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le Vendredi 21 juin 2002 0:00 Environnement

Environnement Wha Ti devient cobaye

Environnement Wha Ti devient cobaye
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Le groupe environnemental Ecology North, la communauté de Wha Ti, la Première Nation de Wha Ti, ainsi que l’Institut Pembina ont annoncé la semaine dernière l’obtention d’une subvention de 85 600 dollars du Fond ÉcoAction d’Environnement Canada. Au cours des deux prochaines années, les partenaires vont mettre sur pied le projet « Rétablir la durabilité écologique dans les communautés du Nord. » Le projet consiste à transformer les sources d’énergie polluantes et onéreuses de la communauté pour en créer de nouvelles, plus propres. L’Aquilon a discuté du projet avec son directeur, Robert Bromley, d’Ecology North.

Est-ce que ce genre de projet a déjà été réalisé avant ?

Oui, l’Institut Pembina l’a déjà fait au Yukon, dans le nord de la Colombie-Britannique et de l’Alberta. Nous étions donc au courant des possibilités, mais nous avons conçu ce projet de façon à ce qu’il soit un peu plus pédagogique. Il est inspiré directement du concept d’importation des substitutions.

De quoi s’agit-il ?

Il s’agit de produire localement ce qui est importé actuellement de l’extérieur du pays. Cette façon de procéder profite à l’économie locale. De cette façon, nous évitons l’émission de gaz à effet de serre, nous réduisons nos coûts de transport et utilisons les ressources locales. Par exemple, les jardins communautaires permettent d’offrir des pommes de terre qui autrement seraient importées de l’Île du Prince-Édouard. Notre projet concerne l’énergie de la communauté, puisque c’est la spécialité de l’Institut Pembina.

Dépenser autant d’argent pour fournir les com-munautés en énergie semble être un problème typique du Nord. Est-ce que c’est pour ça que votre projet est plus efficace ici ?

Oui, mais toutes les communautés devraient faire la même chose. Ce qui est extraordinaire avec les ressources renouvelables, comme l’énergie solaire ou éolienne ou hydroélectrique, c’est qu’elles se retrouvent un peu partout sur la Terre en quantité égale. Ça ne devrait pas seulement se faire dans le Nord. Mais l’investissement rapporte plus dans le Nord car les ressources énergétiques coûtent très cher ici.

Dans votre projet, vous parlez d’énergie solaire et de mini-centrale hydro-électrique. Comment cela fonctionne-t-il ?

Il s’agit d’hydroélectricité qui est produite sous l’eau. Ce n’est pas un barrage. C’est une turbine qui est placée dans la nappe d’eau. La communauté de Wha Ti a besoin d’environ 0,6 mégawatts d’énergie. Ce serait très facile de construire une très petite centrale électrique. Une chose que nous devrions considérer, si c’est possible, c’est ce qu’on appelle un « tube hydro », c’est-à-dire un tuyau qui est construit à côté de la rivière et qui détourne une partie de l’eau utilisée pour la production hydroélectrique. Nous n’aurions donc rien à placer dans la rivière.

D’où vous est venu cette idée ?

Ça fait plusieurs années que nous avions cette idée en tête, mais nous attendions que le gouvernement la réalise, ce qui n’a jamais été fait. On voulait que ce soit conçu pour supporter à la fois la durabilité des communautés et pour réduire nos répercussions sur l’environnement. D’après nous, les bénéfices culturels, sociaux, économiques et environnementaux sont là.

Et pourquoi réalisez-vous ce projet dans la communauté de Wha Ti ?

Les coûts de l’énergie y sont très élevés. Wha Ti est la troisième communauté où ces coûts sont les plus élevés au Nord, parmi les communautés du Nunavik, du Nunavut, des Territoires du Nord-Ouest et du Yukon, car la communauté est isolée. Les habitants paient plus d’un dollar le litre de carburant, la communauté est équipée en génératrices à diesel désuètes qui produisent des toxines cancérigènes et des gaz à effet de serre. Tout était en place dans cette communauté pour en faire l’endroit idéal. Par ailleurs, la communauté a elle-même exprimé son désir il y a plusieurs années de participer à un projet du genre et de trouver une alternative à l’utilisation du diesel.

Peut-on affirmer que c’est le début d’un chan-gement ?

Nous l’espérons ! Nous voulons que la communauté devienne un prototype qui va influencer les autres communautés et nous sommes prêts à répondre à la demande de celles-ci.

Combien un tel projet peut-il coûter ?

Nous n’avons pas encore évalué le montant total de la facture. Ce sera fait lors de la réalisation de l’étude de faisabilité et de l’étude sur les impacts environnementaux. La communauté vient de terminer la construction d’une route qui mène à la future mini-centrale hydroélectrique, et qui servira également au tourisme. Donc, on ne peut pas dire que les coûts reliés à cette construction soient directement reliés à notre projet.

Quel est votre échéancier ?

Le projet est échelonné sur deux ans, au cours desquels nous ferons beaucoup de consultations auprès de la communauté afin de connaître leurs buts à long terme, mais aussi quel genre d’énergie ses habitants voudraient utiliser et quels sont leurs buts en matière de développement économique. Ensuite nous évaluerons les possibilités qui existent concernant les ressources renouvelables, comme l’énergie solaire, éolienne et hydroélectrique. Nous choisirons ensuite la meilleure qui sera évaluée lors du processus des études de faisabilité et d’impacts environnementaux. À la fin de ces deux années, nous devrions être prêts à passer à l’action. Nous espérons que Wha Ti aura une toute autre façon de fonctionner d’ici cinq ans.