Il y a 20 ans, Christian Bergeron, un amateur de la nature de Yellowknife, a rencontré un ours. Cette anecdote témoigne des risques que les campeurs prennent parfois, sous-estimant le danger.
L’expédition s’est arrêtée au Parc de la Vérendrye, au Québec, pour la nuit. Christian, connaissant le secteur, a rappelé aux campeurs que la proximité d’une décharge pouvait attirer des ours et que la nourriture à l’intérieur de la tente était proscrite. Durant la nuit, un ours curieux est alléché par l’odeur de biscuits au chocolat. Il déchire la doublure extérieure d’une des tentes et réveille les occupants, qui le font déguerpir à grands cris et claquements de mains. L’ours s’éloigne et s’approche d’une voiture stationnée, occupée par des dormeurs, ce qui provoque le même scénario. Les aventuriers ont eu plus de peur que de mal.
Seulement 48 personnes sont décédées sous les griffes d’un ours dans toute l’histoire de l’Amérique du Nord. Ce qui n’est pas beaucoup, selon Raymond Bourget, agent principal de la faune au ministère des Ressources, de la Faune et du Développement économique. Mais ces statistiques ont augmenté au cours des dernières années, où trois individus meurent chaque année d’une attaque de l’animal de la famille des ursidés. L’étalement des populations en régions éloignées et la popularité du camping explique en partie ce phénomène. Le manque de bons réflexes de beaucoup de campeurs n’est également pas étranger à cette recrudescence d’accidents.
La principale caractéristique de l’ours, qu’il soit noir, brun ou gris, c’est sa curiosité, qui explique en grande partie son comportement. La deuxième, c’est qu’il ne cherche qu’à manger. Du mois d’août à la fin du mois d’octobre, alors qu’il se prépare à retourner en état d’hibernation, l’ours doit consommer 40 000 calories par jour. Raymond Bourget, qui se promène dans les écoles pour expliquer aux enfants les mesures à prendre en forêt pour éviter de rencontrer un ours, leur sert l’exemple suivant : « Si vous alliez dans un restaurant McDonald, vous devriez commander 72 bigmacs pour atteindre 40 000 calories. »
Ces deux caractéristiques font que l’ours associe souvent activités humaines et nourriture. Ces bêtes apprennent vite qu’une voiture ou un site de camping non nettoyé peut receler de quoi remplir leur ventre. Mais les ours sont également craintifs et peuvent considérer très rapidement un humain comme un adversaire. Le ministère des Ressources, de la Faune et du Développement économique a publié une brochure bilingue sur la sécurité relative au grizzly et à l’ours noir en milieu sauvage, qui peut être consultée à l’adresse www.rwed.gov.nt.ca.
Quoi faire
Pour empêcher toute mauvaise rencontre, il faut claquer des mains ou parler fort en forêt dense, surtout si une rivière est à proximité ou un vent fort couvrent les sons ambiants. Frapper les rebords d’un canot avec la rame avant d’en descendre avertit l’ours que des humains s’approchent. La présence d’empreintes de griffes ou d’excréments d’ours indique le passage de l’animal. La nourriture doit être scellée et les cosmétiques sont à proscrire. Le terrain de camping doit être propre, clairsemé et loin des aires de nutrition des ours, comme les espaces de baies sauvages.
Les tentes, placées en demi-cercle, doivent faire face à l’aire de préparation de la nourriture, qui sera éloignée d’au moins 100 mètres. Les latrines doivent également être à une bonne distance des tentes. La nourriture et les produits cosmétiques doivent être hissé dans un arbre durant la nuit. Les déchets doivent êtres réduits au minimum.
Christian Bergeron croit que l’erreur la plus fréquente que font les campeurs est de ne pas faire de battue du territoire immédiat avant de planter les tentes. « Peut-être qu’il y a un orignal, un caribou ou n’importe quel animal mort. En s’installant près d’une carcasse sans le savoir, le campeur est sur le territoire de l’ours. »
Dans le cas d’une rencontre, le chasseur d’expérience recommande l’utilisation d’un fusil de calibre 12, dans lequel une chevrotine peut être insérée et tirée à une distance maximale de 50 mètres. « Ça empêche les gens de tirer à 150 mètres. Le fusil doit être utilisé comme dernier recours. » L’agent de la faune Raymond Bourget recommande également l’utilisation de poivre de Cayenne ou d’un canon effaroucheur, mais leur efficacité est limitée.
Un face-à-face impromptu n’est pas automatiquement synonyme de confrontation. Si l’ours a les oreilles vers l’avant, le museau en l’air ou s’il se redresse sur ses pattes arrière, il essaie de sentir l’odeur du visiteur. C’est le bon moment pour signaler sa présence en lui parlant d’une voix posée et en reculant, toujours en ayant un œil sur ses mouvements. Si l’ours fixe le visiteur la tête baissée ou les oreilles aplaties, il se sent agressé. Il peut taper de la patte ou faire semblant de courir sur quelques mètres, mais ce n’est qu’une démonstration de sa force qui se termine souvent par un retrait. Le randonneur peut à ce moment-là grimper sur une roche, faire de grands signes et grogner. Si cette méthode ne dissuade pas l’ours et qu’il charge, le seul conseil qui vaille est de se défendre.