L’administration Trump souhaite passer de la parole aux actions par l’annexion du Groenland.
Dans une déclaration du 5 janvier dernier, le président Trump a réaffirmé, un an après l’avoir évoqué pour la première fois en 2025, son intérêt envers le Groenland. Sous le prétexte que le Danemark ne peut pas défendre ce territoire autonome, Donald Trump a indiqué « avoir besoin » de cette ile d’une superficie de plus de 2M de km2.
De nombreuses voix se sont depuis fait entendre, en soutien au peuple groenlandais. Per-Olof Nutti, président du Conseil des Saami, a fait part de son inquiétude dès le 5 janvier. Sans jamais citer ni le nom du président américain ni même évoquer les États-Unis, il a rappelé que « le Kalaallit Nunaat (Groenland) occupe une place importante dans l’Arctique (…) et que les Inuits en tant que peuple autochtone, est doté du droit fondamental de déterminer son propre avenir. »
Évoquant le respect et la collaboration, concepts qui dominent les tables rondes et discussions au sein du Conseil de l’Arctique (dont les États-Unis sont membres), M. Nutti estime que « dans un Arctique en rapide évolution, il est essentiel de rester concentré sur les progrès fondés sur la reconnaissance mutuelle, le respect et un dialogue pacifique et constructif. »
Le 13 janvier 2026, lors d’une conférence de presse avec Mette Frederiksen, la première ministre du Danemark, Jens-Frederik Nielsen, le premier ministre du Groenland a balayé d’un revers de main la possibilité d’une annexion par les États-Unis et a affirmé l’attachement du Groenland au royaume du Danemark.
« Le Groenland n’est pas à vendre et fait partie du Royaume du Danemark. La situation est très grave et les intérêts géopolitiques ont exercé une pression considérable sur notre pays et sa population. »
Par ailleurs, M. Nielsen a indiqué avoir confiance dans l’OTAN et dans l’aide cruciale que cette alliance pourra leur apporter. Il est ici question de protection de la démocratie selon lui.
L’opposition des Groenlandais
De son côté, le bureau groenlandais du Conseil Circumpolaire Inuit a réaffirmé sa position inflexible sur cette question qui relève de tactiques de colonisation. « Les Inuits ne se laisseront pas diviser par la politique des grandes puissances », a martelé le CCI dans une déclaration du 5 janvier 2026.
Il y a un an déjà, alors que les déclarations tonitruantes du président Trump au sujet de l’annexion du Groenland faisaient grand bruit, Sara Olsvig, présidente du CCI, clamait haut et fort que le peuple du Groenland « ne souhaitait pas débattre pour savoir quel État est le meilleur ou le pire pour y vivre, ou quel colonisateur est le meilleur ou le pire ».
Le temps des colonisateurs est révolu selon elle et le peuple groenlandais refuse d’être considéré comme un figurant au cœur de manœuvres politiques. « Nous avons dépassé l’époque des attitudes coloniales typiques de supériorité. Alors que l’attention mondiale se porte de plus en plus sur nos terres arctiques et nos accords d’autodétermination, les Inuits refusent d’être montés les uns contre les autres par les intérêts des États. Je tiens à le dire très clairement. Il n’existe tout simplement pas de meilleur colonisateur. Nous refusons d’être traités comme des pions sur l’échiquier de la politique de puissance. »
C’est plutôt le dialogue diplomatique et la création de partenariats transfrontaliers que le Conseil Circumpolaire cherche à faire valoir en mettant aussi au premier plan la charte des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones qui interdit la discrimination à l’égard des peuples autochtones et encourage leur participation pleine et effective à toutes les questions qui les concernent.
« Nous voulons plutôt débattre de la manière dont nous pouvons améliorer la vie, les moyens de subsistance, le bienêtre et l’autodétermination des Inuits dans toutes nos régions. Enfin, nous saluons l’attention et la réflexion sincères accordées aux inégalités auxquelles les Inuits continuent d’être confrontés en raison de la colonisation. Les progrès vers la décolonisation ne peuvent se faire qu’en travaillant en partenariat avec les Inuits », avait-elle soutenu.
Pour Frédéric Lasserre, directeur du Conseil québécois d’Études géopolitiques à Québec, la volonté du peuple inuit est réduite au silence par l’administration Trump. L’argument porté par le Danemark et qui consiste à dire que le Groenland n’est pas à vendre et que c’est au Groenland de décider n’a aucune portée à la Maison-Blanche.
« L’administration Trump surprend un peu tout le monde par le fait qu’elle ne résonne plus selon les mêmes paradigmes qui prévalaient jusqu’à présent. Un autre gouvernement, avant Trump, aurait eu une petite gêne, à dire : “On se fiche de l’opinion du Groenland”, mais là, c’est le cas ! », indique-t-il lors d’une entrevue.
Le Canada aux côtés du Danemark
De son côté, le Canada s’est positionné en tant qu’allié indéfectible du Danemark. Lors d’une rencontre, le 6 janvier 2026, entre Mark Carney et Mette Frederiksen, Mark Carney a rappelé le soutien du Canada à la souveraineté et à l’intégrité territoriale du Danemark, notamment du Groenland en vertu du droit international.
Le premier ministre a notamment affirmé que le Canada appuie la déclaration commune que les dirigeants du Danemark et de l’Europe ont faite le 6 janvier 2026 au sujet du Groenland.
Cette déclaration commune de la France, de l’Allemagne, de l’Italie, de la Pologne, de l’Espagne, du Royaume-Uni et du Danemark, affirme que la sécurité en Arctique est une priorité essentielle de l’Europe et est cruciale à la sécurité nationale et transatlantique.
« La sécurité dans l’Arctique doit donc être assurée collectivement, conjointement avec les alliés de l’OTAN, y compris les États-Unis, en respectant les principes de la Charte des Nations unies, notamment la souveraineté, l’intégrité territoriale et l’inviolabilité des frontières. Il s’agit là de principes universels, et nous continuerons à les défendre sans relâche. »
Bien que les États-Unis soient toujours considérés comme un partenaire essentiel, allié de l’OTAN et signataire de l’accord de défense conclu entre le Royaume du Danemark et les États-Unis en 1951, la déclaration conclut sur le principe de souveraineté du Groenland. Le pays « appartient à son peuple. Il appartient au Danemark et au Groenland, à eux seuls, de décider des questions concernant le Danemark et le Groenland. »
Enfin, Charlotte MacLeod, porte-parole pour Affaires mondiales Canada a indiqué, dans une déclaration adressée à Médias ténois le 7 janvier 2026, que le Canada attache une grande valeur à ses relations solides avec le Danemark et le Groenland.
Ouverture prochaine d’un consulat canadien au Groenland
Dès décembre 2024, le gouvernement fédéral avait annoncé, dans sa politique étrangère du Canada pour l’Arctique, l’ouverture d’un consulat à Nuuk, capitale du Groenland. Dirigé par Carolyn Bennett, ambassadrice du Canada auprès du Royaume du Danemark, ce consulat dont l’ouverture officielle est prévue en février 2026 a pour but de « renforcer les relations bilatérales et commerciales entre le Canada et le Groenland (…) et améliorer la coopération en matière de gouvernance et de sécurité dans l’Arctique ». Julie Crôteau, cheffe de poste consulaire par intérim et diplomate de carrière spécialisée dans les enjeux liés à l’Arctique, est d’ores et déjà en poste à Nuuk depuis novembre 2025.
Articles de l’Arctique est une collaboration des cinq médias francophones des trois territoires canadiens : les journaux L’Aquilon, L’Aurore boréale et Le Nunavoix, ainsi que les radios CFRT et Radio Taïga.
