Martin Zibeau a été invité par l’Association franco-culturelle de Yellowknife pour partager
le récit de sa traversée canadienne, seul, et à vélo.
Cinquantenaire charismatique et allumé, Martin Zibeau ne se trouve pas en terre inconnue alors qu’il présente son projet, Un été sans gazer, à une vingtaine de personnes rassemblées à l’Association franco-culturelle de Yellowknife, le 15 aout dernier. En fait, il a beaucoup d’estime pour la capitale ténoise, les amis qu’il s’y est faits dans les années 2000, son style de vie débranché de l’époque, le chemin Ingraham… il savait qu’un jour, il y reviendrait.
Le lundi 13 aout, jour de son cinquantième anniversaire, Martin Zibeau ralliait justement Yellowknife après avoir parcouru 6400 km en 105 jours depuis Saint-Siméon en Gaspésie, pour réaliser « un rêve, un accomplissement » vieux d’environ 40 ans. C’est vers l’âge de 12 ans, se souvient-il, alors qu’il découvrait le sentiment de liberté et de bonheur qu’on éprouve à rouler à bicyclette et à disparaitre de la maison familiale le temps d’une journée, que l’idée lui était venue. « Je ferais la traversée du Canada à vélo avant mes 50 ans », avait-il alors noté dans un journal.
Il est accueilli par plusieurs amis ainsi que ses deux enfants, Émile et Julianne, dont il partage la garde avec son ex-conjointe, à intervalle quadrimestriel. Selon lui, rien ne pouvait mieux clore cette épique traversée, si ce n’est peut-être de se faire souhaiter la « bienvenue à la maison » par le maire de la ville, Mark Heyck. « Ça m’a beaucoup touché », soupire-t-il.
C’est la fin d’une étape, d’une « aventure merveilleuse ponctuée de rencontres extraordinaires ». « Je n’ai pas rencontré un seul animal sauvage, mais j’ai retrouvé un peu de confiance en l’humanité tant j’ai croisé des gens brillants et généreux sur mon chemin. Le voyage, lui, il continuera tant qu’il y aura de la vie », dit-il, mais ce sera sans son vélo, qu’il a vendu, à peine arrivé en ville, à un ami de longue date et amateur de cyclisme.
Joindre l’utile à l’agréable
Difficile de coller une étiquette au personnage. S’il fait du vélo, beaucoup de vélo, ne l’appelez pas cycliste. Écolo ? Non plus, malgré ses efforts pour réduire son empreinte carbone. Militant social, anarchiste, metteur en scène de renouveau gaspésien ou encore « facilitateur d’idées pas possibles qui se réalisent » sont autant de pistes qui permettent de mieux comprendre qui est Martin Zibeau.
Une chose est sure, il aime s’amuser dans la vie. Son voyage à deux roues a été pensé pour « avoir du fun » tout comme il a toujours cherché à se régaler pendant la quinzaine d’années qu’il a passée dans le monde du théâtre et de l’art dramatique. Mais l’amusement n’est pas pour autant une fin en soi. « J’ai toujours aimé me rendre utile auprès des gens autour de moi », précise-t-il. Rendre le théâtre accessible à des gens malades ou isolés, comme un exutoire pour se sentir mieux et vivant à nouveau. Occuper un local inusité dans le village de Saint-Siméon pour le mettre à disposition de la communauté, comme lieu d’échanges et d’activités socioculturelles. Lancer des initiatives pour « s’organiser plutôt que de se faire organiser », comme aime à le dire Martin Zibeau. Il aura profité de son voyage à bicyclette pour, non pas promouvoir — il n’aime pas non plus l’idée de la promotion, sans doute trop rattachée à la veine capitaliste —, mais pour raconter comment une monnaie alternative, le demi, pourrait raviver une économie vacillante à l’échelle régionale.
Couperiez-vous un billet de 20 $ en deux ? Une question qui ne laisse personne indifférent, mais qui divise. Le principe est simple. Coupez un billet de 20 $ en deux et vous disposez de 2 fois 10 $. Tendez une moitié du désormais demi-billet à un commerçant participant et obtenez votre bien ou votre service pour une valeur de 10 $ ou moins. Oui, mais après ? Après, une première conséquence s’impose : ni le commerçant ni le client ne peuvent déposer leur demi-billet en banque. Une deuxième répercussion en découle alors logiquement, le demi doit circuler, vraisemblablement, au cœur d’une économie locale. À ce jour, une trentaine de commerces gaspésiens acceptent les paiements en demi, mais l’idée intéresse ailleurs au Canada, et aussi en France, et plus précisément à Nantes, au bar l’Ivresse ou l’on pourrait très bien acheter un demi avec un demi.
Seriez-vous prêt à mettre un coup de ciseaux dans vos billets de 20 ?
Un été sans gazer, le blogue du voyage à vélo de Martin Zibeau est en ligne pour en apprendre plus sur les étapes de la traversée, ses rencontres, connaitre la suite de son voyage. Pour en savoir plus sur le personnage, visitez aussi radiotaiga.com pour l’entrevue complète.
Le demi, monnaie complémentaire vous intéresse ? Visitez cette page web : http://horizonsgaspesiens.net/le-demi
Natif de Vanier au Québec, Martin Zibeau a passé 10 ans de sa vie à Yellowknife qu’il a quitté il y a 8 ans, après la naissance de son premier enfant. Arrivé comme moniteur de langue, il a été enseignant suppléant dans les écoles francophones, et a notamment lancé le programme d’alphabétisation, Alpha TNO, avant d’intégrer le service éducatif et d’orientation du Centre du patrimoine Prince-de-Galles.
