Deux sportifs basques à la rencontre de l’Arctique et de ses peuples.
Depuis ce jeudi 13 décembre, Xiril Alvarez et Paxkal Elgart sont, en raquettes ou en skis, en route vers Whati, première étape d’un audacieux périple qui doit les mener jusqu’à Tuktoyaktuk. 1700 kilomètres : un défi sportif, mais aussi une rencontre avec des peuples autochtones peut-être pas si éloignés ni différents d’eux, en dernière analyse.
Xiril Alvarez et Paxkal Elgart sont originaires du Pays basque français et se sont d’ailleurs rencontrés voilà près de 20 ans par le biais de leur intérêt pour la revitalisation de la langue basque. Celle-ci, l’euskara n’est lié à aucune autre langue d’Europe et est menacé de disparition.
« Dans 99 % des cas, explique Paxkal Elgart qui le parle couramment tout comme Xiril, la transmission linguistique ne s’opère pas par la famille, mais par les écoles, qui sont très actives, très militantes. »
« Il y a eu une grosse perte jusqu’à récemment, ajoute Xiril Alvarez. Les chiffres des différents instituts de sondage commencent à marquer un arrêt de la régression, mais elle [la langue basque] reste fragile. »
L’euskara a le statut de langue officielle en Espagne, où se situe la majorité de ses locuteurs, mais pas en France, déplore Xiril Alvarez, alors que ce pays se revendique comme étant le berceau des Droits de l’homme.
« Nous essayons de tout mettre en œuvre pour que progressivement ce combat soit entendu, ajoute-t-il. »
Ruralité internationale
Paxkal Elgart et Xiril Alvarez viennent tous les deux d’un milieu rural qui s’associe très étroitement à leur langue dans leur démarche identitaire. La rencontre de cultures qui sont elles aussi « pétries d’un rapport à la terre, de cultures qui tendent à disparaitre » fait partie de leur objectif dans leur expédition. Ils espèrent donc fraterniser avec les Dénés et les Inuvialuits.
En 2004, les deux sportifs ont voyagé en Himalaya, côté Népal et côté Tibet. « Nous avons fait de belles rencontres avec des habitants de différents villages, de différentes langues et cultures, raconte Xiril Alvarez. C’est ce qui me plait aussi, vivre la vie simple des habitants, donner un coup de main, vivre le quotidien, faire le parallèle avec ce qu’on a chez nous au Pays basque. »
Le froid
Avec ce périple Yellowknife-Tuktoyaktuk, ce sera la première fois que Xiril Alvarez et Paxkal Elgart affrontent le froid. Ils n’en ont pas moins fait des expéditions hors de l’ordinaire jusqu’à maintenant.
Course, vélo et natation entre autres, les deux Basques sont amateurs de disciplines de plein air axées sur la longue distance et l’endurance.
Parmi différents exploits qu’ils ont accomplis, mentionnons ce périple de 2014, où les deux athlètes ont atteint à pied, avec de lourds chargements, la rivière Selenge dans le nord de la Mongolie, pour ensuite descendre cette rivière, traverser le lac Baïkal et rejoindre la Vitim, en Sibérie, en suivant la Kirenga et la Lena.
En solo, Paxkal Elgart a nagé 180 kilomètres dans l’Atlantique pour relier Bilbao à Bayonne.
Ces expéditions avaient rarement lieu l’hiver. « Ça nous trottait dans la tête cette immersion dans le froid et dans les grands espaces du Grand Nord », explique Paxkal Elgart, qui veut « découvrir le froid et comment on peut s’y adapter sous tous les plans : alimentaire, hygiène, température du corps, comment on s’habille pour de l’effort, le repos… ».
Pulkas
Paxkal et Xiril ont attendu pour quitter Yellowknife de recevoir une partie de leur matériel, égaré pour un temps dans les transports. Entre autres, leurs pulkas, des traineaux longs d’un mètre soixante-dix avec une bâche, qui leur servira à transporter leur matériel.
De Bechoko, ils comptent relier Gameti puis se diriger vers le Grand lac de l’Ours, et de là, passer par Kugluktuk au Nunavut et rejoindre Tuktoyaktuk via Paulatuk : 1700 kilomètres qu’ils comptent faire en quatre ou cinq mois, en tout cas d’ici la date butoir du 15 avril.
Ils souhaitent qu’il y ait suffisamment de neige pour utiliser au maximum leurs skis de fond. Au moment d’écrire ces lignes, ils ne planifiaient pas apporter de fusil.
« On compte s’arrêter tous les soirs au bivouac après un effort de huit à dix heures, explique Paxkal, en fonction de la luminosité. Nous ne savons pas du tout à quel rythme nous avancerons. Nous n’avons pas d’objectif particulier à atteindre, le seul but c’est la sécurité, de nous adapter en permanence au climat, à notre forme. »
Il estime qu’il faudra de cinq à six heures quotidiennement pour monter et démonter leur campement.
À leur retour au Pays basque, Xiril Alvarez et Paxkal Elgart présenteront leur aventure aux élèves du collège de Bidarray (Pyrénées-Atlantiques) auxquels ils se sont associés. Ils feront aussi un reportage pour Kanaldude, la télévision basque qui diffuse toutes ses productions en euskara.
