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le Vendredi 15 août 2003 0:00 Environnement

Géologie Les roches, un monde vivant !

Géologie Les roches, un monde vivant !
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Le lit de roches escarpé qui recouvre le sol en bordure du lac Wecho, situé à environ 130 kilomètres au nord-ouest de Yellowknife, ressemble à n’importe quel tapis rocailleux de la région des Esclaves. Pour la géologue Carolyn Relf, coordonnatrice des cartes géologiques de la roche de fond et des minéraux au ministère des Ressources, de la Faune et du Développement économique, ce sol représente beaucoup plus qu’un amas de minéraux. En observant de près des échantillons de cailloux, elle peut déterminer la composition et l’âge du sol ténois. Ces données peuvent, par la suite, guider les compagnies d’exploration dans leur recherche de minéraux rares.

Une démonstration du travail des géologues a été organisée pour la première fois, le 30 juillet dernier, par le CS Lord Geoscience Centre, le bureau de géologie du ministère des Affaires indiennes et du Nord Canada. À l’aide d’un ordinateur de poche, d’un détecteur de magnétisme et d’un GPS, Carolyn Relf parcourt la région du lac Wecho tout au long des mois de juillet et d’août. L’équipe de cinq géologues, au sein de laquelle œuvre trois étudiants, a installé son campement dans cette région, qui a été cartographiée pour la dernière fois dans les années 1950. À l’époque, les géologues cartographes parcouraient le territoire en canot et enregistraient des données visibles. Tout ce qui se trouvait entre les cours d’eau était donc terra incognita. Les méthodes de travail d’aujourd’hui, par contre, sont hautement technologiques. Chaque échantillon est nommé et classifié, puis enregistré dans une base de données qui servira plus tard à la conception de cartes géologiques.

Une première approche est réalisée par des satellites qui photographient le sol à très haute résolution. Le géologue a donc une compréhension de base du sol avant même d’y mettre les pieds. « Aujourd’hui, nous pouvons cartographier le sol de façon plus intelligente, parce que nous ne perdons pas notre temps à marcher sur la roche, explique Carolyn Relf. Nous essayons de répondre à certains questionnements plus poussés, comme le type de relation qui existe, par exemple, entre telle roche et telle autre. »

Chaque détail du sol est observé, comme l’alignement des roches, les couches superposées et la couleur des sédiments. « En marchant dans une région contenant différents types de roches, on aperçoit des changements subtils dans la composition », raconte la géologue. Une roche métallique et noire sera probablement de la magnétite. Les longues bandes de roches roses qui recouvrent le sol de la région des Esclaves sont du granite, une roche commune dans la région. « Les roches volcaniques et sédimentaires ont le potentiel le plus élevé de contenir des dépôts de minéraux », laisse savoir la spécialiste. L’âge de la roche, quant à lui, est déterminé par l’uranium contenu à l’intérieur du granite. Le plus vieux sédiment découvert dans la région du Grand lac des Esclaves date de près de 4 milliards d’années.

Le projet mis sur pied cet été vise à cartographier une région qui couvre un territoire de 100 km par 90 km. Avec une équipe réduite à quelques géologues et avec la technologie d’aujourd’hui, Carolyn Relf estime qu’il faudrait environ 120 ans avant de cartographier les Territoires du Nord-Ouest en entier. « C’est un peu décourageant, mais ce nombre d’années est relatif, parce que dans 100 ans, la technologie aura encore évoluée », raconte-t-elle. Les coûts sont également faramineux. Le projet actuel coûte près de 150 000 dollars, ce qui comprend le salaire, l’équipement et la location d’un hélicoptère.

Ces cartes sont grandement utilisées par les compagnies d’exploration, les compagnies minières et les négociateurs pour les terres. Les géologues travaillent avant tout pour alimenter la banque de données scientifiques et ne se soumettent pas aux pressions provenant de l’industrie. Par contre, si une dizaine de régions doivent être cartographiées et qu’une compagnie manifeste le désir de mieux cerner la composition du sol de l’une d’entre elles, les géologues vont probablement concentrer leurs efforts sur cette zone. « D’une certaine manière, nous ressentons de la pression d’un peu partout car la quantité de travail à faire est énorme pour le nombre d’effectifs que nous avons », explique la géologue. Mais nous privilégions une approche scientifique. Nous n’allons pas nécessairement essayer de découvrir des gisements d’or ou de diamant. Nous essayons plutôt de découvrir le contexte de leur formation. »

Pour être géologue, il faut être passionné des roches. Bien que le sol semble uniforme et sans vie pour la plupart des néophytes, c’est un environnement vivant pour l’observateur averti. « Les roches sont dynamiques, mentionne Carolyn Relf. Pour que la roche prenne sa forme et son aspect uniques, il faut beaucoup de pression. Les roches sont vivantes, seulement, la vitesse de formation est si lente que nous ne pouvons pas voir ce dynamisme. »