Sur les ondes de Radio Taïga, Batiste Foisy qualifie Sami Blanco comme « le gars le plus underground à Yellowknife qui organise le party le plus underground à Yellowknife », pour présenter SLIME, qui s’est déroulé le 2 février dernier.
Que se passe-t-il donc dans ces souterrains qui sont en fait au deuxième étage du Center Square Mall ?
Par la porte grande ouverte, juste à droite de celle de la bibliothèque, une ambiance psychédélique, feutrée, étrange, invitante. C’est un squelette avec des lumières de Noël enroulées autour du thorax qui accueille les convives en souriant jusqu’aux oreilles. Partout, des lumières mauves (black light), roses, bleues, vertes. Certains individus, tout de blanc vêtus, semblent droit sortis d’un hôpital psychiatrique. On se croirait sur une autre planète, mais chaleureuse et familière. Il y a un rythme de fond juste assez lent pour se sentir à l’aise et se mouvoir librement au centre de l’espace.
Dès que les Swimmers se mettent à jouer, la puissance opère et les beats prennent possession des corps en place. Des univers mélodiques se fabriquent et se dissipent aussitôt. Les jeunes s’amusent plus loin les mains dans la gouache et la slime. Il y a des masques de robots qui circulent, des danseurs qui ondulent comme des dieux indiens, des projections visuelles dérangeantes, où l’on voit des ongles se serrer sur des organes en slime. Et, surtout, un mur de lumière quadrillé dont vous êtes le héros. Un mini rave, en somme, artistique et interactif, où les DJ locaux se sont succédé jusqu’à minuit. Une soirée originale dans un lieu atypique où beaucoup de gens sont venus et où les amateurs de danse et de musique électronique ont été servis.
Le local de l’évènement SLIME est aussi un local de création et de répétition qui sert aux artistes et performeurs locaux qui bénéficient du programme de mentorat du Northern Arts and Cultural Center. L’espace s’appelle d’ailleurs NACC second space. Ce programme a été conçu pour offrir aux artistes locaux émergents un support artistique et entrepreneurial afin de les aider à lancer leur carrière. Le duo électronique Miraj, composé de Sami Blanco et d’Harrison Roberts en profite bien pour travailler sur leurs projets et en développer d’autres. Ils partagent également l’espace avec d’autres types de créateurs, dont, en ce moment, un artiste que le DJ qualifie de « meilleur cinéaste de Dead North », Martin J Rehak, qui travaille sur son film en format image par image. L’espace est donc occupé par beaucoup de décors et de matériel.
Aux dires de Sami, la cohabitation de différentes disciplines artistiques dans un même local amène une forme de décloisonnement du processus créateur.
Les artistes peuvent ainsi s’alimenter des œuvres des autres pour poursuivre la leur ou l’amener ailleurs. Cela stimule la créativité. Par exemple, l’artisan-cinéaste Martin J Rehak écoutait un des derniers albums de Miraj Mainframe (qui est aussi le nom de leur studio d’enregistrement à même ce local), enregistré sur les lieux, pour faire son montage. Cela lui a donné de nouvelles idées.
« Comme notre musique est plus rare ou expérimentale, c’est le fun de voir que ça touche quelqu’un qui aime travailler sur des projets, et que ça peut l’inspirer à créer plus », explique Sami Blanco.
Ce samedi, Sami Blanco a présenté de la musique sous l’appellation Swimmers, trio qui inclut aussi Ashley Daw (DJ Puppy) et Manuel Armida (Thrash Can), un ami Mexicain rencontré à Montréal qui vient de déménager à Yellowknife. Le groupe de musique électronique aux tendances plus expérimentales, punk et libre, peut reprendre là où ils avaient laissé leur barque, il y a 5 ou 6 ans, lorsque le couple Sami-Ashley est venu s’installer à Yellowknife.
« Aussitôt qu’on s’est remis à jouer, tu le sentais que l’énergie était là », de commenter l’artiste. Le nom swimmers était d’ailleurs censé être le nom de leur album, il y a cinq ans. Leur son est défini comme ayant beaucoup de mélodies avec une trame de fond plus déconstruite, chaotique. L’album an evening with swimmers est sorti en même temps que l’évènement SLIME et est disponible sur Bandcamp sous le nom – très ironique – de free digital.
Le programme de mentorat du NACC offre aussi l’opportunité aux artistes de se commettre sur les planches du théâtre ténois. Miraj, y performera le 14 février pour la Saint-Valentin.
« On voulait être le mouton noir de la Saint-Valentin », de s’exprimer Sami Blanco. À contrecourant des soupers romantiques ou des « classiques et poches » cartes de souhaits du Shoppers Drug Mart, le duo offrira plutôt une musique teintée d’érotisme et de sensualité, moins techno et sombre que d’habitude, avec des rythmes plus lents (down tempo), du trip hop, du rythms and blues…
Sami Blanco a eu l’occasion de voyager beaucoup dernièrement dans les collectivités des Territoires du Nord-Ouest pour faire des ateliers de création musicale. Le programme s’appelle dope experience et fait de l’éducation en santé mentale auprès des jeunes. Lors de ses temps libres, il a filmé beaucoup de scènes de la nature – hivernale et nordique – et ce sont ces images qui composeront le visuel du spectacle au NACC, en plus des couleurs qui seront mixées par un synthétiseur.
Si voir se changer les sons en couleurs et les couleurs en sons est une expérience tentante, rendez-vous aux amoureux des sens emmêlés le 14 février prochain, dans le cadre des Northern scene series. Spectacle à contribution volontaire.
Miraj fera aussi le rave du Snow Castle cette année, le 27 mars.
Électroniquement vôtre Des artistes locaux ouvrent leur espace de création au public, le temps d’une soirée de danse mémora
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