La vie d’un poète, d’un aventurier du début du XXe siècle, un immigrant qui se cherche et trouve l’eldorado au Yukon. Il ne trouvera pas d’or mais bien l’inspiration et l’amour des grands espaces.
Écossais d’origine, Robert W. Service trouve fortune au Yukon, alors qu’un recueil de poésies qu’il destine à ses amis, devient un succès littéraire. Au temps où un tel ouvrage se vendait 1 $ l’unité, il réussit à se faire un nom, surtout auprès des chercheurs d’or, des habitués des saloons et des résidents du Nord ayant oublié qu’ils vivent dans un Canada toutefois puritain.
Robert W. Service, la piste de l’imaginaire est écrit par l’arrière-petite-fille du barde du Yukon. Avec ce lien de parenté, Charlotte Service-Longépé s’octroie le droit d’écrire la biographie de son aïeul à la première personne. C’est donc avec un lyrisme avoué et convainquant que ce roman d’aventures décrit le vagabondage de Robbie à travers la côte Ouest du continent nord-américain, jusqu’à ce que la raison lui fasse franchir les portes d’une institution bancaire. Épargnant aguerri, son travail de banquier lui permet de se refaire financièrement alors qu’au fil de ses promotions il est envoyé à Whitehorse. Ne cherchant plus à survivre, son esprit se laisse inspirer par le Nord canadien et ses résidents des années 1900. « Pendant deux mois, j’écrivis des poèmes inspirés par mes marches solitaires sur les chemins verdoyants de l’été yukonnais. La flamme de l’inspiration brulait avec ardeur. J’aurais voulu crier ma joie au monde entier devant ces terres d’acier infini, ces sombres canyons et ces torrents rugissants. Tout était lié, le drame des aventuriers et les beautés dangereuses du Grand Nord. L’homme avait apporté la vie au nord, qui en retour lui prodiguait sa magnificence. J’écrivais sur la nature humaine, sur ses forces et ses faiblesses. L’illustration du vice me semblait plus féconde que l’éloge de la vertu; dans mon esprit, la vie des mineurs et des femmes des dancings était indissociable de la destinée du Yukon. »
Une histoire qui continue
C’est la curiosité qui pousse Charlotte Service-Longépé à se mettre dans les bottes de Robert Service. Elle voulait également que l’histoire de l’auteur soit connue des francophones, car selon elle, une seule de ses œuvres a été traduite en français. Inspirée de ses poèmes, des carnets de notes, des souvenirs familiaux, de recherches d’archives et des correspondances de l’auteur, Service-Longépé baigne le lecteur dans la quête d’identité d’un jeune homme un peu candide. Travail à la dur, disette, amour, études et appel de l’aventure. L’auteure de ce roman s’est prise au jeu de l’enquête. De ses recherches, elle voulait toujours en savoir plus sur son arrière-grand-père. « Ce roman est une première partie, car en 1912, Robert quitte le Canada et devient correspondant de guerre dans les Balkans pour le Toronto Star, il va ensuite s’installer à Paris, où il écrira d’autres romans pendant et après la guerre. Il va aussi voyager dans les mers du Sud », de raconter Charlotte Service-Longépé qui travaille déjà sur la suite de cette biographie. Contrairement au premier tome, où l’on peut déceler que l’auteur n’a jamais visité le Grand Nord canadien, elle se rend sur place à Paris pour suivre les traces des lieux où il a vécu. Ayant fait des études en économie et finance, Service-Longépé a de quoi tenir de son arrière grand-père, qui de banquier à choisi l’écriture. Elle dit s’être découvert des facilités à l’écriture, des aptitudes qu’elle ne soupçonnait pas.
Pour la suite, même s’il est difficile de se projeter dans le futur, Charlotte Service-Longépé veut continuer d’exploiter ce filon d’inspiration : « J’ai toujours eu beaucoup d’imagination et je ne manque pas d’idées, mais encore faut-il savoir les retranscrire et créer une histoire. Là, j’ai la chance d’avoir l’histoire de Robert Service, alors j’écris la suite, et j’ai traduit des poèmes également que j’aimerais publier. Après on verra, pourquoi pas continuer à écrire ».
Pour les lecteurs ténois, outre l’appel du Grand Nord et la découverte de ce poète de renom, c’est le voyage de l’aventurier par l’ancienne route d’Edmonton qui va intéresser. Rejoindre le Grand lac des Esclaves par la rivière de la paix et la rivière Slave, descendre le fleuve Mackenzie jusqu’à Fort McPherson, pour atteindre ensuite Dawson City sur les berges du fleuve Yukon. Une épopée à travers taïga et toundra accompagnée de photographies d’époque prises par George Douglas, un des compagnons de Service jusqu’à Tulita.
