le Vendredi 29 août 2025
le Vendredi 14 février 2003 0:00 Éducation

Programme Dene Kede L’école de la culture

Programme Dene Kede L’école de la culture
00:00 00:00

Une journée-type dans la vie d’un étudiant déné de septième année sera, dès septembre prochain, très sensorielle. Au matin, ses cours commenceront au rythme du tambour. Il entendra son nom en langue dénée. Sur l’heure du midi, il goûtera des mets traditionnels. En après-midi, il se recueillera auprès d’un aîné, qui racontera des histoires de sa communauté. Le programme Dene Kede pour les classes de septième, huitième et neuvième année est prêt pour la rentrée scolaire 2003-2004. Près de huit ans ont été nécessaires afin de reproduire pour les plus vieux ce qui existe déjà pour les plus petits. L’approche envers ces jeunes fait appel à la perspective dénée, qui place au coeur de l’apprentissage les forces de ce passage vers l’âge adulte.

Le premier programme Dene Kede a vu le jour en 1994. Destiné aux enfants de la maternelle à la sixième année, il est centré autour de la culture, du travail manuel et des activités extérieures qui mettent l’élève en contact avec la terre. Les plus vieux entreront dans le monde de la langue dénée, qui sera enseignée soit comme première, soit comme deuxième langue. Les concepteurs, des aînés provenant de diverses communautés et des spécialistes de l’éducation, ont misé sur les forces de l’adolescence. Cette période est, selon les dénés, très spirituelle. « Ils sont dans leur période la plus puissante, la plus énergétique, explique la coordonnatrice du programme, volet culture, Liz Fowler. Il faut enrichir leur cycle de vie pour les préparer pour le reste de leur vie. L’accent est mis sur la construction de l’estime de soi, la reconnaissance de qui ils sont et de leur identité. »

Ce programme est né il y a plusieurs années de la volonté politique du gouvernement. Les enseignants ont incorporé durant plus de quinze ans, dans leurs classes, des références à la culture dénée, mais aucune coordination n’assurait l’homogénéité de l’enseignement. Plusieurs consultations plus tard, le programme est né de l’initiative du ministère de l’Éducation, de la Culture et de la Formation. Andy Norwegian est un spécialiste du langage qui travaille pour le Centre d’enseignement et d’apprentissage de la région du Deh Cho. Il a travaillé à la mise en œuvre du premier et du second programme Dene Kede. Il estime que cette coordination est l’idée qui a fait germer le projet. « C’était d’amener tout le monde à faire la même chose au niveau régional et d’utiliser la même approche dans l’enseignement de la langue et de la culture. »

Le plus grand défi a été de définir ce qu’est la culture dénée. Pour les aînés, la culture ne se résume pas à la broderie, le tannage des peaux ou le tambour. La culture dénée, c’est la communauté et la spiritualité. Les activités culturelles du programme sont reliées à la terre, à la spiritualité, à l’entourage et à soi-même, ainsi qu’à la langue. « C’est une approche holistique de la langue et de la culture, explique Andy Norwegian. Le programme ne mise pas que sur des aspects spécifiques de la culture. Les aînés nous ont dit que si on voulait enseigner la culture, il fallait la voir dans son ensemble. »

Dans une communauté dénée, l’éducation est au cœur même des rapports entre les aînés et les enfants. Chaque activité est propice à l’enseignement de leçons de vie. C’est pourquoi, avec le Dene Kede, la communauté entre dans les classes. Les aînés qui ont certaines habiletés techniques vont prendre place avec les étudiants et prendre le relais de l’enseignement. « Ça prend toute une communauté pour éduquer un enfant » résume la porte-parole du ministère, Sue Glowach.

Encore à ses balbutiements, le programme a du chemin à faire avant que les jeunes d’aujourd’hui puissent renouer avec leurs racines. Les enseignants ont un grand rôle à jouer dans ce processus, « ils sont les messagers, ils deviennent un lien entre les aînés et les enfants dénés, un lien entre notre passé et notre futur », a écrit l’actuelle commissaire aux langues, Fibbie Tatti, qui a coordonné le programme il y a quelques années. Liz Fowler estime que le projet ira encore plus de l’avant quand tous les membres de la société auront compris l’importance de l’initiative. « Nous avons besoin de support de partout, des politiciens mais aussi des aînés, des communautés. »

Le programme Dene Kede est également à la portée des classes non autochtones. Le sous-ministre adjoint, Dan Daniels, espère que cette porte qui s’ouvre sur la culture dénée va permettre aux jeunes de mieux comprendre la réalité des Autochtones. L’un des principaux défis, selon lui, est de former les enseignants afin qu’ils puissent utiliser le programme. « Nous avons mis sur pied une série d’ateliers de formation pour expliquer aux professeurs en quoi consiste le programme. » Margaret Erasmus explique que cette formation s’échelonnera sur les cinq prochaines années. « Le programme est une nouvelle ressource pour les enseignants, mais ce n’est pas un nouveau dossier. »