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le Vendredi 15 octobre 2004 0:00 Environnement

Une place sera faite aux dimensions humaines

Année polaire internationale

Une place sera faite aux dimensions humaines

Année polaire internationale

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Batiste W. Foisy

Du 13 au 16 septembre, avait lieu, à Paris, la quatrième et dernière réunion du Comité de planification international de l’Année polaire internationale. Le sociologue Gérard Duhaime, de l’université Laval, y était pour s’assurer que les sciences sociales soient aussi à l’agenda de cette grande kermesse de la science polaire.

L’Année polaire internationale (API) est, en fait, une période de deux ans consacrée à la recherche scientifique en milieu polaire. Celle qui s’échelonnera de mars 2007 à mars 2009 sera la quatrième du genre et devrait être, selon le directeur des sciences polaires du Canada, Jean-Marie Duhaime, « un événement sans précédent en matière de collaboration scientifique. »

Sur le comité de planification internationale, Gérard Duhaime représente les sciences sociales, un aspect historiquement négligé de la recherche polaire. À force de discussion il a réussi convaincre ses collègues de la nécessité d’inclure la dimension humaine dans le cadre de référence de l’API. « Il y a plusieurs thèmes qui portent sur les dimensions géographiques et physiques, les sciences naturelles. Mais la particularité de cette quatrième année polaire c’est qu’il y aura un accent très important de mis sur les dimensions sociales, ce qui est une première », précise-t-il.

Il ne faut pas s’étonner que ce soit un Canadien qui ait été mandaté pour faire pression en ce sens. Dans le milieu de la recherche polaire, l’expertise du Canada au niveau des sciences sociales et de l’implication des populations arctiques est mondialement reconnue. Hormis le Groenland, estime M. Duhaime, aucun autre pays ne se préoccupe autant de ces questions. « Aux États-Unis, donne-t-il en exemple, ce n’est pas la première préoccupation. »

Défi

Inclure le social n’aura pas été une tâche de tout repos. La communauté scientifique est encore réticente. « Cela a été un défi très important, confit Gérard Duhaime. Parce que, au point de départ, même si l’Union scientifique internationale [qui organise l’événement] souhaitait que les dimensions sociales soient importantes, ce n’était pas du tout apparent. Le défi a été d’emener graduellement le comité de planification international, puis les organisations internationales qui sont rattachées à ça, à accepter que les dimensions humaines jouent un rôle très important. »

Et le mandat à été accompli. Le rapport de la réunion, assure le chercheur, indique clairement que l’humain sera au centre des préoccupations de la quatrième API.

« Le climat a beaucoup changé, commente-t-il. Mon impression, c’est qu’on accepte l’importance de ces questions. Ça ne veut pas dire que tout le monde va s’en préoccuper. Ça ne veut pas dire que les gens qui ne s’intéressent pas d’avance à ce domaine vont se mettre à s’y intéresser. Pas du tout. Mais ça nous assure qu’il va y avoir des initiatives majeures prises à l’échelle nationale et internationale pour couvrir les dimensions humaines. »

Impliquer les résidents

Faire une place au social, ça veut entre autres dire qu’il faut impliquer les résidents du monde circumpolaire.

« Dans chacun des pays, les comités nationaux, selon la situation propre au pays, vont s’assurer qu’il y ait une liaison avec les communautés concernées, avec les résidents de l’Arctique, explique M Duhaime. Et on s’attend à ce qu’au Canada, qui exerce un leadership très fort dans ce domaine-là, que les communautés soient non-seulement consultées, mais soient aussi invitées à participer à l’élaboration des questions de recherche. »

Thèmes

L’objectif de cette quatrième réunion internationale était de délimiter les sujets qui seront abordés durant l’API. « Nous avons cerné des thèmes qui sont très grands, très inclusifs, qui vont permettre de rassembler les scientifiques du monde entier […]Ce que l’on a déterminé ce sont des priorités pour la recherche scientifique. », explique le sociologue.

Même s’il ne veut pas énumérer la liste entière de sujets ciblés, celui qui s’est spécialisé dans les études autochtones pense que la modernisation accélérée du Nord est un incontournable. « C’est évident qu’il y a des questions qui sont d’un intérêt majeur en ce moment, dit-il,comme par exemple la transformation des conditions de vie dans l’Arctique ou l’impact de l’exploitation des ressources à grande échelle comme ça se fait avec le pétrole, le gaz, les mines et ainsi de suite. »