le Samedi 30 août 2025
le Vendredi 29 août 2025 8:02 Actualités

Pourquoi la ville de Yellowknife subit-elle une série de pannes d’électricité ?

Le réseau électrique de Yellowknife reste vulnérable aux pannes à répétition. — iStock/Thomas Vogel
Le réseau électrique de Yellowknife reste vulnérable aux pannes à répétition.
iStock/Thomas Vogel
Yellowknife a connu plus de 30 coupures, certaines durant plusieurs heures, depuis quelques mois. Les compagnies d’électricité promettent des améliorations, tandis que le député Kieron Testart réclame une transformation en profondeur.
Pourquoi la ville de Yellowknife subit-elle une série de pannes d’électricité ?
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À Yellowknife, plusieurs des pannes récentes ont été causées par des défaillances d’équipement sur le réseau.

Photo Cristiano Pereira

Yellowknife a connu plus de 30 pannes d’électricité depuis les derniers mois, selon les données de Northwest Territories power corporation (NTPC) et de Naka Power. NTPC a enregistré à elle seule 17 pannes imprévues entre avril et juin, tandis que Naka Power en a compté 13 au cours du dernier mois. Certaines n’ont duré que quelques minutes, d’autres plusieurs heures. Les coupures sont devenues routinières, perturbant la vie quotidienne et engendrant des couts imprévus.

Dans la capitale des TNO, la NTPC est responsable de la production et du transport de l’électricité, tandis que Naka Power utilities assure la distribution par les poteaux, lignes et postes de transformation. Les deux sociétés ont déclaré à Médias ténois qu’elles investissaient pour améliorer la fiabilité du réseau, tout en reconnaissant de sérieux défis.

Des causes multiples

Doug Prendergast, responsable des communications à NTPC, a expliqué que les pannes de la semaine du 19 aout dernier avaient des causes variées. À cette date, « un distributeur s’est déclenché alors que Naka Power effectuait des travaux sur le réseau de distribution ». Le lendemain, trois interruptions distinctes se sont produites, dues à une défaillance de ligne de transmission et à des pannes mécaniques à la centrale diésel de Jackfish. Le 25 aout, un impact de foudre sur la ligne reliant Bluefish Hydro a provoqué une panne générale dans toute la ville.

Entre avril et juin, NTPC a recensé 17 pannes imprévues à Yellowknife. Certaines n’ont touché qu’une partie de la ville, d’autres l’ensemble des quartiers pendant plusieurs heures. « Les pannes peuvent survenir sur n’importe quelle partie du réseau électrique : production, transport et distribution », a expliqué Prendergast, qui cite les défaillances mécaniques, la météo, la végétation ou encore la faune comme causes fréquentes.

NTPC met aussi en avant plusieurs investissements. Un problème d’alignement de turbines à Snare Falls, responsable de près de la moitié des pannes de production au cours des 18 derniers mois, a été corrigé cet été. « Cela entrainera moins de pannes à l’avenir », a assuré Prendergast. De nouveaux systèmes de surveillance ont également été installés sur plusieurs unités hydroélectriques afin de détecter les problèmes en amont.

Le GTNO a besoin d’un plan pour transformer notre système énergétique.

— Kieron Testart, député de Range Lake

La centrale de Jackfish, exploitée par NTPC, a été à l’origine de plusieurs pannes à Yellowknife.

Photo Cristiano Pereira

Le rôle de Naka Power

Le vice-président de Naka Power, Jay Massie, a confirmé à Médias ténois que Yellowknife avait connu en aout un mélange de pannes planifiées et imprévues. Une défaillance d’équipement a provoqué une coupure le 19 aout, tandis que celles du lendemain étaient liées à « une perte d’approvisionnement en provenance de NTPC ».

Naka Power a comptabilisé 13 pannes au cours du dernier mois. Cinq n’ont pas pu être expliquées, trois étaient liées à l’approvisionnement de NTPC et d’autres à la faune ou à des travaux planifiés. « En tant que distributeur d’électricité, nous nous concentrons sur l’entretien et l’amélioration de la fiabilité de nos systèmes grâce à la maintenance, à l’analyse des tendances et aux mises à niveau de nos infrastructures », a indiqué Jay Massie.

Parmi les mesures en cours figurent l’installation de protections pour les oiseaux, l’inspection des poteaux pour anticiper leur remplacement et des programmes de déboisement autour des lignes. M. Massie souligne que certaines coupures planifiées cet été étaient nécessaires pour réaliser des améliorations à long terme.

Une frustration grandissante

Pour le député de Range Lake, Kieron Testart, la situation exige des changements radicaux. « Les résidents des TNO paient les tarifs d’électricité les plus élevés du Canada, malgré une subvention massive du GTNO à hauteur de 80 millions de dollars au cours des dix dernières années », a-t-il déclaré à Médias ténois. Selon lui, la dépendance aux centrales vieillissantes de Jackfish et de Bluefish entraine « des pannes fréquentes », ce qui alourdit le cout de la vie, nuit aux entreprises et pèse sur les finances publiques.

M.Testart appelle le gouvernement territorial à agir. « Le GTNO a besoin d’un plan pour transformer notre système énergétique, qui commence par la mise en œuvre de nouvelles solutions technologiques afin d’améliorer l’efficacité des infrastructures existantes, tout en convertissant les sources polluantes vers une production d’énergie propre et en se connectant au réseau continental », a-t-il affirmé.

Il a également mis de l’avant des solutions innovantes déjà disponibles. « Des technologies innovantes existent pour améliorer la fiabilité du réseau et réduire les couts », a-t-il indiqué, en citant à la fois l’intelligence artificielle et des solutions industrielles éprouvées. À plus long terme, il estime que l’hydroélectricité et les petits réacteurs nucléaires modulaires (PRM) représentent des pistes d’avenir. « Les PRM pourraient changer la donne pour le Nord si nous parvenons à maitriser la technologie », a-t-il souligné.

Le député a enfin insisté sur les conséquences humaines et sécuritaires des pannes. « L’un de mes électeurs est actuellement sans logement, car sa maison est en réparation après un incendie électrique qui a causé des dommages majeurs », a-t-il expliqué. Il a ajouté que cet incendie, attribué à la pression exercée par les coupures répétées, représente un cout de plus d’un million de dollars. D’autres sinistres ont touché des commerces, et, selon lui, les coupures hivernales prolongées pourraient mettre des vies en danger. « Ce n’est pas seulement une question économique, c’est aussi une question de sécurité publique », a-t-il averti.