Je crois que c’est le meilleur mot pour décrire ce qui va suivre. Comme plusieurs de mes collèges on m’a sollicitée pour faire un article dans L’Aquilon pour parler de mon expérience en tant que monitrice de français à Fort Smith. Je ne suis pas une intellectuelle; je suis quelqu’un qui vit, et qui le fait à fond, donc ce que je vais partager avec vous n’est rien d’autre que mes réflexions, mes observations et mon expérience du Nord.
Tout d’abord, lorsque j’ai fait ma demande de participation pour le programme Odyssée, j’en étais à ma deuxième année de bacc et j’avais besoin d’une pause. Je suis de celles qui ont de la difficulté à rester en place parce que la vie est beaucoup trop courte pour ne rien voir. J’ai reçu la réponse alors que j’étais en Italie pour des études sur la Renaissance. C’est une chose assez étrange car maintenant je suis ici et j’attends encore une réponse pour aller ailleurs.
Enfin, je suis à Fort Smith depuis septembre 2006 et mon contrat prend fin en juin… si je ne m’abuse. Et pour tout vous dire, j’ai pris la décision de rester pour passer l’été ici. Après avoir assisté à la disparition de la lumière, j’ai hâte de voir l’inverse; d’être en manque de sommeil parce que je n’arrive plus à me coucher. J’aime les extrêmes et c’est pourquoi j’ai mis en premier choix les Territoires du Nord-Ouest. Je ne regrette pas le moins du monde même si mes amis se payaient bien ma gueule parce que j’aime donc avoir une légère couche de sueur sur le corps. N’empêche que ce que j’apprécie le plus dans cet endroit, c’est le calme et la nature. Le retour aux sources, je m’attendais à ça, en fait c’était souhaité.
Par contre je croyais que les Territoires du Nord-Ouest auraient un paysage semblable à celui du Nunavut. Après avoir vu le film Le détour, j’ai eu envie de venir dans le Nord. Il y a un mélange de plein de choses particulières ici. Les gens sont accueillants, toujours prêts à rendre service, mais chaque chose à sa deuxième facette. Comme toute chose, une qualité provoque souvent un défaut. J’ai remarqué qu’à travers cette ouverture de la communauté à aider son prochain, les gens se fréquentent aussi sans vraiment se connaître parce qu’ils savent que les gens ne restent pas. C’est un endroit de passage auquel la communauté est accoutumée. Ils regardent les gens passer, ce qui rend difficiles les relations profondes. C’est peut-être aussi seulement moi, je sais que je détonne souvent dans le décor, mais il demeure que je commence à connaître certains membres de la communauté et ils sont plutôt d’accord avec cette observation. Une autre chose très différente de la ville c’est le fait de ne pas pouvoir être anonyme. Par contre cela est aussi la source des défauts de la ville, rien n’est parfait heureusement, sinon on s’ennuierait!
On apprend par contre à vivre avec cette étrange sensation que tout le monde sait tout ce qu’on fait, que ce soit bien ou non.Les gens savent avec qui tu te tiens et si tu as marché pour aller à l’épicerie samedi dernier et souvent ces gens vont t’offrir un lift. Finalement je trouve le rythme plus sain dans le Nord. C’est comme si les gens savaint que ça ne donne rien de se débattre pour quelque chose d’aussi vain que la productivité, et pour une Montréalaise parfois ça décoiffe!! Évidemment ça provoque aussi beaucoup de paresse, car avec un rythme comme celui-là, les paresseux peuvent facilement venir se cacher dans le Nord. Je crois qu’il faut toujours se demander qu’est-ce qu’on peut tolérer le plus et le moins chez les gens et on sait assez rapidement si on est fait pour cet endroit ou non .
Pour ma part, je crois que cet endroit est franchement particulier et attachant, mais qu’il ne faut pas avoir peur de la solitude, il faut même l’aimer, aimer la nature, et ne pas avoir peur d’être jugée. Une page, c’est trop court car je n’ai même pas abordé mon travail, qui est soit dit en passant une sorte de révélation. Je conseille ce programme à tous ceux qui débordent d’énergie et qui aiment aller au-delà des choses!!