le Mardi 31 mars 2026
le Dimanche 29 mars 2026 10:01 Culture

Séquence boréale : Dheepan, survivre ailleurs

  Crédit photo Paul Arnaud/Why Not Productions
Crédit photo Paul Arnaud/Why Not Productions

Cette semaine, je vous emmène dans l’univers de Dheepan, film de Jacques Audiard récompensé par la Palme d’or au Festival de Cannes en 2015. À travers le parcours d’un ancien combattant sri-lankais contraint de fuir la guerre, le réalisateur explore les réalités complexes de l’exil et de l’intégration. Le film est disponible gratuitement sur la plateforme Tubi.

Séquence boréale : Dheepan, survivre ailleurs
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Why Not Productions

Dans la filmographie de Jacques Audiard, les marginaux et les laissés-pour-compte occupent une place centrale. Avec Dheepan – à découvrir sur la plateforme Tubirécompensé par la Palme d’or au Festival de Cannes en 2015, édition présidée par les frères Coen, le cinéaste poursuit son exploration des destins brisés en s’attaquant cette fois à la question de l’exil, de l’immigration et de la reconstruction, à la fois identitaire et psychologique.

Jacques Audiard propose un scénario d’une grande simplicité qui, sur le papier, aurait pu rapidement faire tomber le spectateur dans l’ennui d’un quotidien redondant et sans saveur. Dheepan, ancien combattant, fuit le Sri Lanka ravagé par la guerre civile. Pour espérer rejoindre la France, il s’invente une famille avec une femme et une enfant rencontrée dans un camp de victime de guerre. Mais une fois arrivés dans l’Hexagone, le bonheur tant attendu n’existe pas. Installés dans une banlieue délabrée et insalubre, ils découvrent une autre forme de violence, quotidienne et constante. Entre trafic de drogue, règlements de comptes à l’arme à feu, intimidations, et logements insalubres, leur quotidien devient une lutte silencieuse et douloureuse. Ce qui devait être un refuge se transforme en enfer, où le rêve de reconstruction s’effrite peu à peu.

Le réalisateur met en lumière une intégration contrainte, presque impossible, entrainant un choc des cultures important. La barrière de la langue isole le couple ; la seule chose qui les rattache aux Français est la fillette de neuf ans qui les accompagne et qui doit aller à l’école. La violence, ici, n’est plus celle du front, mais celle du quotidien : une violence sociale, portée par une population qui souffre d’être laissée pour compte, profondément ancrée dans les rapports humains. Le film capte avec justesse cette tension permanente, renforcée par des décors de cités délabrées. Le choix d’acteurs non professionnels, notamment Antonythasan Jesuthasan et Kalieaswari Srinivasan, apporte une authenticité brute.

Si Dheepan propose une critique frontale du système d’immigration français, plusieurs fois mise en parallèle avec celui du Royaume-Uni, il laisse aussi une légère sensation d’inachevé. Une œuvre forte, dérangeante, mais dont la conclusion peut sembler, pour certains, en décalage avec la complexité du réel.