Après la présentation de son Concerto pour piano no. 5, Beethoven décide de laisser Vienne et de se retirer dans le village de Teplice, pour se reposer et essayer de soigner la surdité qui commence à s’aggraver. Ce village situé à 400 km au nord de Vienne dans un val des monts Métallifères, au bord de la rivière Bilina, qui attire des visiteurs qui viennent s’y soigner dans ses eaux thermales depuis la fondation de son abbaye bénédictine en 1158. C’est à cet endroit que Ludwig rencontre Johann Wolfgang von Goethe, célèbre écrivain, scientifique et diplomate du Saint-Empire avec qui il discute des structures communes et divergentes de la composition littéraire et musicale. C’est la rencontre de deux génies utilisant, à leur manière, des éléments physiques différents pour bâtir des structures sémantiques capables de produire des états d’âme chez le lectorat ou l’auditoire.
C’est à Teplice qu’émergent deux des compositions de Ludwig reliées à la parole. La première est un ensemble des trois lettres d’amour dont le titre est Brief an die Unsterbliche Geliebte (Lettre à l’immortelle Bien-aimée). Dans ces lettres il ne mentionne pas le nom de sa muse, mais la candidate le plus favorisée par ses lecteurs est la comtesse Josefina Brunszvik de Korompa qui, depuis 1799, était son élève de piano.
L’autre composition reliée à la parole sur laquelle il travaille durant son séjour à Teplice est une version remaniée de son seul opéra, Fidelio. Il compose la musique de cet opéra en 1804 sur le livret rédigé par le librettiste autrichien Joseph Sonnleithner. L’argument met en opposition des lignes mélodiques et harmoniques représentant des sentiments : ceux d’un prisonnier injustement emprisonné et calomnié par son geôlier, ceux de l’amour de sa femme qui, sachant les faits, se déguise en homme et trouve du travail à la prison, et ceux d’un des gardes et son épouse qui deviennent complices de la libération lorsque le geôlier ordonne sa mort avant que le gouverneur arrive. Le dénouement de cet opéra est heureux. Le remaniement que Beethoven fait pour sa version finale de 1814 coupe les trois actes de la première composition en deux et restructure sa partition pour que les différentes phrases musicales puissent représenter les moments des guerres qui se succèdent en Europe durant cette décennie.
