelles se soit trompé dans ses évaluations du nombre de poissons, le ministre Bell rejette toute allégation en ce sens. « Ce n’est pas parce qu’ils ont publié une lettre dans un journal qu’ils ont raison. Les gens font trop confiance aux médias. Il suffit qu’ils voient un truc dans un journal pour qu’ils s’imaginent que c’est la vérité suprême. On dirait des truites qui se précipitent sur un vers sans voir l’hameçon immense sur lequel il est appâté. »