le Dimanche 31 août 2025
le Vendredi 19 mai 2006 0:00 Éducation

Étudier à l’école inc.

Étudier à l’école inc.
00:00 00:00

Les écoles du Nord sont plus nombreuses que celles du reste du pays à laisser pénétrer la publicité dans leurs murs, indique une recherche publiée cette semaine.

D’après le sondage réalisé par les principales associations d’enseignants au pays et l’institut de recherche de gauche Canadian Center for Policy Alternatives, on retrouve des publicités à l’intérieur ou sur le terrain de 39 % des écoles des TNO, du Nunavut et du Yukon. C’est le taux le plus élevé au pays, la moyenne nationale se situant aux alentours de 32 %.

L’enquête réalisée auprès de 3105 écoles canadiennes (dont 44 dans la région du Nord) revèle aussi que les écoles du Nord sont celles qui font les levées de fonds les plus importantes. En moyenne, les écoles des trois territoires amassent chacune 27 700 $ par année via des campagnes de financement. La moyenne nationale est de 15 700 $.

L’argent de ces levées de fonds sert surtout à financer des activités sportives et des excursions, mais aussi à payer du matériel scolaire ou à financer des programmes d’enseignement. Ainsi, 18 % des livres des bibliothèques scolaires et 20 % des programmes scolaires du Nord sont financés grâce à des levées de fonds.

La présidente de l’Association des enseignants et enseignantes des TNO, Amanda Mallon, est inquiète de ces résultats. « C’est quelque chose sur lequel nous devons garder un œil vigilant », dit-elle.

Elle s’inquiète surtout des iniquités qu’un système d’éducation public trop dépendant du financement privé peut engendrer. Elle cite en exemple l’industrie pétrolière et gazière qui offre, selon elle, beaucoup d’appuis aux écoles de la vallée et du delta du Mackenzie, mais n’en offre pas aux écoles où cette industrie n’est pas présente. « Ça crée des inégalités dans l’éducation que les jeunes reçoivent », estime Mallon.

Elle évoque aussi le risque que le gouvernement perçoivent l’incursion du privé dans les écoles comme une occasion de se délester de certaines de ses obligations en matière d’éducation.

« Le gouvernement pourrait avoir l’impression qu’il n’a plus besoin de financer certaines choses, s’il constate que les compagnies privés le font déjà à sa place », dit elle.

Les colas en tête de liste

Les compagnies les plus présentes dans les écoles canadiennes sont les embouteilleurs Coca-Cola et Pepsi-Cola.

On retrouve leurs logos sur les tableaux afficheurs des gymnases, sur les horloges et, surtout, sur les distributeurs de boissons. Plus du quart (27 %) des écoles canadiennes ont conclu un contrat d’exclusivité avec l’une ou l’autre de ces compagnies qui interdit à l’école de vendre les boissons d’un concurrent. La tendance touche surtout les écoles secondaires, dont 60 % ont conclu un tel contrat.

Mais le Nord semble généralement épargné par cette vague, possiblement parce que la distribution de ces produits est assurée, ici, par des sous-contractants et non pas par les géants de la boisson brune. « Ça n’a pas été identifié comme un problème dans aucun des trois territoires », confirme Amanda Mallon qui ajoute que ce sont d’avantage les compagnies du secteur des ressources naturelles qui sont présentes dans nos écoles.

Moins pire en français

De façon générale, les écoles de langue française semblent moins touchés par le phénomène de la commercialisation que les écoles anglaises.

On ne retrouve de publicité que dans 24 % des écoles françaises, contre 34 % du côté anglophone. D’après les auteurs de la recherche, cela s’expliquerait par le fait que le Québec – où se trouve la majorité des écoles de langue française – est la seule juridiction à réglementer la présence des entreprises privées dans les écoles.

Les écoles françaises sont aussi moins nombreuses à conclure des contrats d’exclusivité avec les compagnies de cola. À nouveau c’est en grande partie en raison des efforts du Québec que l’on note cette tendance, mais les chercheurs relèvent quand même que « à l’extérieur du Québec, moins d’écoles françaises que d’écoles anglaises se livrent à ce genre d’arrangement ». La statistique n’est pas détaillée davantage.

Cela concorde, en tout cas, avec l’expérience de l’École Allain St-Cyr de Yellowknife où la présence corporative est à peu près inexistante.

Le directeur de l’école francophone de Yellowknife, Jacques Angers, s’est prêté au jeu et a répondu à un questionnaire sur la présence du privé dans son école. Résultats : une seule marque de l’entreprise privée a été décelée dans l’école Allain St-Cyr, le distributeur de boissons.

Le distributeur en question n’est pas orné d’un logo, mais plutôt d’une photo de paysage. La plupart des breuvages qu’on y sert sont indiqués par un carton écrit à la main et on n’y sert que de l’eau embouteillée et des jus de fruits.

À part cette machine, l’école est exempte de toute référence commerciale, les uniformes des équipes sportives de l’école aussi. À part ceux de l’école et de la commission scolaire, les logos les plus communs à l’école Allain St-Cyr sont ceux des gouvernements et de leurs agences.

Jacques Angers dit ne pas être sollicité par l’entreprise privée. « Ça n’arrive pas. Nous sommes trop petits pour ça », estime-t-il.

Le directeur indique que l’école fait une seule levée de fonds par année qui implique la vente de produits manufacturés, généralement du chocolat. Pas un sou de cette levée de fonds, précise-t-il, ne sert à acheter du matériel scolaire, à financer des programmes ou à payer des salaires.