Malgré une vive opposition de l’Alberta et de l’industrie pétrolière, la Chambre des Communes a ratifié le protocole de Kyoto, le 10 décembre dernier. Quelques jours plus tard, le premier ministre Jean Chrétien y apposait sa propre signature et le tout était remis à l’ONU.
Préalable à la ratification du protocole de Kyoto, le gouvernement fédéral a présenté le 21 novembre dernier son plan d’action sur les changements climatiques. Le plan prévoit une réduction de 240 mégatonnes des émissions de gaz à effet de serre (GES) et propose aux Canadiens de devenir les plus perfectionnés au monde quant à leur utilisation de l’énergie. Actuellement, ils sont parmi les citoyens les plus énergivores de la planète.
Pour leur part, les opposants à la ratification du protocole soutiennent que les coûts de mise en application du protocole dépasseront les 30 milliards de dollars, et que certaines provinces, telles l’Alberta et la Colombie-Britannique, devront assumer la grande majorité du fardeau de la mise en application du traité. En effet, les émissions de GES par habitant en Alberta y sont trois fois plus élevées que la moyenne canadienne.
Le plan d’action
Ottawa demande à chaque Canadien, industrie et gouvernement de faire sa part afin de réduire les émissions de gaz à effet de serre. Ottawa demande notamment à chaque Canadien d’adopter l’objectif de réduire d’une tonne ses émissions personnelles de GES. De plus, les plus importants producteurs de GES devront réduire leurs émissions de 55 mégatonnes.
Le mécanisme de mise en oeuvre de ce plan d’action prévoit la création d’un Fonds de partenariat pour répondre aux priorités des provinces, des territoires, des municipalités, des autochtones et du secteur privé. Le gouvernement appuiera certaines initiatives visant une plus grande utilisation de carburants de rechange, à faible émission de gaz, comme l’éthanol, une amélioration de l’efficacité énergétique des nouvelles maisons et des maisons existantes, une amélioration de 25% du rendement énergétique moyen des véhicules et encouragera le recours aux transports en commun ainsi que l’achat de véhicules et d’appareils ménagers plus énergétiques.
Les impacts économiques
Selon le gouvernement fédéral, le plan prévoit que la mise en vigueur de l’accord de Kyoto n’entraînera pas de hausses d’impôts et aura un impact modeste sur l’économie canadienne.
Selon le plan fédéral, le produit intérieur brut affichera une baisse de 0,4 pour cent d’ici 2010 et l’économie fournira environ 60 000 emplois de moins que prévu, mais le revenu personnel disponible ne serait pas affecté.
Le gouvernement estime qu’il n’y aura aucun impact direct sur le prix du carburant, mais que le prix du gaz naturel augmenterait de 4 à 8 pour cent d’ici 2010. Ottawa anticipe également une baisse des factures d’énergie, tant pour les entreprises que pour les consommateurs, grâce à des maisons, des véhicules et de l’équipement plus efficaces.
Malgré cette assurance du gouvernement fédéral, il faudra attendre le budget fédéral de 2003 avant de connaître la plupart des mesures initiales que proposera Ottawa.
Finalement, l’estimation des coûts varie, selon les sources, de 10 à 45 milliards d’ici 2010, selon diverses estimations gouvernementales, ce qui correspond à un ralentissement de la croissance économique annuelle de 0,1 à 0,4%.
Quel est le problème ?
Plusieurs opposants au protocole de Kyoto mettent en doute la validité des preuves scientifiques sur le phénomène du réchauffement de la planète. Le gouvernement fédéral a cependant reçu un appui de taille lorsque le Commissaire ontarien à l’environnement, Gord Miller, a affirmé, dans un rapport déposé à l’Assemblée législative de l’Ontario en novembre dernier, que les preuves scientifiques de l’existence d’un réchauffement de l’atmosphère et de changements climatiques sont solides : les gaz à effet de serre augmentent, les humains en sont en bonne partie responsables et cette augmentation entraîne des changements climatiques.
Les recherches scientifiques constatent que la surface de la Terre s’est réchauffée de 0,6 degré au cours du siècle dernier et qu’elle continuera de se réchauffer encore plus rapidement à cause des émissions de gaz à effet de serre. Selon Gord Miller, cela aura d’importantes retombées socio-économiques et environnementales notamment des sécheresses plus fréquentes, des tempêtes plus violentes et davantage de pollution.
Il a déclaré que ceux qui mettent en doute la validité scientifique de ces résultats ont peut-être réussi à paralyser les décideurs, mais que leurs arguments sont fallacieux et embrouillent le débat.