Moins de sport, mais plus de culture!
Qui sait au départ ce que sera l’arrivée ? Xiril Alvarez n’a sans doute pas parcouru le centième de la trajectoire qu’il avait planifiée, mais c’est peut-être encore mieux, parce qu’il a rencontré un peuple.
Xiril Alvarez et Paxkal Elgart — nos Basques, comme quelques-uns les appelaient dans la communauté francophone de Yellowknife – devaient initialement rallier en ski de fond Tuktoyaktuk depuis la capitale ténoise. Quelque chose de l’ordre de l’exploit, du quasi héroïque comme on en voit ponctuellement aux TNO.
Mais la préparation était inadéquate. Trop de neige, trop de bagages, même sur le plat, trop d’efforts pour si peu de progression. « Le premier jour, on a fait deux kilomètres en quatre heures. »
Quand l’effort cessait, les vêtements trempés de sueur des voyageurs se transformaient en une « gangue de glace, des pieds à la tête ».
Au Grand lac des Esclaves, Paxkal a rebroussé chemin, Xiril a continué tant bien que mal…
Spiritualité
… et peu après, le voyage a pris une autre dimension.
L’exploit sportif, explique Xiril Alvarez, n’est, quelque part, qu’un prétexte, qu’un raccourci vers d’autres cultures, d’autres personnes. « C’est arrivé comme ça en Mongolie et au Népal, raconte l’homme, où nous n’étions pas des touristes lambdas. »
Cet échange interculturel, si important dans sa démarche commune avec Paxkal, il a eu l’occasion de le vivre aux TNO.
Alors même que, sur le Grand lac, à peu près à mi-parcours entre Yellowknife et Behchoko, il se demandait s’il n’allait pas lui aussi retourner à la ville, il a rencontré un groupe de jeunes et un ainé en motoneige.
L’histoire de Xiril a fait le tour de Behchoko à la vitesse de la lumière. Le soir même, il était invité dans une tente à suer — une expérience très intime, avec des prières, précise-t-il, puis il participait à une danse avec des tambours.
Cette spiritualité traditionnelle se mélange avec le christianisme. Le caractère pieux et l’omniprésence d’icônes et de crucifix ont surpris le voyageur basque.
Rencontres
Xiril Alvarez s’est attaché aux habitants de Behchoko. Il avait déjà rencontré William Greenland, qui avait participé à la cérémonie de départ des athlètes basques. Il a connu Joe Zoé, de Gameti, qu’il aimerait bien revoir chez lui, Ron, un pompier québécois, et Moise Rabaska, qui, toute sa vie, a été guide de chasse et de pêche. « Il m’a montré le territoire, rapporte Xiril. Il avait plein d’histoires à raconter. Ça a été un des premiers à arrêter la chasse aux caribous quand il a vu le déclin du troupeau. »
Chez lui, Xiril est bucheron, guide et arboriste. Habile de ses mains, il a pu, en territoire tlicho, réparer des tronçonneuses, et une génératrice, donner un coup de main, ce qui a aussi facilité les rencontres.
Il a chassé, pêché… Il s’émerveille de l’abondance du poisson, du fait que des pierres de 50 kilos se retrouvent parfois dans les filets, et que les Autochtones les conservent parce qu’elles sont censées avoir un pouvoir; il est ébahi devant la capacité d’un chef autochtone à diriger sa motoneige dans le brouillard le plus opaque, devant l’habileté d’une femme à coudre avec des outils en os de caribou…
Rebelle
Hormis un chef qui l’a traité de « rebelle » avec ironie, et avec qui il a échangé sur l’Histoire, la lutte pour la langue et la culture, très peu d’habitants de Behchoko connaissaient le Pays basque.
« Pour eux, dit Xiril, je suis un mollah – un français, en tlicho. »
Xiril n’aura vu ni le Grand lac de l’Ours ni l’Arctique, comme il l’avait prévu avec Paxkal. Mais il a été admis au cœur d’une collectivité tlicho.
« Je ne ferais que ça si c’était possible. »
Il repart en Europe impressionné par l’adaptation des gens à leur territoire et trouvant « magnifique » la diversité des peuples.
