le Dimanche 15 février 2026
le Dimanche 15 février 2026 8:00 Culture

L’essor de la musique classique au modernisme 56

Tandis que Haendel célèbre la paix par la grandeur sonore, Rameau en explore la signification symbolique et mythologique. Deux visions musicales du même traité, entre faste royal et profondeur philosophique.

L’essor de la musique classique au modernisme 56
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En parallèle à la composition des Feux d’artifice royaux par Haendel, destinée à célébrer à Londres le deuxième traité d’Aix-la-Chapelle en 1748, Jean‑Philippe Rameau reçoit en France une commande de l’Académie royale de musique pour écrire une œuvre marquant le même événement. Cette célébration rend hommage à la victoire de l’alliance entre le roi de Grande‑Bretagne, George II, et Louis XV, roi de France, contre les opposants de Marie‑Thérèse lors de la guerre de Succession d’Autriche.

La différence entre les deux compositions ne tient pas tant à leurs méthodes d’écriture — toutes deux recherchant une consonance totale à travers un contrepoint rigoureux — qu’à la nature des orchestres pour lesquels elles sont conçues. Haendel exploite les timbres des instruments à vent pour illustrer dans ses Feux d’artifice royaux le retour triomphal des armées sous le commandement de George II. Rameau, lui, compose un opéra à la demande de l’Académie royale de musique, en hommage à Louis XV. Jean‑Philippe Rameau présente son œuvre à Paris le 22 avril 1749, tandis que Haendel donne la première de la sienne à Londres le 27 avril 1749.

L’opéra de Rameau, initialement qualifié de pastorale héroïque, est en réalité une œuvre épique composée d’un prologue et de trois actes. Lors de sa création en avril 1749, elle porte le titre Le Triomphe de la Paix, avant de devenir Naïs. Cette œuvre ne cherche pas à représenter, comme celle de Haendel, le retour victorieux des armées ou la restauration de la paix de manière descriptive, c’est‑à‑dire en reliant directement rythmes et tonalités à leur signification symbolique. Au contraire, sa structure musicale met en scène les aventures amoureuses de Neptune, qui tente de séduire Naïs et de l’attirer dans son palais sous‑marin.

Le titre Le Triomphe de la Paix, donné à l’origine, confère donc à l’œuvre une portée métaphorique et symbolique perceptible selon l’interprétation du public. Cette orientation rejoint la pensée de Rameau, qui vivait alors un moment théorique et philosophique fort, cherchant à faire évoluer la composition musicale au‑delà du registre descriptif vers une dimension véritablement symbolique.