L’AFCY et l’ATSA proposent une activité originale pour rapprocher les gens.
Proposer à des passants de s’apprivoiser le temps d’une soupe et d’une conversation au thème choisi, voilà la recette – gagnante – qu’ont choisie l’Association franco-culturelle de Yellowknife (AFCY) et Quand l’art passe à l’action (ATSA) pour la 12e édition du festival Ramble & Ride, qui s’est déroulé à Yellowknife du 3 au 5 aout dernier.
« Le but, c’est de stimuler la réflexion sur le vivre ensemble, de défaire la bulle d’individualisme », explique l’assistant à la direction artistique de l’ATSA, Nicolas Rivard.
Parallèlement, l’homme enseigne l’histoire de l’art au Cégep de Saint-Laurent (Montréal), dans le département de médiation culturelle. Cette notion est présente dans le projet Le Temps d’une soupe même si les fondateurs de l’ATSA, Annie Roy et Pierre Allard, préfèrent parler d’art relationnel.
Contacts
Les thèmes de conversation — transport, logement, etc. — ont été identifiés lors de consultations préalables avec des citoyens de Yellowknife.
Dimanche, Lois et Calvin, la première de Yellowknife, le second de Victoria, ont échangé sur la réconciliation et de colonialisme. « Nous avons parlé de racines autochtones et non autochtones, résume Lois, de notre propre patrimoine, que savoir qui tu es et d’où tu viens te permet d’avoir des relations positives avec des personnes d’autres origines. »
Calvin s’est dit très reconnaissant d’avoir eu l’occasion de parler à quelqu’un qu’il ne connaissait pas. « Ça devrait arriver beaucoup plus souvent », affirme-t-il.
Naguère étrangers l’un à l’autre, Lois et Calvin devisaient paisiblement après la soupe, en attendant qu’on prenne une photo d’eux accompagnée d’une phrase résumant leur interaction. De Whitehorse à Beyrouth en passant par Yellowknife, Marrakech et Rennes, chaque rencontre est scellée par une telle photo, qui se retrouve ensuite sur Internet.
Lois et Calvin avaient de leur propre aveu des positions similaires sur leur thématique de conversation. Lorsque ce n’est pas le cas, peut-il y avoir du grabuge ? Ce n’est pas arrivé depuis que l’ATSA a lancé ces dialogues dans de multiples pays en 2015, affirme Nicolas Rivard. « Ces rencontres se font dans la diplomatie, dit-il, soulignant le rôle du médiateur de l’ATSA, vigilant à éviter les dérapages. »
« On s’assure que ça ne tourne pas au monologue, que les gens ne sont pas agressifs, qu’il n’y a pas de [drague]. »
Sinon de séduction encouragée; Nicolas Rivard se souvient qu’à Moncton, après la soupe, un homme a invité sa partenaire de conversation à manger une pizza et elle a accepté. « Je ne connais pas la fin de l’histoire », dit-il en souriant.
Coïncidence
Vendredi, Le Temps d’une soupe avait lieu au très pertinent Carrefour culturel avant de déménager pour les deux dernières journées près du Midnight Sun. Par une coïncidence assez extraordinaire, deux femmes des Maritimes qui étaient toutes deux venues visiter leur fille à Yellowknife se sont retrouvées à dialoguer alors que leur fille, chacune accompagnée d’un enfant en bas âge, faisait de même.
« Nous venons toutes les deux d’une petite communauté et faisons beaucoup de bénévolat, a expliqué Judy-Ann. Nous avons parlé du partage, que c’est bon pour nous et pour les autres. »
Elle et Pam ont bien aimé la soupe carotte et gingembre.
Dimanche, Marina (Yellowknife) et Yukary (Japon) ont bavardé à propos de l’impact de la lumière — et de son absence — sur la vie des habitants du Nord, parfois interrompues par le téléphone et le bébé de Marina. « Nous n’avons pas de situations comme ça au Japon, a révélé Yukary, arrivée dans la capitale ténoise il y a deux semaines. Ça me donne l’occasion de parler rapidement à des gens d’ici.
« Les gens répondent bien, considère l’agente de projet de l’AFCY Élizabeth Soucy, rencontrée à mi-parcours de l’activité. Ils sont un peu gênés au départ puis ils sont contents d’avoir été encouragés à participer et veulent le recommander à d’autres. »
Environ 170 passants ont participé à l’activité.
