Même s’il a de bonnes intentions, le ministère des Affaires indiennes et du Nord Canada n’en fait pas assez pour régler le problème des mines contaminées dans le Nord.
Le fardeau des mines abandonnées dans le Nord pèse de plus en plus sur les épaules du ministère des Affaires indiennes et du Nord Canada. La commissaire à l’environnement et au développement durable, Johanne Gélinas, n’a pas hésité à rappeler au ministère ses responsabilités en matière d’assainissement des sites contaminés et abandonnées, dans son dernier rapport annuel publié le 22 octobre dernier, qui présente neuf recommandations. Le problème, actuellement, ce sont les coffres anémiques du ministère, qui aurait besoin de 555 millions de dollars pour assainir et fermer définitivement tous les sites contaminés. Or, cette année, seulement 26 millions de dollars ont été débloqués pour entretenir les sites et les maintenir dans des conditions acceptables. Pour la commissaire, le ministère devrait arrêter de penser à court terme. « J’espère que le gouvernement fédéral n’attendra pas qu’un incident environnemental majeur se produise avant de régler le problème », a indiqué Mme Gélinas dans un communiqué de presse.
Le représentant du fédéral dans le Nord a toutefois fait des progrès, surtout depuis 1993, année qui a marqué la fin de l’application de l’ancienne politique pour les dépôts de garantie. Dorénavant, le ministère est en droit d’exiger de la part de la compagnie minière un dépôt de garantie qui couvre la totalité des frais engendrés par la décontamination et la fermeture d’un site minier. Cette protection, qui est retournée si la compagnie s’acquitte de ses responsabilités, évite au ministère et aux contribuables de couvrir les frais de nettoyage en cas de faillite de la compagnie. Jusqu’en 1993, par contre, le ministère ne pouvaient pas prélever au-delà d’un certain montant auprès des compagnies. « Nous avons maintenant une politique qui exprime clairement nos attentes en matière de dépôt de garantie », explique le directeur général à la Direction des ressources naturelles et de l’environnement, Ian McGregor.
Le ministère a eu sa leçon, particulièrement dans le cas de la mine Giant, qui, même si elle a été revendue dernièrement, est toujours à la charge du fédéral. Les contribuables, eux, paient présentement la facture, une note salée. Chaque mois, depuis janvier dernier, le fédéral rembourse au nouveau propriétaire 69 % des coûts d’entretien du site, soit 300 000 dollars. « C’est beaucoup d’argent, concède Ian McGregor. Je suis persuadé par contre que les gens de Yellowknife sont conscients que nous avons fait beaucoup d’efforts pour mettre sur pied des options pour la remise en état de la mine. Malheureusement, nous payons à chaque mois pour protéger l’environnement et ce, jusqu’à ce que les travaux soient terminés. »
Outre le manque d’argent pour mener à terme ses travaux, le manque de ressources humaines frappe durement le ministère, surtout depuis 1998, alors que la liste des mines abandonnées s’est allongée avec l’abandon des mines Giant et Colomac, aux T.N.-O., et les mines Faro et Mount Nansen, au Yukon. Le rapport de la commissaire recommande d’ailleurs au ministère qu’il trouve les ressources nécessaires afin de privilégier des solutions à long terme.
Une autre recommandation touche le dépôt des plans de fermeture des mines. Présentement, une mine ne dépose qu’un plan sommaire de fermeture lors de la délivrance du permis d’utilisation des eaux, alors que le commissariat exige le dépôt d’un plan détaillé et ce, le plus rapidement possible. Dans certains cas, près de cinq années se sont écoulées entre la délivrance du permis et le dépôt du plan détaillé. Selon le ministère, cette situation est due au développement constant de la mine. « C’est dans la nature d’une mine de fonctionner avec des informations incomplètes, révèle Ian McGregor. La compagnie espère toujours un développement plus grand au cours des deux à trois premières années d’exploitation. Nous reconnaissons qu’une mine grandit avec le temps et que le plan de remise en état doit également s’adapter à cette situation. »
Le ministère espère mettre la main bientôt sur le financement nécessaire à la décontamination. « Nous faisons notre possible pour avoir le financement nécessaire », a indiqué le directeur général. Une lueur d’espoir est apparue lors de la lecture du dernier discours du Trône du gouvernement libéral, qui a révélé que le fédéral veut régler le problème le plus rapidement possible. Le maintien du statu quo inquiète la population, comme dans le cas de la mine Giant qui, à plus long terme, pourrait se dégrader avec le dégel du pergélisol. Même si le ministère reconnaît cette situation, il a d’autres sites prioritaires. « Je ne crois pas que ce site va se détériorer avec le temps et nous gérons l’arsenic présentement. »
Aucun échéancier précis n’a été divulgué concernant Giant, mais des audiences publiques sur les options de nettoyage sont prévues. Le ministère a répondu favorablement à l’ensemble des recommandations de la commissaire Gélinas. « Nous estimons que c’est une bonne évaluation et nous voulons aller de l’avant dans tous les éléments du rapport », a résumé le directeur McGregor.