le Vendredi 29 août 2025
le Vendredi 10 janvier 2003 0:00 Environnement

Changements climatiques Les conséquences sont visibles

Changements climatiques Les conséquences sont visibles
00:00 00:00

D’un côté, les changements climatiques ont des conséquences tangibles dans le Nord, de l’autre, la ratification du protocle de Kyoto en aura aussi.

À Tuktuyaktuk, l’île qui protège le port a subi un régime minceur de plus de 150 mètres au cours des 60 dernières années. Si bien que le port s’ensable et que sans travail de dragage, il sera bientôt impossible, pour les gros bateaux, d’y accoster. L’Île de Tuk est appelée à disparaître au cours des 25 à 50 prochaines années, exposant, par le fait même, le port aux intempéries de l’Arctique.

C’est là l’une des conséquences des changements climatiques que l’on observe depuis bon nombre d’années dans les communautés du Nord, selon Ken Johnson, ingénieur à la firme EBA d’Edmonton. Celui-ci rappelle aussi que plusieurs communautés possèdent des infrastructures d’aqueduc et d’égouts qui sont construites sur la base de l’existence du permafrost… qui a commencé à se détériorer.

« Dans plusieurs cas, ce sont les réservoirs pour les égouts qui sont protégés des eaux environnantes. S’il y a un réchauffement, le pergélisol, qui retient l’eau, peut fondre et ultimement, l’eau s’y rendra, ce qui peut provoquer des déversements » d’expliquer M. Johnson. D’un autre côté, la même méthode est utilisée pour les réservoirs d’eau potables, ces derniers pourraient ne plus remplir les besoins des communautés 365 jours par année. Déjà, les niveaux d’eau de certains lacs dans lesquels les communautés s’approvisionnent ont commencé à baisser.

Lors d’une allocution qu’il prononçait à l’occasion de la Conférence de la Northern Territories Water and Waste Association, M. Johnson a aligné les exemples de ce type. « Au cours des dernières années, plusieurs communautés ont remarqué et enregistré des changements dans certaines activités traditionnelles et dans leurs infrastructures. Plusieurs d’entre elles ont attribué ces changements au réchauffement potentiel du climat », de lancer celui qui préfère parler de changement climatique, plutôt que de réchauffement planétaire.

« Même en rencontrant les objectifs du Protocole, nous n’arrêteront pas les changements climatiques et cela pourrait prendre des décennies pour les ralentir. », d’analyser Nick Lawson, de la compagnie de consultants Jacques Whitford. Selon lui, l’atteinte des objectifs de Kyoto ne serait qu’une première étape en ce qui à trait aux changements climatiques. Le plan de mise en oeuvre du gouvernement fédéral parle aussi du protocole comme d’une première étape du processus.

Lors de la même conférence, M. Lawson a parlé des conséquences qu’aura la ratification du Protocole de Kyoto pour les communautés du Nord. « Au niveau individuel, il faut nous assurer que nos habitudes de vie sont les plus efficaces possible en terme de consommation d’énergie. De leur côté, les gouvernements, en tant que fournisseurs de services, devront davantage chercher l’efficacité énergétique », mentionne-t-il. Par exemple, le gouvernement pourrait planifier la construction d’édifices multi-fonctionnels et rechercher les ressources renouvelables pour la production d’électricité. Même la planification urbaine sera touchée par la ratification du protocole. « On peut essayer d’éviter d’étendre le développement des communautés de façon linéaire, ce qui requiert beaucoup de transport pour se rendre du point A au point B ». Enfin, les plus grosses communautés devraient voir à implanter un système de transport en commun, dit-il.

Selon M. Lawson, les Territoires du Nord-Ouest ont un des plus hauts taux d’émission de gaz à effet de serre au prorata de la population. « Ce fait est partiellement expliqué par notre climat et les longues distances entre les communautés », dit-il. Selon le protocole de Kyoto, entre 2008 et 2013, les T.N.-O. auraient à abaisser leur niveau d’émission de six pour cent par rapport à ce qu’il était en 1990. « Le gouvernement a fait les prévisions du niveau d’émission que les T.N.-O. auront en 2008. En vérité, nous auront à réduire nos émissions de 40 % par rapport au niveau projeté pour la première année d’application du Protocole», lance-t-il, en ajoutant que les secteurs énergivores des T.N.-O. sont la production d’électricité, le chauffage et le transport.

Bien que des investissements seront nécessaires afin d’atteindre une meilleure efficacité énergétique, M. Lawson rappelle que des bénéfices seront visibles à long terme. Dans plusieurs des cas, les coûts seront remboursés par les économies apportées par les nouvelles méthodes d’utilisation de l’énergie. « En travaillant à atteindre les objectifs du protocole, il y aura aussi des impacts positifs au niveau environnemental, mais aussi sur les budgets des municipalités et sur les infrastructures », croit-il. Ce dernier rappelle d’ailleurs que les communautés auront à faire la planification nécessaire pour atteindre ces objectifs.

Le gouvernement territorial

De son côté, le gouvernement des Territoires du Nord-Ouest a publié son étude préliminaire des impacts de la ratification du protocole sur l’économie ténoise. Selon cette analyse, « les T.N.-O. subiront peu d’impacts économiques liés à l’implantation du Protocole de Kyoto ». L’étude tient compte du fait qu’un gazoduc sera en production d’ici 2012.

L’analyse ne tient pas compte des coûts qui seront reliés aux changements climatiques. Les conséquences d’un changement climatique peuvent se refléter, entre autres, sur les routes de glace et un entretien plus régulier des routes toutes-saisons causé par la détérioration du pergélisol.