le Jeudi 2 avril 2026
le Jeudi 14 janvier 2021 16:38 Divers

La police COVID frappe une entreprise

La police COVID frappe une entreprise
00:00 00:00

Une amende de plus de 5000 $, un inspecteur qui n’est plus le bienvenu dans un bar et un dossier qui se retrouve à la cour.

Un premier commerce des Territoires du Nord-Ouest a écopé d’une amende de plus de 5000 $, car il aurait contrevenu aux règles mises en place pour freiner la propagation de la COVID-19. Le constat d’infraction a été remis le 15 décembre au Monkey Tree Pub, pour un évènement survenu le 14 novembre 2020 à 1 h du matin.

Les propriétaires du bar contesteront l’amende de 5175 $ devant le tribunal, le 2 mars.

« On ne sait même pas exactement pourquoi on a reçu l’amende, qui ne spécifie que l’article en lien avec la COVID », a affirmé la copropriétaire Jennifer Vornbrock lors d’un entretien téléphonique.

Ils ont cependant une piste : ils ont mis la main sur le rapport de novembre de l’inspecteur de la Société des alcools. L’établissement, situé dans le quartier Range Lake de Yellowknife, a le droit d’accueillir 125 clients, plus son personnel. Or, dit Jennifer Vornbrock, le rapport indiquait 132 personnes, dont 5 employés, et mentionnait que le plancher de danse était ouvert. « C’est faux, il n’était pas ouvert, poursuit la copropriétaire. Des clients dansent parfois un peu près de leur table, mais on ne nous a jamais demandé de sévir pour ça. »

Un autre inspecteur, relevant du secrétariat de la COVID, a produit un constat un mois plus tard en se basant sur ce rapport.

« A-t-on eu le constat, car il y avait quelques personnes de trop ou des gens qui dansaient ou les deux ? On l’ignore », dit Mme Vornbrock.

 

« Intimidant et agressif »

Toujours est-il que cet inspecteur du secrétariat de la COVID n’est plus le bienvenu dans l’établissement. Et c’est son attitude qui est mise en cause : « Il est très intimidant et agressif, que ce soit envers nous ou notre personnel, estime la copropriétaire, et nous sommes en droit de travailler dans un environnement sécuritaire. » Elle a envoyé deux lettres à la première ministre à ce sujet, fin décembre et début janvier.

Du côté du gouvernement, impossible d’avoir plus de détails sur le constat d’infraction, puisque le tout risque de se régler en cour, et on répond que les inspecteurs doivent pouvoir continuer leur travail.

« Depuis le début de la pandémie, nos inspecteurs en santé publique visitent les établissements pour s’assurer que tout est conforme et adresser les plaintes, explique au bout du fil le porte-parole de la santé publique, Mike Westwick. Leur rôle est d’abord de sensibiliser et d’offrir de l’aide pour appliquer les règles. Il peut ensuite y avoir des avertissements verbaux et écrits. Si l’établissement ne se conforme pas, alors il y aura sanction. »

Mme Vornbrock dit qu’ils n’ont « jamais eu d’avertissement verbal ou écrit » avant le constat. « L’inspecteur est malveillant. Il a cherché à nous coincer, car on n’est pas toujours d’accord avec ses suggestions », évalue-t-elle. Par exemple, elle dit avoir refusé de mettre des lignes sur le plancher pour forcer les gens à circuler dans une direction, comme à l’épicerie.

Le Monkey Tree Pub est « prêt à travailler avec un autre inspecteur, courtois et professionnel », affirme-t-elle.

 

Mouvement de sympathie

« Bien des entreprises ont du mal à joindre les deux bouts depuis le début de la pandémie et voilà un 5000 $ d’amende ! Il faut être fou pour faire ça ! », lance au téléphone le propriétaire du bar Kilt and Castle, Bob Stewart, qui ne mâche pas ses mots et sympathise avec le Monkey Tree Pub.

Pour lui, ces inspecteurs sont dignes de la « Gestapo » en tentant de les prendre en défaut. « On est dans une industrie où les clients sont habitués à agir d’une certaine façon lorsqu’ils viennent prendre une bière, dit-il. N’importe qui vous dira que c’est difficile de tout contrôler. »

Scott Yuill, du Harleys Hardrock Saloon, abonde dans le même sens. « Même au Walmart ou à l’épicerie, des gens enfreignent les règles », dit-il au téléphone. « C’est déroutant que le Monkey Tree Pub ait eu une amende, car ils sont très respectueux, poursuit-il. Je ne suis pas inquiet pour nous, car on respecte les règles, mais les restrictions nous font très mal. Notre capacité est réduite et on doit quand même payer toutes les factures ! »

Jennifer Vornbrock dit avoir reçu une avalanche de réactions de soutien, de la part d’entreprises, de résidents et de députés. « C’en est renversant ! »

La directrice générale de la Chambre de commerce de Yellowknife, Deneen Everett, a préféré ne pas commenter le dossier. « On représente près de 400 entreprises et la pandémie a été dévastatrice pour nos membres. On travaille à leur offrir le meilleur support possible », s’est-elle contenté de dire.

Le porte-parole de la santé publique, Mike Westwick, assure que le gouvernement n’est pas en train de sévir envers les entreprises. « Nous nous intéressons surtout aux individus qui violent les conditions de leur auto-isolement, car c’est là que se trouve le plus grand risque pour la santé publique », conclut-il.

Depuis la mise en place des premiers arrêtés de santé publique, 37 individus ont reçu un constat d’infraction, tandis que le Monkey Tree est la première entreprise épinglée.