Lorsqu’en avion, on survole la mine Colomac, on comprend le sens du terme « mine abandonnée ». Au premier coup d’œil, on peut apercevoir ces gigantesques camions jaunes, sans roue, qui jonchent le terrain, plusieurs citernes d’essence de 1 million de litres chacune et 15 000 barils dont le contenu est encore inconnu.
Sur l’ancien site de la mine Colomac, la priorité est la décontamination des eaux contenues dans le lac Tailings et dans le puits à ciel ouvert de la zone 2, qui a servi de décharge au lac pour éviter qu’il ne déborde et qu’il ne contamine le réseau hydrographique environnant.
Les eaux de ce lac étaient d’abord contaminées au cyanure, à différents métaux et à l’ammoniac. À la suite de traitements organiques, en y ajoutant du phosphore, il semble que les concentrations aient pratiquement disparu pour n’y laisser que de l’ammoniaque. « Nous utilisons la même technique pour nous débarrasser de l’ammoniac, mais c’est échelonné sur une plus longue période », d’expliquer le gérant du projet Colomac pour le ministère des Affaires indiennes et du Nord Canada, Octavio Melo, qui prévoit que l’opération sera complétée au tournant des années 2005-2006.
La décontamination du lac Tailings constitue une véritable course contre la montre, selon M. Melo. Ce dernier espère décontaminer l’eau du lac avant que celui-ci ne déborde et, par conséquent, contamine les eaux environnantes.
C’est pourquoi de l’eau du lac a été transportée vers ce que l’on appelle le « puit à ciel ouvert de la zone 2 ». En fait, il s’agit d’une immense fosse dans laquelle on a emmagasiné une quantité de l’eau contaminée du Lac Tailings. Des fossés ont aussi été érigés, tout autour du lac, pour éviter que les eaux de pluie et l’eau de la fonte de la neige ne viennent s’ajouter aux eaux polluées du lac. La zone entourant ce lac a été appelée « zone de confinement des résidus ». Une clôture longue de 7,5 kilomètres y a été érigée pour éviter que la faune locale, dont de nombreux caribous, ne s’abreuve à même le lac contaminé.
Une autre source de problème est une fuite à l’un des barrages retenant l’eau contaminée dans le lac Tailings. Le ministère des Affaires indiennes et du Nord, a donc dû installer une pompe qui fonctionne en permanence pour retourner l’eau dans le lac.
Toutes ces mesures ont été prises pour se soumettre aux trois priorités du ministère, selon M. Melo. « Nous voulons assurer la sécurité de l’environnement, des travailleurs et du public », mentionne celui qui, avec son équipe, prépare un plan de restauration qui sera soumis à l’Office d’examen des répercussions environnementales de la vallée du Mackenzie d’ici le 31 décembre prochain.
Ce plan devrait permettre un renouvellement du permis d’exploitation hydraulique propre au projet de restauration du site, qui devrait durer de cinq à sept ans. À la suite de quoi, les seuls travaux requis à la mine seront de la surveillance pour s’assurer que le site demeure sécuritaire. Théoriquement, avant d’émettre ce permis, l’Office aurait le droit de demander au ministère de se soumettre à un processus rigoureux de l’évaluation des impacts environnementaux du projet de restauration, ce que M. Melo voudrait éviter.
« L’élément déclencheur pour la tenue d’une évaluation environnementale, ce sont les préoccupations de la communauté. Nous avons travaillé de très près avec les Tlicho pour prendre leurs commentaires et leurs préoccupations en considération », dit-il, tout en ajoutant que si l’Office le demandait, il était prêt à se soumettre au processus. Par le biais de la compagnie Tlicho logistics, les Tlichos ont été appelés à collaborer au niveau de la consultation et de la main d’œuvre requise pour les travaux. Au cours de l’été dernier, une grande proportion de la cinquantaine de travailleurs présents sur le site provenaient des communautés Tlicho.
Malgré tous les travaux prévus dans le secteur, des preuves qu’une mine aura existé dans le secteur seront toujours visibles. « Nous ne pensons pas, et les Tlicho sont d’accord avec nous, que ça porterait fruit de ramener ce site à l’état qu’il était avant qu’il ne soit développé. Nous traiterons l’eau, nous remplacerons le barrage qui fuit, nous pourrons utiliser les roches pour rendre des pentes plus sécuritaires pour les animaux, nous démonterons les édifices et nous évacuerons les déchets dangereux en dehors du site. Pour ce qui est des matériaux non dangereux, notre plan est de les mettre dans de plus petits puits et de le couvrir de roches. Nous n’enlèverons pas les chemins non plus. En bout de lignes, il y aura toujours des preuves de la présence d’une mine, mais les dossiers majeurs auront été réglés », explique M. Melo.
Si l’on compare la situation de la mine Colomac avec celle d’autres mines, M. Melo considère que « le défi majeur était de savoir quoi faire avec les eaux contaminées et de les traiter. Je pense maintenant que nous avons la solution pour ça. Ensuite, il n’y a pas beaucoup de défis techniques. C’est une question de faire le boulot. Nous devons avoir notre planification approuvée, nous devons obtenir l’argent et faire le travail. Ce n’est en rien comparable avec le dossier de la mine Giant, puisque ici, les polluants se dissolvent de manière naturelle ».