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le Vendredi 14 janvier 2005 0:00 Environnement

Chasse à l’ours polaire

Chasse à l’ours polaire
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La semaine dernière, le gouvernement du Nunavut a annoncé une hausse des quotas pour la chasse à l’ours polaire. Le nombre de bêtes pouvant être récoltées passe de 403 à 518.

L’augmentation n’est pas la même dans chacune des douze zones de chasse à l’ours du Nunavut. Alors que dans la région de la baie de Baffin le quota augmente de 41 ours et de 33 dans la région du golfe de Boothia, dans quatre autres zones il demeure au niveau de 2004. La hausse marque aussi la réouverture de la zone du détroit de M’Clintock où un moratoire sur la chasse était imposé depuis quelques années. Un quota de trois ours y a été accordé.

Selon le ministère de l’Environnement du Nunavut, c’est parce qu’il y a plus d’ours que les quotas augmentent. Il a toutefois été impossible de rejoindre l’expert en ours polaire du ministère, Mitch Taylor, pour obtenir plus de précisions. Ce dernier est absent de son bureau depuis l’annonce de la nouvelle.

Commentant la décision, le ministre nunavutois de l’Environnement, Olayuk Akesuk, a affirmé qu’il était impératif que ce soit le principe de conservation de l’espèce qui guide la gestion des populations d’ours et que c’était en accord avec ce principe que son ministère agissait.

À la section canadienne du Fonds mondial pour la nature (WWF) qui dirige une importante campagne pour la protection des ours polaires, on se dit surpris, mais rassuré par la hausse des quotas. « En principe, nous pensons que cette décision est probablement juste », commente le directeur du programme arctique du WWF, Peter Ewines, qui ajoute cependant que le Fonds n’a pas encore eu accès aux données du ministère de l’Environnement justifiant la décision. « Tout ce que nous pouvons répondre à cette décision, ajoute-t-il, est que nous espérons que l’approche qui sera prise sera celle de la précaution ».

Selon M. Ewines, la chasse n’est pas la principale menace des populations d’ours polaires. « Le WWF est très certainement en faveur de l’usage des ours par les Inuit et Inuvialuit, que ce soit pour la chasse sportive ou pour répondre aux besoins des communautés », dit-il.

Ce serait plutôt les changements climatiques qui surviennent dans l’Arctique qui menacent le plus le prince de la banquise. La fonte hâtive des glaces réduit la période de l’année où la nourriture est plus abondante et donne moins de temps aux ours pour se faire des réserves d’énergie en prévision de l’été et de l’automne. Dans un rapport sur l’impact des changements climatiques sur l’Arctique déposé l’automne dernier par le Comité international de la science arctique, on écrit qu’il « est peu probable que les ours polaires survivent en tant qu’espèce si une grande partie du couvert de glace estival de l’océan Arctique devait disparaître. » Selon les modèles climatologiques les plus pessimistes, d’ici la fin du siècle, la totalité de l’océan Arctique pourrait se libérer de ses glaces en été.

La meilleure façon de s’assurer que les ours polaires ne disparaîssent pas, estime le directeur du programme arctique du WWF, est de réduire nos émissions de gaz à effet de serre, responsables du réchauffement planétaire. « Le WWF, poursuit-il, est certainement préoccupé par la survie à long terme des ours polaires au Canada, si les populations urbaines continuent d’utiliser en si grande quantité les combustibles fossiles et ainsi réchauffer le climat. »

Menacé

L’ours polaire n’est pas, à proprement parler, une espèce menacée. Officiellement son statut est classé « préoccupant » par les autorités canadiennes. Cela signifie que, bien qu’un nombre considérable de bêtes soit répertorié, l’espèce est surveillée étant donné sa sensibilité particulière à l’activité humaine.

On retrouve l’ours blanc dans l’ensemble du monde circumpolaire, mais c’est au Canada que se trouvent les plus grandes populations. Il resterait, selon les estimations, entre 22 000 et 27 000 ours polaires sur la Terre, dont 15 000 au Canada.

Le Canada est le seul pays au monde à autoriser la chasse sportive à l’ours polaire.