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le Jeudi 31 mai 2018 16:42 Culture

Dans les pages Le révélateur

Dans les pages Le révélateur
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 De l’Afrique au Subarctique, un conte animalier où les hommes ne sont jamais loin.

Le conte philosophique La fortune du bonjour, cinquième livre d’Isidore Guy Makaya, met en scène notre ignorance sur la nature véritable et parfois changeante de ceux qui nous entourent.

Pour écrire ce livre, le coordonnateur à l’immigration de la Fédération franco-ténoise a puisé dans les contes qui ont charmé son enfance. C’est sa grand-mère maternelle, en République du Congo et dans la langue vili, qui l’a initié à cette histoire dont la portée, malgré sa culture d’origine et la faune tout africaine qui l’habite, est universelle.
Les protagonistes : un féroce léopard doté d’un solide esprit d’entrepreneuriat, une antilope romantique, un lion, philosophe royal et, enfin, un singe craintif, mais astucieux. « Les animaux sont en famine, explique M. Makaya, alors que les humains vivent bien. Alors le léopard a l’idée de se partir une business pour que les humains lui donnent à manger à lui et à son comparse. C’est l’abondance, mais les égoïsmes ressortent et il y a des entourloupes. »

Dans ce conte comme dans les fables de La Fontaine, il y a des observations sur ce qu’est la vie, une leçon à tirer. Isidore Guy Makaya laisse à chacun la liberté de trouver l’essence de La fortune du jour et de s’identifier à un — ou à plusieurs — de ses personnages, mais quelques idées ressortent malgré tout du récit : celle que la vie est une roue qui tourne, celle aussi qu’on ne peut jamais connaitre avec certitude les gens et encore moins les juger d’un seul coup. « On essaie de les fossiliser, souligne l’auteur, mais ils évoluent. » Et ils sont complexes, ajoute-t-il. Pour illustrer cette complexité frôlant parfois le paradoxe, Isidore Guy Makaya cite Guy des Cars, écrivain jadis populaire aujourd’hui fort oublié : « Les sentiments les plus élevés habitent ceux qui sont capables de commettre les pires méfaits. »

Gestation
La fortune du bonjour est le second livre qu’Isidore Guy Makaya tire d’un conte congolais, le premier ayant été Le cas de hyène publié en 2010 à Montréal aux Éditions Dédicaces. La fortune trainait dans les tiroirs de l’auteur parmi d’autres manuscrits depuis qu’il l’a couché sur papier en France en 1993. Pourquoi ce récit a-t-il émergé plutôt qu’un autre? « Je l’ai choisi pour sa simplicité, de dire M. Makaya, et parce qu’il était arrivé à maturité. On m’a parfois fait le reproche de ne pas avoir de bonnes fins pour mes histoires, mais c’est dur de trouver une bonne fin. Les idées viennent comme des gouttes d’eau qui remplissent une bouteille, ça ne se fait pas du jour au lendemain. Ensuite on écrit autre chose… » Pour paraphraser l’auteur, on dira que les bouteilles ont un peu leur vie propre et se remplissent à un rythme qu’on ne peut leur imposer.

C’est aussi un nouveau titre qui s’ajoute au catalogue des éditions Présence francophone, que l’auteur a fondées l’an dernier. « Je suis content dit-il, mais triste parce que j’aurais souhaité publier d’autres auteurs. » Aucun manuscrit n’a cependant été proposé à M. Makaya jusqu’à maintenant, lui qui souhaite trouver des collaborateurs réguliers afin de faire croitre Présence francophone, lui rêvant même une vocation panterritoriale.

Mais il faut bien commencer quelque part. M. Makaya est à tout le moins fier d’avoir démontré encore une fois qu’on peut publier des livres en français aux TNO. Jusqu’à maintenant, ses livres sont diffusés par L’Aquilon, l’Association franco-culturelle de Yellowknife, des amis en France et au Québec. Quelques exemplaires de son titre précédent, le recueil de poèmes Mémo de mes maux en mes mots, ont circulé au Nunavut et au Yukon. Il pourrait plus tard avoir recours à l’édition numérique.

D’ici là, une subvention du Conseil des Arts des TNO pourrait alléger le poids de sa propre contribution financière à sa jeune maison d’édition.