« C’était du travail bâclé. »
Celui qui fait ce commentaire sur la qualité d’une séance d’information sur le Projet gazier du Mackenzie (PGM) tenue à Tulita au début février est un homme influent. Il s’agit de Stephen Kakfwi qui, pour ne nommer que ceux-là, cumule les titres d’ex-premier ministre des TNO, d’ancien président de la Nation dénée et d’actuel porte-parole de la Stratégie des aires protégées de la vallée du Mackenzie.
Pour M. Kakfwi, il est primordial que les membres des communautés de la vallée du Mackenzie puissent présenter des commentaires éclairés lors des audiences publiques qui auront lieu chez eux dans le cadre de la révision du PGM. Ces personnes, explique-t-il, seront les premières affectées par le mégaprojet de sept milliards de dollars. Or, estime-t-il, trop peu est fait pour les faire participer. « En comparaison avec la taille de ce projet et l’ampleur des audiences publiques qui l’entourent, l’information qui a été présentée aux communautés est bien mince », dit-il.
C’est après avoir assisté à une séance d’information publique à Tulita dans le Sahtu que le natif de Fort Good Hope a réalisé le peu d’effort consacré à informer les gens. « Ils se sont rendus là. Ils ont parlé durant deux heures. Ils avaient engagé un interprète qui faisait du mieux qu’il pouvait et ce n’était pas du très bon travail. Il n’était pas préparé. Il fallait véritablement lutter pour en tirer quelque chose », juge-t-il.
Cette formule ne convient pas à une compréhension suffisante des enjeux, pense le politicien autochtone. « Comme me disait un aîné de Tulita : “Ne me parlez pas trois heures ce soir en espérant que je comprenne ; venez plutôt faire un atelier de trois jours durant lequel je pourrais échanger avec vous sur votre projet. Alors là, je pourrai comprendre ce qui se passe.” »
Deux types d’audiences publiques auront lieu dans les communautés : celles de la Commission d’examen conjoint, qui porteront davantage sur les impacts environnementaux et sociaux du projet, et celles de l’Office nationale de l’énergie (« qui est, au mieux, une institution obscure et méconnue », selon l’ex-premier ministre), qui s’attarderont d’abord à sa viabilité économique. La différence et le rôle de ces deux institutions est la première chose à expliquer aux communautés selon M. Kakfwi. « Il est essentiel que chaque adulte dans chacune des communautés comprenne les enjeux de base : Qu’est-ce que l’Office nationale de l’énergie ? Qu’est-ce que la Commission d’examen conjoint ? Si vous souhaitez être un intervenant, comment devient-on un intervenant ? Quelles sont les différentes sortes d’audiences publiques qui auront lieu ? »
En plus de proposer que plus de financement soit mis à la disposition des communautés pour participer à la révision du PGM, M. Kakfwi pense que les différentes parties devront faire plus d’efforts pour démontrer leur engagement à tenir les populations concernées au courant. « Il faut un bon commandement pour arriver à bien orchestrer un tel exercice. En ce moment Imperial Oil [le principal promoteur du PGM] ne le fait pas, Ottawa ne le fait pas et il n’y a certainement personne dans les Territoires du Nord-Ouest qui le fait. Alors, qui est-ce qui s’assure que tout est fait proprement, avec intégrité et dans l’optique de progresser ? La réponse est personne », tranche-t-il.
Imperial Oil réagit
Hart Searle, le porte-parole d’Imperial Oil pour tout ce qui concerne le PGM, se dit surpris par les propos enflammés de l’ex-premier ministre. La multinationale, assure-t-il, est engagée à faire participer du mieux qu’elle le peut les résidents de la Vallée du Mackenzie. Des dizaines de rencontres allant du déjeuner communautaire aux ateliers d’information ont eu lieu dans les communautés.
Imperial, rappelle-t-il, a ouvert des bureaux régionaux à Fort Simpson, Norman Wells et Inuvik et y engage principalement des gens du Nord. Le savoir traditionnel des habitants de la vallée du Mackenzie a aussi été pris en compte dans l’évaluation de l’incidence environnementale du projet. « Sauf le respect de M. Kakfwi, indique Hart Searle, nous réfutons toute allégation à l’effet que nous ne sommes pas sensibles aux communautés. » Quant aux traductions en langues autochtones lors des séances d’information, Searle se dit lui-même incapable d’en juger la qualité, mais affirme que les interprètes sont embauchés dans les communautés à la recommandation de celles-ci.
Il ajoute que des résumés de l’Énoncé d’incidence environnementale du PGM sont désormais disponibles en français, en inuvialqtun, en gwich’in, et en esclave du Nord et du Sud, sur support écrit, audio et vidéo. On peut ce procurer ces documents aux bureaux régionaux d’Impérial Oil dans la Vallée du Mackenzie.